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Vivre au quotidien, sans son Quotidien ?

08 Fév 2020
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Toutes les larmes d’hypocrisie ont déjà été versées sur la disparition programmée de l’ex-quotidien des « Antilles », France Antilles.

Ce journal dont nous ne referons plus ici l’historique, sinon pour rappeler très succinctement qu’il fut, comme nous le disions dès l’origine, « on zouti filé» au service du système colonial. Oui, France Antilles, à sa création, est un journal politique dont la mission essentielle est de contribuer à la pérennisation du Gaullisme dans notre pays.

Faut-il tout de même souligner que ce journal naît, et ce n’est pas un hasard, en 1965, 2 ans seulement après la création du GONG, organisation patriotique qui militait pour l’Indépendance Nationale de la Guadeloupe. Au lendemain des massacres de mai 1967, France Antilles ne déplore pas les dizaines de victimes innocentes des tirs des CRS, mais clame à la une: « Le GONG ne sonnera plus! »

En Martinique, en décembre 1962, les jeunes patriotes de l’OJAM* ont publié un « manifeste » réclamant « la Martinique aux Martiniquais ». Le pouvoir les réprime.

On se rappelle aussi qu’en juillet 1962, L’Algérie venait d’arracher son indépendance au prix d’une guerre sans merci contre l’état colonial français.

Enfin, en octobre 1962, dans Notre Caraïbe, c’est la crise des missiles à Cuba. A l’époque, l’URSS de Kroutchev est le principal soutien de Fidel Castro et de la très jeune révolution cubaine (janvier 1959).

C’est dans ce contexte politique et géopolitique particulier d’un gaullisme, très soucieux de « préserver » ses dernières colonies, que les Martiniquais et les Guadeloupéens voient « débarquer » dans leur quotidien, ce journal qu’Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, a fortement conseillé à De Gaulle.

Pourtant, depuis 1909 en Guadeloupe existe « Le Nouvelliste », le plus ancien quotidien des Antilles ». L’arrivée du quotidien colonial, équipé de moyens modernes, bénéficiant de toutes les aides possibles (imprimerie, locaux mis à disposition), consacre la disparition quasi immédiate du « Nouvelliste ».

Le Nouvelliste 1909/1965 :56 ans

France Antilles 1965/2020 : 55 ans 

Je ne suis pas certain que la mort du « Nouvelliste », quotidien 100 % guadeloupéen ait été un « choc » ou un traumatisme pour les lecteurs guadeloupéens de l’époque.

Curieusement aujourd’hui, la liquidation programmée et voulue de FA par ses propriétaires est ressentie par certains, comme une catastrophe.

Et subitement, des voix s’élèvent, plus pour regretter la fin de ce média (qui a engrangé en 55 ans d’existence au profit de la famille Hersant des cent et des milles), que pour ces centaines de salariés qui sont à la rue.

La page est donc tournée pour ce quotidien. Faut-il dès lors penser ou laisser croire que notre pays serait comme orphelin ?

D’ailleurs, selon des sources diverses, ceux-là mêmes qui ont assassiné leur « bébé », pensent à un nouveau projet. Il est à peu près sûr que le vide sera comblé.

C’est à qui arrivera le premier…

On comprend alors que la fin de FA n’a été que le prétexte pour envoyer à Pôle emploi une flopée de journalistes, de syndicalistes-UGTG , bref tous ceux qui, depuis quelques années, tentaient plus ou moins de faire un « autre » FA.

La tentative est désormais stoppée net dans son « balan » . Mais les initiateurs d’un autre quotidien savent aussi qu’ils ne pourront plus faire un journal colonial car notre peuple a singulièrement évolué : il ne souhaite plus un quotidien tel que celui qui a disparu corps... mais pour les biens, c'est une autre histoire

Alor se pose la question : la Guadeloupe peut-elle, sans dépérir, sans disparaître, vivre sans un quotidien ?

Nous ne sommes plus en 1965. Notre peuple a su très vite passer du « Nouvelliste » à « France-Antilles ». Aujourd’hui, en 2020, les besoins ne sont plus les mêmes en matière de presse. Même encore avec quelques « zones blanches », l’internet à haut débit est présent dans près de 59 % de foyers et la fibre optique progresse. Plus de 92% des Guadeloupéens sont équipés d’un smartphone. Cela signifie, en termes clairs, pour le contenu et pour la forme, que le journal papier traditionnel modèle FA ou décliné, aura de plus en plus de mal à survivre, s’il n’est pas transmédia.

Cela implique aussi que le journaliste made in Guadeloupe en 2020, est contraint d’être multimédia.

Quand FA a voulu faire le bond dans le numérique, le journal a accumulé tellement de bugs et d'erreurs que sa version net n’a jamais été une piste de développement.

La Guadeloupe sans quotidien ? Je ne suis pas sûr que ce soit la plus grande inquiétude pour les Guadeloupéens, car il serait erroné d’affirmer que la néo-radio bwapatat, les réseaux sociaux, ne contribue pas, même très imparfaitement, à faire circuler des infos basiques. Mais il est tout aussi vrai qu’ici, comme partout ailleurs, les réseaux sont la niche favorite de l'intox et des « fake news», d’où la nécessité d’avoir de vrais journalistes.

Cela sous-entend que le nouveau quotidien à venir, ne peut pas faire l'économie d’une meilleure connaissance du marché potentiel. On le sait, les grandes surfaces, qui inondent nos boîtes aux lettres de dépliants – papier-couché, ont encore grand besoin de communiquer au quotidien, et besoin d'un quotidien populaire et lu. Pareil pour les concessionnaires de voitures, les annonces légales et même jusqu'à la prochaine Miss France-Guadeloupe. Donc le lectorat potentiel et populaire existe mais il faudra être capable, pour le "capter", d'innover au niveau de la ligne éditoriale.

Ce qui n'a pas été le souci du FA des dernières années car, quand on perd des milliers de lecteurs en moins de 5 ans, c'est que le produit ne convient pas ou plus, voire les deux à la fois !

En 2009, quand CCN a été créé, ils sont rares ceux qui auraient misé sur son développement et sa continuation. Notre plateforme numérique, tout en restant fidèle à sa ligne éditoriale affirmée dès sa création (Caribéenne, anticolonialiste), demeure crédible et s'est engagée plus dans l’investigation que dans le faits divers ou les chiens écrasés.

CCN vit, plait et déplait, progresse et fournit souvent des infos qu'elle est seule à diffuser : CCN est donc en phase avec son lectorat-cible !

Ceux qui pleurent le FA aujourd’hui savent-ils que d’autres catastrophes médiatiques d’importance sont à prévoir ? La Télévision et la Radio des années 80 ne sont plus celles d’aujourd’hui. Si le modèle FA s’est écroulé, c’est faute d’avoir compris cela…

Pas besoin d’être prophète pour deviner la suite…

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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