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Pirbakas ou le vrai visage de l’aliénation néo-coloniale

22 Jui 2020 Didier Destouches
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Le parti politique le Rassemblement national dont font partie les guadeloupéens Maxette Pirbakas et Rody Tolassy, ne doit plus faire illusion ! Ce parti est à la pointe de la pratique du mépris et de l’aliénation néo-coloniale dont le but est le maintien des esprits guadeloupéens dans l’ignorance et le déni historique et culturel, et surtout l’exploitation économique et politique. L’analyse croisée des discours historiques et des discours actuels montre en effet que sur les thèmes principaux, le RN demeure très nationaliste et négationniste face aux crimes racistes dans le monde malgré son opération réussie de récupération et de recyclage de certaines thématiques républicaines telles que la laïcité. Pour ce parti, la nation est le seul symbole légitime (à l’exclusion des symboles républicains par exemple), les origines liées au sang doivent être la seule source de nationalité (à l’exclusion du sol et donc du fait de résider en France), le protectionnisme et la souveraineté monétaire sont les seuls garants de la prospérité française (contrairement à toute intégration supra étatique comme l’Union européenne).

Pour le reste, la sémantique, quoique édulcorée, reste en effet la même : l’immigration est une plaie, la religion musulmane est une plaie, la France est en déclin etc…En réalité, ce parti reste un vrai parti d’extrême droite : c’est à dire un parti qui puise dans les traditions nationalistes (antirépublicaine, national-socialiste, voire fascistes) du début du XX e siècle une grande partie de son argumentaire et de ses idées centrées autour du rejet du système et de la haine de l’étranger et des autres cultures. La  politique prônée par le  Rassemblement National sera toujours de tradition fasciste et colonialiste ! car elle a pour objectif essentiellement la supériorité et la domination de la culture occidentale sur les autres, ainsi que « la France aux français »…ce qui implique le négationnisme face à la traite et l’esclavage et l’indifférence face à la barbarie raciste comme il vient de le prouver en votant contre la reconnaissance par le parlement européen de l'esclavage comme crime contre l’Humanité...

Nous vivons un changement d’époque concernant les propos et surtout les attitudes racistes en politique. Naguère un mot venu du leader du FN ou d’un de ses membres ou d’un autre parti pouvait enflammer toute une population issue de la diversité ici ou ailleurs mais de nos jours, traiter une femme noire de singe qui s’agrippe aux branches ne suscite plus beaucoup d’émois justifiés. Pire encore, lorsqu’un sujet aussi important pour la planète entière que celui de la reconnaissance de l’esclavage contre crime pour l’humanité par les pays européens est enfin posé par une institution européenne, une bonne partie de la représentation européenne française soit s’abstient lors du vote (les Républicains), soit vote contre (le RN et l’extrême droite). Peu importe la cohérence de chaque formation face à une telle mesure historique, il n’y’avait que le vote positif qui pouvait démontrer l’humanité et le degré de civilisation de chaque député participant au vote. Il y’a donc une infamie sans commune mesure pour une député européenne, d’origine guadeloupéenne qui plus est, à accepter de participer à un vote contre cette résolution. Cette faute historique de Mme Pirbakas entérine malheureusement l’idée que même sur cette question il n’y’a pas unanimité en Guadeloupe et que l’on peut refuser de considérer cette chose ignoble qu’est l’esclavage comme un crime commis à l’encontre de l’ensemble des êtres humains de toutes origines. C’est le degré zéro de l’aliénation coloniale ! 

Heureusement, on peut en tout cas rendre hommage à cet homme d’origine indienne, et réunionnais : Younous Omarjee, infatigable travailleur parlementaire ; d’avoir fait cette proposition de résolution historique. Certes nous ne sommes pas aux États-Unis et d’aucun prétendent que la France n'a pas de problème de racisme et que le pacte républicain n’est pas en danger. Pourtant, les enquêtes sur la question sont moins optimistes. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) procède chaque année à une étude de la question, appuyée notamment sur une enquête d’opinion et son dernier rapport paru il y’a quelques jours est plus qu’alarmant. Les noirs en France subissent une véritable oppression raciste, qui perdure et s’appesantit. On a beau vouloir retirer le mot « race » de la constitution, pour autant ce mot n’a toujours pas disparu du droit français puisqu’il figurera encore notamment à l’article 1er de la Charte des Nations unies, mais aussi dans l’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans l’article 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, dans l’article 3 de la Convention de Genève ou bien encore dans l’article 10 du traité sur l’Union européenne dans sa rédaction issue du traité de Lisbonne et enfin dans l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de 2001. Les conceptions de l’humanité fondées sur la notion de « race » ont jadis servi de support aux discours et idéologies racialistes à l’origine de la colonisation, ou d’actes discriminatoires voire criminels (viols, tortures, génocide…).

Pourtant, l’idée de classification/hiérarchisation des hommes sur la base d’un critère biologique ou génétique a été invalidée et désavouée par les travaux scientifiques dès le XIX e siècle : il existe une seule et même espèce humaine, et point de « races humaines ». D’un point de vue génétique, dans le patrimoine d’une personne, la couleur de la peau a autant d’importance que la couleur des cheveux ou des yeux. Cette vérité scientifique vient conforter l’idéologie française universaliste de gauche qui vise depuis 1789 à nier le concept même de différence biologique ou naturelle. Mais si les races n’existent pas, les couleurs de peau ou les différences ethnoculturelles restent visibles et source hélas de discriminations au travail ou dans la rue, jour après jour. Il va donc falloir que le législateur, de la loi à la constitution, soit en mesure de faire intégrer rapidement le vocabulaire adéquat pour garantir le respect des différences (fussent-elles épidermiques) et la promotion de la diversité, car l’unité du genre humain est intimement liée à sa complexité. Faute de quoi, tant qu’il restera un nivellement et un masque d’apparat institutionnel, cet universalisme des droits de l’Homme sera battu en brèche par le néo-racisme. 

Beaucoup de verrous ont donc sauté depuis des années, surtout dans le discours politique : on pense bien sûr aux agitations identitaires de l’ex-gouvernement Fillon – rappelons ici que son conseiller Patrick Buisson a été journaliste à Minute et au Crapouillot – signalons aussi la médiatisation de plus en plus forte d’un discours xénophobe et essentialiste, porté au sein même du gouvernement de gauche et de droite, puis relayé par divers "intellectuels" et journalistes (E, Zemmour, A. Finkelkraut,...). Puis il y’a eu cette migration du discours politique vers la radicalisation identitaire, et des rapprochements de principe avec l’extrême droite. Les verrous ont sauté parce qu’il y’a une réelle oxydation des valeurs morales mais aussi et surtout de la portée de la symbolique des principes républicains au premier rang desquels la fraternité. La crise économique, les pertes de repères éthiques entraînent la tentation du repli sur soi, voire de l’entre-soi : la recherche identitaire se fait à travers l’appartenance communautaire. Cette dynamique explose aujourd’hui dans ce contexte de confinement et de crise sociale aux États-Unis comme en France ou les violences policières sont les seules réponses des gouvernants aux revendications égalitaires de part et d’autre de l’Atlantique. Et c’est ce constat qui démontre de façon implacable que la décolonisation des esprits et des pratiques politiques est à tous les niveaux, d’une urgente et incontournable actualité.

Didier DESTOUCHES

* Universitaire et essayiste. Auteur de « Du département au pays d’outre-mer. Le choix de l’autonomie pour la Guadeloupe »

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