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Du déclin culturel au conspirationnisme

21 Nov 2020
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Nous devons en être conscient, le temps et l'énergie requis par l'usage de nos applications smartphones nous ont pour beaucoup éloigné, que l'on soit jeune ou adulte de l’acquisition d’un savoir culturel élémentaire fournis par d'autres activités comme par exemple la lecture, la pratique d’un art, le partage et l'échange non virtuel avec les autres : le Bokantaj.

Sans rencontre réelle de l’autre et de l’ailleurs, il ne peut y avoir que la sécheresse du vide et de l’absence propice au chaos. Lire et relire des livres nous ouvrent tellement plus de portes et nous proposent tellement plus de chemins ensoleillés que scruter et guetter nos écrans faits de lumière artificielle.

Longue vie aux librairies !

Débattre et échanger est aussi vital pour la démocratie. Parler avec les autres apporte tellement plus qu’épier les autres. Coopérer et collaborer plutôt que se concurrencer et se dénigrer.

Voilà une voie d’avenir !

Avons nous seulement encore le réflexe de la proximité avec l'autre ou du débat constructif à l'heure de la distanciation ? Avons nous seulement encore le temps d'appeler ceux que nous disons aimer pour échanger et les soutenir en ces temps sombres ?

En ces temps d’éloignement collectif, nous avons également tendance à être plus facilement séduit par le sensationnel et la radicalisation. L’époque anxiogène que nous vivons suscite chez chacun l’envie de trouver une source ou une cause unique et dissimulée, au delà d’erreurs et de fautes de communications  gouvernementales, à ce qui devient lentement mais sûrement, un désastre économique et social.

C’est un terrain parfait pour que toutes les théories accablantes pour le pouvoir politique et le système ultra-libéral actuel pullulent et fassent le buzz. C’est ainsi que le récent documentaire Hold-up relatif à la gestion de la crise sanitaire fait un véritable carton et devient un phénomène de société. Il incarne le processus en cours de décrédibilisation et de délégitimation des organes de presse, de l’expertise médiatique et universitaire et surtout du fonctionnement institutionnel de la démocratie française.

L’engouement incroyable de ce documentaire très bien réalisé mais très mal documenté et renseigné et surtout beaucoup trop orienté; interroge fortement sur le basculement inquiétant de l’opinion publique française vers le « tous pourris » et vers le conspirationnisme.

Le conspirationnisme est défini comme la croyance en une présentation abusive d’un évènement ou d’une situation politique qui serait la manifestation occulte d’un complot organisé par des autorités ou des élites sociales, intellectuelles ou économiques.

Ce basculement est dû à l’effervescence et à l’inconséquence communicative de la jeune génération politique qui a accédé depuis François Hollande puis Emmanuel Macron au sommet de l’État et qui a engendré tant de défiance et de doutes chez les citoyens. Il est dû aussi à l’extension brusque et large lors de la crise des gilets jaunes de réseaux extrémistes qui ont imposé sur les réseaux sociaux une domination idéologique de tendance anarchiste et nationaliste. Il est enfin dû à l’aura démesurée, accordée et entretenue par les médias, de personnalités publiques transgressives et à contre courant de la pensée majoritaire telle que le docteur Didier Raoult, le polémiste Éric Zemmour, et le philosophe Michel Onfray.

L’impact massif de ce documentaire Hold-up, mais aussi des thèses qu’il véhicule n’a donc pas de quoi étonner en France mais laisse dubitatif pour ce qui est de la Guadeloupe.

Comment expliquer en effet que de nombreux guadeloupéens se mobilisent sur les réseaux sociaux derrière des allégations délirantes d'un documentaire français sur la crise sanitaire en les diffusant, et ne bougent pas l'ombre d'un petit doigt suite aux documentaires et reportages sur la Chlordécone, les violences racistes, les inégalités sociales hors normes, les gabegies financières de certains élus, l'empoisonnement alimentaire des guadeloupéens (sucre, sel, etc…). Ce qui interpelle également c’est le manque de bon sens et de réflexion qui accompagne l’espèce d’envoûtement intellectuel qui saisit les amateurs du complotisme.

Oui il faut se poser des questions, oui il faut toujours se méfier de la parole publique officielle et de celle des médias sous tutelle capitaliste, oui il faut avoir ses propres opinions et ses propres convictions, oui il faut prendre de la hauteur et du recul face aux évènements, oui il faut exiger toujours la vérité (et ne pas la fabriquer ...), oui il faut avoir de l'esprit critique ...

Mais rien ne nous oblige à sauter sur le premier bol de mensonges et d’affabulations qu'on nous sert sous prétexte que ça répond comme par hasard à notre appétit ou à notre soif de vérité. Ayons moins de défiance,  et plus de confiance avant qu’il ne soit trop tard;

Didier DESTOUCHES

Universitaire et essayiste. Auteur de « discours sur le néo-racisme »

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