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La Guadeloupe est toujours une colonie française !

15 Fév 2016
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Non trois fois non ! je ne défonce pas une porte ouverte en affirmant que la Guadeloupe est une colonie. J’insiste lourdement parce que certains de nos universitaires politologues, tout comme une grande partie de la classe politique, aiment à affirmer que notre pays n’est plus colonisé. Lol.


Arrêtons-nous déjà au niveau du vocabulaire courant et quotidien utilisé. Pourquoi la grande majorité des journalistes, des hommes politiques, utilisent-ils encore en 2016, la terminologie coloniale : « Métropole » pour désigner la France et « Métropolitains plutôt que Français ? Il est aussi vrai que dans tous les rapports officiels et dans leur communication les fonctionnaires français, aussi bien ceux qui sont en poste dans la colonie que ceux qui sont en France, font un usage abusif mais conscient de ces vocables coloniaux infamants. 


Quand on examine la situation politique et économique de la Guadeloupe de la Martinique, de la Guyane, de la Réunion etc.… on s’aperçoit bien vite que les vrais centres de décisions effectives de nos pays sont réellement à Paris. 
Pour s'en convaincre, c’est le représentant de l’État français, le Préfet qui n’est rien d’autre autre qu’un gouverneur, qui « coupe » et qui « hache ». Décentralisation Régionalisation, Collectivité Territoriale ou pas, en 2016, c’est encore et toujours le Préfet-gouverneur, qui « décide ».

 

 

Nos pays sont donc toujours sous la tutelle de l’état colonial français. Prenons l’exemple du récent épisode de la Coupe Davis et de la Région Guadeloupe.

 

Quand Ary Chalus a semblé vouloir dire que cette manifestation couteuse pour les finances régionales pourrait ne pas se tenir en Guadeloupe, on a bien observé que la décision finale avait été annoncée de Paris, par le ministre français des sports ! 


Quand les syndicats de l’éducation de notre pays se mobilisent contre la suppression des postes d’enseignants, n’est-ce pas le ministère français de l’éducation qui depuis Paris ordonne et décide ? 


Quand une épidémie de Zika menace nos pays, n’est ce pas la ministre française de la santé qui donne le là en recommandant à ses compatriotes femmes d’éviter de se rendre dans nos pays ? Nos parlementaires n’ont que la possibilité d’accuser le coup et d’émettre de timides protestations, que la grande presse française « oublie » de répercuter.


Mais le fin du fin, c’est bien le ministère des dernières colonies françaises. Ce ministère qui fut jadis, sous Richelieu (1710) au tout début de la colonisation « le bureau des colonies ». Sous Napoléon III, il se nomme « Ministère de l’Algérie et des Colonies ». Plus tard en 1882 ce ministère est rattaché à celui de la Marine. Nouveau changement en 1894, le ministère des colonies est institué. Sa vocation principale est de gérer les colonies. En d’autres termes, ce ministère est l’instrument, le « zouti filé » du gouvernement français? Il est chargé de défendre principalement les intérêts coloniaux et non pas comme on pourrait le croire naïvement de s’occuper du « bonheur » des peuples sous domination coloniale.


En 1946, quand les députés de la colonie oeuvrent pour transformer les colonies en « départements d’outremer » pour faire bonne mesure et semblant d’évoluer, le ministère des colonies subit un nouveau « lifting » par le dernier. il devient « ministère de la France d’Outre Mer ». Mais dans le fond rien n’a réellement changé. Voilà ce que dit l’article 3 de la loi de 1946. « Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements, sur mention expresse insérée aux textes. La présente loi, délibérée et adoptée par l'Assemblée nationale constituante, sera exécutée comme loi de l'État ».

Par « mention expresse », il faut comprendre que le lois applicables dans la « métropole coloniale » ne le seront jamais dans  la colonie. Pendant des décennies nos députés s’échineront à l’Assemblée Nationale française pour obtenir voire, « arracher » des « aménagements » mais les colonies et les colonisés  seront toujours comme l’a dit Césaire à postériori des « français entièrement  à part. »

Au alentours de 1959, le ministère évolue encore et  devient le « Ministère  du Sahara et des départements et territoires d’outremer ».

Quand l’Algérie arrache par la  lutte armée son indépendance, c’est de nouveau le « ministère des départements et territoires d’outre mer ». Puis sous Pompidou, Giscard, Chirac, Mitterrand, le ministère est  tantôt rattaché au ministère de l’intérieur, donc de la Police, tantôt un simple secrétariat.

Ainsi dans le fond ce ministère, appelé aujourdh’hui des « Outre-mer », demeure fidèle à sa mission première qui est d'assurer la pérennité du système colonial. Victorin Lurel qui a été brièvement ministre des dernières colonies, a dû manger son chapeau quand il s’est concrètement rendu compte qu’il n’était qu’un homme de paille entre les griffes d’aciers d’une administration coloniale qui depuis Richelieu n’a pas vraiment changé.


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(8 Votes)
Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

3 Commentaires

  • Agostino
    Agostino jeudi, 18 février 2016 19:02 Lien vers le commentaire

    Dans bientôt un mois, fera 70 ans que la Guadeloupe est département d'outre-mer...
    L’Encyclopedia Universalis présente la Guadeloupe ainsi : “La Guadeloupe est un archipel des Petites Antilles, situé à 610 de latitude ouest et 160 de latitude nord. Elle couvre une superficie de 1 703 kilomètres carrés et compte une population de 404 000 habitants (2009). Autrefois colonie française, la Guadeloupe est devenue, en 1946, un département de plein exercice, en 1982, une région administrative (région « mono-départementale ») et, en 2003, un département et région d’outre-mer (D.R.O.M.)”
    http://www.universalis.fr/encyclopedie/guadeloupe/
    Jusqu'au 19 mars 1946, la Guadeloupe était sur la liste des territoires à décoloniser de l'ONU ainsi que l'atteste la Résolution 66 du 14 décembre 1946 relatif à la Transmission des renseignements visés à l'Article 73e de la Charte. Résolution rappelée dans un courrier adressé en 2010 à l’ONU par le FKNG demandant à ladite organisation la réinscription de la Guadeloupe sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser. http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/66(I)&Lang=F
    Que dit l’article 73 de la Charte ?
    Les Membres des Nations Unies qui ont ou qui assument la responsabilité d'administrer des territoires dont les populations ne s'administrent pas encore complètement elles-mêmes reconnaissent le principe de la primauté des intérêts des habitants de ces territoires. Ils acceptent comme une mission sacrée l'obligation de favoriser dans toute la mesure possible leur prospérité, dans le cadre du système de paix et de sécurité internationales établi par la présente Charte et, à cette fin :
    a. d'assurer, en respectant la culture des populations en question, leur progrès politique, économique et social, ainsi que le développement de leur instruction, de les traiter avec équité et de les protéger contre les abus;
    b. de développer leur capacité de s'administrer elles-mêmes, de tenir compte des aspirations politiques des populations et de les aider dans le développement progressif de leurs libres institutions politiques, dans la mesure appropriée aux conditions particulières de chaque territoire et de ses populations et à leurs degrés variables de développement;
    c. d'affermir la paix et la sécurité internationales;
    d. de favoriser des mesures constructives de développement, d'encourager des travaux de recherche, de coopérer entre eux et, quand les circonstances s'y prêteront, avec les organismes internationaux spécialisés, en vue d'atteindre effectivement les buts sociaux, économiques et scientifiques énoncés au présent Article;
    e. de communiquer régulièrement au Secrétaire général, à titre d'information, sous réserve des exigences de la sécurité et de considérations d'ordre constitutionnel, des renseignements statistiques et autres de nature technique relatifs aux conditions économiques, sociales et de l'instruction dans les territoires dont ils sont respectivement responsables, autres que ceux auxquels s'appliquent les Chapitres XII et XIII.
    http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-xi/index.html

  • Agostino
    Agostino jeudi, 18 février 2016 18:22 Lien vers le commentaire

    Dans son ouvrage Conquête du marché intérieur, Alain Plaisir a un chapitre éclairant :
    “Commerce Extérieur : la dépendance extérieure”
    Extrait : “Le commerce extérieur de la Guadeloupe est le commerce d’une colonie :
    exportation de produits primaires (banane, melon) ou semi-industriels (sucre brut et rhum) en “métropole”.
    importation de la métropole de tout le reste (produits industriels, biens d’équipements, produits agricoles et agro-alimentaires).
    S’y ajoute le fameux monopole du pavillon qui constitue la troisième clause du pacte colonial (le transport des marchandises entre la métropole et la colonie se fait sous pavillon de la métropole).
    En effet, les pratiques coloniales sont toujours en vigueur dans le transport maritime. C’est ainsi que le décret du 28 juin 1935 réserve aux navires français le transport de la banane entre les Antilles et la métropole; ou encore l’article 258 du Code des douanes qui réserve aux navires français les opérations entre les ports d’un même DOM ou de DOM différents.”

  • Agostino
    Agostino jeudi, 18 février 2016 18:10 Lien vers le commentaire

    Qu’est-ce qu’une colonie ? Qu’est-ce que la métropole ?
    Une métropole est un État considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs.
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/m%C3%A9tropole/51037
    Une colonie est un territoire occupé et administré par une nation en dehors de ses frontières, et demeurant attaché à la métropole par des liens politiques et économiques étroits.
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/colonie/17291
    Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l'administre et le maintient dans un état de dépendance.
    http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/colonie/
    Est-ce que l’une ou l’autre de ces définitions s’appliquent à la Guadeloupe ?
    Depuis que la Guadeloupe est devenue département d'outre-mer en 1946 a-t-elle cessée d'être une colonie au sens des définitions mentionnées ci-dessus ? Est-ce que tout ou partie de ce qui constitue un rapport de colonie à métropole a disparu du seul fait de ce changement législatif il y a 70 ans ?
    Quels sont les éléments caractéristiques, les faits marquants, palpables, les indicateurs déterminants, les données incontestables, les situations tangibles qui démontrent, témoignent de la réalité coloniale de la Guadeloupe aujourd’hui en 2016, nonobstant la départementalisation, régionalisation ?

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