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L’heure du renouveau…

24 Déc 2015
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Ce vendredi 18 décembre se jouait à l’hôtel de Région le dernier acte d’une campagne électorale qui a aboutit à un changement de gouvernance. S’il faut tirer des leçons — et il y a des leçons à tirer — faisons-le. Surtout pas, en ressassant le passé qui n’est plus, mais en regardant résolument vers l’avenir, car il y a tant et mieux à construire. Vigilance donc, d’autant que notre pays supporte un chômage endémique qui touche 60% des moins de 30 ans. Avec une jeunesse qui désespère de l’avenir.

Le constat est là. Il s’impose à tous. L’économie guadeloupéenne s’essouffle et a perdu le dynamisme des années 2000 en terme de création d’entreprises, donc de richesses et d’emplois. Nos secteurs productifs (canne, banane, production vivrière) sont entièrement dépendants des subventions et de l’Europe et des demandes d’indemnisation de l’Etat pour calamités agricoles (sécheresse, inondation..). La population vieillit. En 2030, les plus de 60 ans seront plus nombreux que les moins de 24 ans. Le PIB ne cesse de diminuer depuis 2010. Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi de catégorie ABC s’élevait à 65 210, fin octobre 2015. Et le plus terrifiant reste le chômage des jeunes. La jeunesse qui désespère d’occuper une activité, est devenue impatiente pour ne pas dire menaçante. Le pire c’est que le  nombre de jeunes sont pour l’heure inemployables (échec scolaire, décrocheurs, illettrisme, pas de diplôme) et se trouvent fragilisés par le délitement du cadre familial.

Sur un tel terreau, la campagne qui a beaucoup porté sur la jeunesse et à qui on a beaucoup promis, aurait pu déraper. Pourtant, au clap de fin de la cérémonie de vendredi, sur tous les visages se lisaient un sentiment de satisfaction et de sérénité. Cette investiture a fait oublier la désastreuse cérémonie de 2004 et a gravé dans les mémoires une image positive du microcosme politique Guadeloupéen. Est-ce une question de génération ? Est-ce le poids des responsabilités ? Est-ce le regard du monde qui avec les médias régionaux, mais aussi internationaux, qui scrutent et analysent nos « konportasyon » lors des alternances politique ? Comme j’ai eu à l’écrire dans nos colonnes et à le dire plus tard sur les ondes de Radio Guadeloupe, s’agissant de la campagne électorale puis de l’installation du nouveau président de région Ary Chalus, il y a lieu de se féliciter, que ces élections, se soient tenues sans drame majeur et dans des conditions honorables, malgré quelques tensions.  C’est là, une grande victoire chez nous de la démocratie. Mais c’est surtout le signe d’une grande maturité civique de notre peuple qui accepte d’une manière pacifique — au contraire du refus d’autres nations — les alternances politiques.

C’est vrai que le principal message des électeurs a été celui du changement. Et pourtant vendredi, on a assisté au retour physique ou virtuel des vieux dinosaures de la politique.

Ces octogénaires, qui malgré leurs retentissants échecs (eau, transports, traitements des déchets, urbanisation, chômage…), sont venus parader, en chef de clan, dans l’hémicycle, alors qu’ils n’ont rien réussi de structurant et de durable pour notre pays. Si tu ne connais pas le village, tu y épouses la sorcière dit un proverbe africain. Durant des décennies, ils ont “ankayé” le pays en nous infligeant le spectacle affligeant de leurs misérables querelles en surfant sur des ambitions et petits arrangements personnels et claniques. Ils ne doivent surtout pas donner à penser à notre jeunesse, ainsi qu’à ceux qui sont en responsabilité, que le changement peut s’opérer à l’ombre des icônes qui ont failli. On ne met pas de vin nouveau dans de vielles outres. S’ils veulent laisser une trace, qu’ils écrivent leurs mémoires, on s’en contentera !

La Guadeloupe a trop de jeunes talents, trop d’intelligence ouverte au monde et de citoyens voulant bâtir et construire autrement pour s’enticher de vieilles recettes. L’heure du renouveau ne laisse pas de place ni de temps à l’amertume encore moins à la revanche.

Ce qui fait la réussite d’un pays, c’est d’abord son peuple. C’est d’abord sa volonté de dépassement de sa condition, sa faculté de faire le bon choix de ses dirigeants et sa volonté inébranlable du mieux vivre ensemble. Quelles que soient les ambitions des

Dirigeants, leur verticalité et leurs compétences, c’est d’abord l’ambition d’une population, son travail, ses sacrifices, qui font la réussite d’un pays. C’est je crois ce message qu’a voulu faire passer Ary CHALUS, dans ses habits de président de Région. Un message qui ne s’adressait pas seulement aux élus de la majorité et de la minorité, mais aussi aux soutiens présents ou pas, qui pourrait chercher à revendiquer voire à s’approprier cette victoire. “Nous avons certes remporté une élection, mais nous n’avons pas encore gagné le vrai combat, celui de mériter pleinement la confiance des guadeloupéens en réussissant notre projet de mandature” s’est exclamé le nouveau président en appelant en bonne intelligence tous les autres candidats à faire part de leurs idées et de leurs projets afin de faire avancer le pays.

La politique, la gestion d’une collectivité, est une chose complexe dont la compréhension passe inéluctablement par l’école et l’éducation, le désir pédagogique des dirigeants à expliciter leur politique. Et les médias citoyens qui doivent eux aussi dans la pluralité de leur analyse, expliciter les enjeux des dirigeants et dans le même balan, faire remonter la détresse sociale.

Le progrès est possible, à condition qu’on le construise avec persévérance et qu’on renonce aux miracles et à la pensée magique.

On peut comprendre, après l’ivresse de la victoire le “nou pwan yo” des partisans d’un candidat. Mais cette victoire sera toujours incomplète, si elle est celle d’une partie de la Guadeloupe contre une autre. Au-delà des réussites et ambitions légitimes de personnes, des partis et de leur stratégie, pour notre part, nous préférons le slogan de la Guadeloupe qui gagne. Et il y a tellement de défis à relever.

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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