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Dominique Théophile s’est-il emmêlé les pieds dans les sargasses ou a-t-il eu raison trop tôt ?

11 Déc 2019
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Au sein des 2 hémicycles français, où ils sont sous représentés, nos parlementaires de la nouvelle génération sont sans doute un peu plus présents que jadis, encore que le record absolu des questions écrites, ait sans doute été battu dans le temps, par le député Ernest Moutoussamy.

Ainsi donc chez nos actuels sénateurs, entre Lurel, Jasmin et Théophile le match est souvent très serré. Car chacun, a un besoin vital d’avoir l’espace d’une intervention, braqués sur lui les feux de l’actu. Car aujourd’hui le parlementaire franco-guadeloupéen est aussi un adepte sans réserve des réseaux sociaux : yes ! nos sénateurs sont numériques j’ai failli dire « numérisés ».

La semaine dernière dans le cadre du « Projet de loi des finances « (c’est mieux de dire le PLF ça fait beaucoup plus franco-français ! ) et du budget attribué aux Dernières Colonies françaises, Théophile a sérieusement remis en cause et mis à mal la « redevance géothermie » qui devait, croyait-on profiter à la commune de Bouillante, depuis que la Région et l’État français se sont accordés pour offrir à Ormat (une firme israélo américaine) la gestion de la ressource géothermique de notre pays.

Un peu avant, en dépit de l’opposition de Lurel, son adversaire Dominique Théophile avait réussi à faire passer un amendement pour le Duty Free. Amendement qui a été largement exploité par Olivier Serva lequel avait monté toute une opération politico-pointoise pour tenter de donner à Ary Durimel le leadership de l’opposition aux Municipales. Serva n’a pas réussi. Le duty free n’a pas été le lien suffisant fort pour rassembler : Barfleur, Galvani et Durimel

Néanmoins au sénat le score à la mi-temps : 

Théophile 2 / Lurel 0.

Mais le match n’était pas pour autant terminé, car 24 h après, Théophile, revenait sur le terrain et tentait avec son projet de « redevance sargasses « de marquer le but du break. Le Sénateur des Abymes a été tenu en échec, car son amendement sargasses, mal fagoté a été retoqué et Lurel s’en est réjoui : 

« Parmi les bonnes nouvelles, le Sénat a rejeté l’amendement de mon collègue Dominique Théophile prévoyant de faire payer une taxe aux voyageurs Guadeloupéens et Martiniquais pour financer le coût du ramassage des sargasses. Avec tous mes collègues ultramarins, non-informés en outre de l’économie globale de cette mesure, nous nous sommes opposés avec succès à cette déresponsabilisation financière de l’État dans le traitement de cette catastrophe » (CP de Lurel) »

Lurel a donc marqué un point est-ce la remontada ?

Nouveau score : Théophile 2 / Lurel 1

S’agissant de cet amendement, il faut admettre qu’il peut être compris de 2 manières différentes.

1/ La France se targue d’être grâce à ses colonies et à leur espace maritime la 2e ZEE. Donc la question du ramassage des algues sargasses revient légitiment à l’État français. Mais on sait que la France n’assume pas cette fonction « régalienne »

 

2/ Les guadeloupéens qui veulent s’assumer devraient ne plus avoir la main tendue et commencer à essayer de gérer eux-mêmes leurs difficultés. En ce sens l’amendement de Théophile pourrait être compris comme une très petite tentative de s’autonomiser face à la puissance coloniale. Mais il faudrait pour cela, que Théophile aille beaucoup plus loin politiquement, qu’un amendement sargasses.

Faut-il rappeler que Théophile, est b militant du GUSR et que son parti a parfois souhaité « plus de responsabilités pour les guadeloupéens ».

 

Vu sous cet angle, l’amendement peut être « compréhensible » et compatible avec l’éthique de son parti.

Mais D. Théophile qui s’est tout de même aperçu que son amendement n’était pas très clair, et à notre demande, s’est voulu plus explicite :

« J’ai pris le temps ces derniers jours d’écouter et de lire les réactions, parfois vives, qu’il a suscité. Il est temps d’apporter certains éclaircissements pour mettre fin à l’utilisation purement politicienne qui en a été faite. La crise des sargasses est une réalité pour les communes confrontées à de lourdes dépenses d’enlèvement et de traitement. C’est le cas notamment de Capesterre-de-Marie-Galante, de Désirade ou de Terre-de-Bas, ainsi que de nombreuses communes de Martinique. Trouver des solutions et des financements est donc urgent, et vital b( …) mon amendement était conditionné à la mise en place d’un dispositif de réduction, prévu dans le PLF pour 2020, pour les trajets entre l’outre-mer et l’hexagone et entre les collectivités ultramarines. Ce dispositif doit permettre d’annuler, pour nos îles, la hausse généralisée de la taxe de solidarité (ou taxe Chirac) prévue en 2020. Je regrette que ma proposition ait été mal interprétée. Si ma démarche a indéniablement manqué de concertation et de pédagogie, elle ne visait qu’à apporter une réponse urgente à une demande pressante. Elle ne dispense en rien l’État de ses responsabilités. » (CP de D. Théophile)

 

Cette explicitation a postériori et tardive, suffira-t-elle à rendre éligible cet amendement ? En tout cas pas au Senat. Il faudrait donc que cette proposition revue et corrigée soit reprise et rediscutée dans l’autre Assemblée française, chez les députés. Wait and see.

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