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Aux sources du séparatisme 2.0

21 Oct 2020 Didier Destouches
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Parce qu’il enseignait la tolérance et la liberté d’expression, un professeur de lycée a été victime d’abord d’un lynchage internet initié par un parent d’élève sur les réseaux sociaux, puis d’une horrible décapitation, conséquence de ce bashing délation, dans une rue de la ville de Conflans-SainteHonorine. 

Cet homme s’appelait Samuel PATY, et il a été victime du terrorisme islamiste et du terrorisme numérique. Il a été victime de l’utilisation de la liberté numérique qui permet hélas à des discours de haine et d’intolérance de proliférer sur Twitter. Il est victime parce qu’ayant été jugé coupable par des fanatiques religieux. Coupable d’avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves pour leur enseigner la liberté d’expression. Ce crime inacceptable, d’une gravité historique sans précédent, révèle l’épuisante réalité des enseignants qui sont de plus en plus victimes des tribunaux populaires que sont devenus l’incontrôlable Facebook avec ses 43 milliards de commentaires par jours en moyenne et Twitter. Il suffit d’une vidéo prise et diffusée en quelques secondes à l’insu de l’enseignant.  

Ce que révèle aussi cette affaire du meurtre épouvantable de Samuel PATY, c’est que l’islamisme utilise les failles du droit français qui créent involontairement et indirectement des sources d’activisme terroriste. Il en est ainsi du financement autorisés d’associations plus ou moins occultes qui alimentent les discours anti-républicains, séparatistes, antisémites. Mais il en est ainsi aussi de l’extension démesurée du champs des libertés, notamment la liberté d’expression qui sont parfois sur-protégées par le conseil constitutionnel. Il faut être clair. Il est devenu quasiment impossible aujourd’hui à l’heure de la communication libre sur les réseaux sociaux de dire que promouvoir la haine de la différence (raciale, sexuelle, religieuse), promouvoir le négationnisme historique, promouvoir la violence, promouvoir la provocation et le mépris religieux, promouvoir le bashing social, promouvoir l’incivisme et promouvoir le prosélytisme religieux; c’est mal !   

La réalité du monde 2.0 que nous qualifions souvent abusivement de moderne, est que l’État est incapable de promouvoir une éthique collective et cela d’autant plus qu’il ne peut plus rendre vivant, concret et signifiant le concept de République, qu’il s’acharne hélas vainement à proclamer pourtant, comme un inutile voile déchiré et troué jeté sur toutes les victimes foudroyées par le terrorisme ou les actes d’incivilités à l’égard des agents publics et des élus. D’aucuns parlent déjà de réveil français face au terrorisme, mais ce n’est pas seulement la loi, la justice, ou les forces de l’ordre qui pourront sortir la France d’un cauchemar dans lequel elle s’enlise par manque de visibilité sur la réalité de l’ennemi islamiste.  

Le terrorisme et la haine de la République et des français séduisent en fait des jeunes en rupture de la société. Leur radicalité est le fruit d'une combinaison d’éléments différents, notamment l'intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, parfois d'aventure, qui peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles et souvent aux prises avec un malaise identitaire, tout en éprouvant le besoin d'appartenir à un groupe. Ces agents de radicalisation ont une capacité de manipuler des jeunes avec un discours très polarisant, un discours populiste, un discours obscurantiste qui fait mousser le sentiment d'indignation quant à la situation en Syrie, Palestine ou Irak et de frustration face à l'inaction des pays occidentaux, tout en exacerbant le malaise identitaire français afin de convaincre ces jeunes que leur identité religieuse est incompatible avec leur identité civile. Les discours de mort séduisent d’autant plus facilement que pour ces jeunes l’avenir c’est « no future ». La ghettoïsation dans des HLM et les quartiers pauvres déshérités, la discrimination à l’embauche et donc pas de travail à compétences égales, l’échec scolaire et l’orientation par défaut, les contrôles policiers abusifs et au faciès, voila le quotidien de tous ces jeunes gens qui par dépit et en désespoir de cause se jettent dans les bras des marchands de rêves eschatologiques pour donner du sens à leur présent. Mais ces jeunes restent responsables de leurs actes et les faits ne sauraient servir d’excuses à cette banalisation de la violence et de l’horreur gratuite qui sont véhiculées dans bien des lycées et des collèges par une partie de la jeunesse qui préfèrent clairement les illusions du « côté obscur » qu’est la haine des autres au vivre-ensemble. 

Autant de causes connues mais trop relativisées par les pouvoirs publics républicains et auxquelles il conviendrait de s’attaquer sans délai, autrement et courageusement.  

Didier DESTOUCHES

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