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Unesco : Après le Gwo ka le Reggae !

27 Déc 2018
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La nouvelle a fait le tour du monde. Même en pleine crise des Gilets Jaunes en France, pas un média télé, radio ou écrit qui n’ait pas pris quelques minutes d’audience pour annoncer l’inscription par l’Unesco, du Reggae sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité. L’UNESCO a indiqué que cette mise à l’honneur du Reggae est faite en raison de sa "contribution" à la prise de conscience internationale "sur les questions d'injustice, de résistance, d'amour et d'humanité.

Et si la nouvelle a été diffusée sur les médias du monde entier ou presque, que dire de la réaction des Jamaïcains eux-mêmes. Du plus haut sommet de l’Etat au citoyen de base, qu’ils se trouvent à Kinston, à New-York ou à Londres, tous les Jamaïcains ont unanimement exprimé leur fierté. « Le reggae est exclusivement jamaïcain", a commenté avant le vote Olivia Grange, la ministre de la Culture Jamaïcaine. "C'est une musique que nous avons créée, et qui a pénétré partout dans le monde".

Issu du Ska et du rocksteady, le Reggae, on le sait, est né au début des années 60 en Jamaïque. Popularisé à travers le monde par son icône Bob Marley, le Reggae reste intimement lié au mouvement Rastafari. Et partout dans le monde cette musique demeure celle des opprimés, des prises de positions sur les inégalités sociales, politiques mais aussi raciales.

L’UNESCO rappelle dans son communiqué, que cette liste ne cherche pas à réunir le patrimoine "le plus beau" mais à représenter la diversité du patrimoine culturel immatériel, à mettre en lumière des savoir-faire portés par des communautés.

Paradoxe car rappelons-nous, il y a tout juste quatre ans, le 26 novembre 2014, quant à son tour notre musique Gwo-ka était inscrite sur cette même liste de l’Unesco, bien après le Maloya réunionnais en 2009. Cette inscription du Gwo-ka est le fruit d’un long travail, un véritable combat de l’association Rèpriz, dirigée par Félix Cotellon. Le Gwo-ka « misik a vyé nèg » franchissait le rubicon et fait désormais partie du tout-monde culturel. Le Gwoka désigne à la fois la musique, le chant, la danse qui se pratique sur ses 7 rythmes, mais aussi le geste d’une façon d’être, de se mouvoir et d’exister.

Et pourtant, que de critiques a suscité cette inscription en 2014. Des « puristes » auto-centrés sur eux-mêmes ne voyaient pas d’un bon œil cette opération.

Le Gwo-ka était leur chose qui ne pouvait aucunement être mise à la portée du monde, du premier quidam venu. Bigre ! Cette façon hermétique de voir le monde — à l’opposé de toute créolisation — très nationaliste obtus, perdure encore chez nous. Et pas seulement dans l’espace culturel.

C’est pourtant bien, montrer, démontrer le manque de confiance, le manque d’assurance que de refuser d’aller au devant du monde, fort de ses richesses, sûr de ses convictions, conscient de son histoire, assuré de son identité.

La différence sans doute entre la réaction des Jamaïcains et d’une partie des Guadeloupéens face à une telle inscription dans le patrimoine du monde, tient peut-être à cela. Le fait que nous ne soyons toujours pas sûrs de nous-mêmes, de notre identité. La crainte d’être noyés dans le tumulte mondial qui guide encore certains, n’est que l’expression d’une impuissance à définir ce que nous sommes.

À l’analyse, c’est ce même manque d’assurance qui a récemment conduit un grand tanbouyé à refuser aux femmes la possibilité de jouer l’instrument ! Wolé Solinka le prix nobel de littérature Nigérian à qui l’on demandait ce qu’était la tigritude, son mouvement littéraire, répondait : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore ».

Dans un pays multiethnique et multiculturel comme le nôtre, il ne peut y avoir de raisons à l’enfermement sur soi. C’est bien parce que nous sommes fort de nos héritages et de nos constructions culturelles, que nous pouvons, que nous devons aller à la rencontre du monde. Partager avec le monde. Nous sommes dans le monde. N’ayons donc pas peur. Nos musiques dont le Gwo-ka sont notre ADN. Et ce label, tout comme le Reggae pour les Jamaïcains, personne ne pourra nous le contester.

Cela me rappelle ce que me disait un ami nationaliste dans les années 80. “Zouk sé pa mizik an nou. Sé gwo-ka ki tan nou. Ah bon lui répondis-je. Si zouk-la sé pa tan nou, sé ta ki moun ?”

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CCN

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