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Nous sommes un peuple de cicatrices...

25 Avr 2020 Jean Claude Rodes
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11 Mai. C’est donc la date annoncée par le Président Macron comme le jour envisageable du déconfinement. Cette date, tant attendue, est déjà même anticipée vu le nombre d’entreprises de tous secteurs qui commencent à s’y préparer.

Au niveau individuel, cette annonce a constitué un vrai signal en fixant un objectif, un horizon. Cependant beaucoup s’y méprennent car ce n’est pas encore l’heure du relâchement. Si le déconfinement se prépare, avant l’heure ce n’est pas l’heure. Et rien ne serait pire que de relancer l’épidémie par imprudence collective. N’oublions pas en effet que la Chine qui a imposé à la province de HUBEI un confinement strict, n’a autorisé  la circulation des personnes qu’à partir de la 11ème semaine et de manière très progressive et contrôlée. L’heure n’est donc pas à l’emballement.

Et si le président Macron a annoncé la réouverture des classes c’est pour permettre une reprise globale et éviter de laisser les enfants  5 mois et demi hors de l’école. A l’aune d’une crise aussi violente, c’est tout le pays qui doit se prendre en charge. Malheureusement on se rend bien compte qu’on est de plus en plus passif, en attente d’une réponse sinon d’une solution complète de l’Etat, du gouvernement, du président, pour toutes les conduites à tenir. Si des solutions simples, triviales ou évidentes existaient, la plupart des autres pays les aurait déjà mis en œuvre. Il faut bien se rendre compte et prendre la mesure du fait que cette crise planétaire est sans précédent. On n’a jamais connu une crise où on a été obligé de fermer l’économie, confiner les gens, dans quasiment tous les pays en même temps.

Nous sommes en guerre et gagner la guerre n’est pas de gagner une bataille, mais toutes celles qui mènent à la victoire finale. Les gouvernants doivent pouvoir jongler entre les injonctions strictes et la perspective d’une sortie de crise. L’art de la pédagogie devient précieux pour informer, prendre le temps d’expliquer mais aussi de rassurer. Contraindre par des menaces de sanctions des citoyens qui se considèrent comme de grands enfants. Aider, soutenir et encourager les initiatives citoyennes, expérimenter des solutions innovantes, prendre des mesures radicales ou récompenser ceux qui se dévouent à la tâche. Tout cela doit être encouragé. Mais l’art de gouverner, c’est aussi en cette période de grande incertitude, la capacité à assumer les décisions, à reconnaître ses erreurs, à encaisser les critiques même indécentes, opportunistes voire anxiogènes qui déstabilisent, culpabilisent et créent la panique. 

Un peuple apprend de son histoire. Nous devrions en tirer tous les enseignements, savoir réagir et nous adapter à ces circonstances exceptionnelles, comme nos ainés ont pu le faire An tan Sorin, en 1967 et lors de la crise sociale de 2009. Faut-il ici témoigner, si cela peut appeler à la résilience.

Ainsi je me rappelle qu’en 1976, après l’évacuation de 73.000 Basse Terriens, il fallait pour les familles se réorganiser. Il fallait trouver un logement et des ressources pour nourrir sa famille. Il fallait penser à la rentrée scolaire. Et l’on ne pouvait compter que sur nous-mêmes. Mes parents, qui n’étaient pas fonctionnaires et n’avaient plus de revenus, ont, comme d’autres, fait face. Nous nous sommes retrouvés à 5 familles et 24 personnes dans une même maison au Moule. Moi j’avais 10 ans et je rentrais en sixième. Mon collège de Petit-Paris était hébergé au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Les élèves de Carnot avaient cours de 7h à midi. Et nous, de 13h à 18h. Tous les jours du lundi jusqu’au samedi. Et lorsque, lorsque nous avions pu regagner Basse-Terre en janvier, ce fut une seconde rentrée scolaire avec de nouveaux profs et de nouveaux camarades de classe. Ainsi tout le corps enseignant s’était mobilisé. Les parents et les élèves se sont adaptés, les professeurs « natifs-natal » Basse-Terriens comme notre rédacteur en chef, furent volontaires pour anticiper cette rentrée dans une ville « morte ».

Ce ne fut pas facile, loin de là. Tout ne fut pas parfait. Mais ils n’ont certainement pas tout attendu l’Etat, bien que ce soit ce même l’Etat qui ait décidé de l’évacuation. Les entreprises aussi se sont adaptées. Certaines ont pu mettre leur activité entre parenthèses. D’autres se sont réinstallées. Certaines ont malheureusement disparu. Mais d’autres ont trouvé des opportunités pour se développer en d’autres lieux de la Guadeloupe.

C’est parce que nous sommes un peuple de cicatrices, qui a eu à gérer bien des séquelles, de désastres de toutes natures, que nous savons que rien ne sert de pleurer ni de gémir.  Car l’impossible n’est que temporaire. Il s’agit au contraire de mettre toutes nos forces, individuelles comme collectives, entrepreneuriales comme étatiques, pour relever les défis de l’après.  Tant pour l’après-guerre, les cyclones, les inondations, les évènements de la soufrière, les sargasses, il y a eu toujours un après. Celui de l’espérance, de la reconstruction, mais autrement.

Parce que nous sommes des êtres d’avenir, ce qui nous importe, ce sont les bonnes décisions à prendre ici, là et maintenant. Des décisions difficiles, forcements consensuelles, patriotiques, altruistes, humanistes, afin relever l’économie. Mais que serait l’économie, si elle ne peut garantir la vie et le bonheur.  De tous. Celles des riches comme des pauvres, des salariés comme des patrons. Des vieux comme des jeunes. Menons donc de front, la bataille économique et la bataille pour la vie. Nou pa dwèt moli. Nou péké moli !

RJC

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