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Nos médias demeurent fragiles

09 Mar 2016
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La presse Guadeloupéenne… ce géant aux pieds d’argile. L’une des conclusions sortie des échanges et des réflexions entre journalistes lors de l’Assemblée Générale de l’Union des Journalistes et des Médias Guadeloupéens est que notre secteur multiplie les paradoxes. Avec 5 télés, 42 radios, 4 hebdomadaires, 1 quotidien, une dizaine de sites d’information en ligne, la presse en Guadeloupe offre une pluralité aux lecteurs, auditeurs, spectateurs, surtout si l’on se compare à la Martinique et à la Guyane. On dénombre pas moins de 250 personnes dont l’activité principale est le journalisme.

Nous l’avons déjà ressassé dans ces colonnes, le rôle de la presse dans un pays est non seulement essentiel au bon fonctionnement de la démocratie, mais comme l’oxygène il  lui est indispensable.

Et dans un pays comme le nôtre, confronté à des problématiques et à des choix de plus en plus complexes, la presse joue un rôle primordial dans l’information mais également dans l’éducation, à l’éveil et  surtout à  l’élévation des consciences. Nous ne sommes pas seulement des passeurs d’infos, ni des relais d’opinion, nous sommes nécessairement un des vecteurs — peut-être le plus puissant – de la constitution d’une opinion publique, d’une vision collective de l’évolution du pays. Pas le seul, heureusement, mais celui que l’on ne peut ignorer, dont on ne peut se passer.

Et pourtant, nos médias demeurent fragiles. A plusieurs titres. Bien évidemment financièrement car l’étroitesse du marché et les coûts de production importants font qu’il est de plus en plus difficile pour un journal papier d’être autonome économiquement. Mais c’est également le cas pour les médias audio-visuels. Impossible de produire et de financer (ou presque) un documentaire qui ne soit pas vendable à l’étranger.  C’est encore davantage le cas lorsqu’il s’agit de faire de l’investigation qui nécessite de mobiliser une ou plusieurs personnes pendant des semaines et des mois sur un seul sujet.

Fragile également — mais c’est le cas partout dans le monde — face à la montée en puissance de la blogosphère hors contrôle,  qui par ses dérives, peut mettre à mal la crédibilité des journalistes.

Fragile aussi — et c’est encore le cas en Guadeloupe — par l’absence d’esprit de corps par le peu de cohésion dont font preuve jusqu’ici,  les journalistes entre eux.

 Cela se traduit par le fait qu’il n’existe aucun lieu d’échanges sur la profession alors même que certains exercent ici depuis plus de trente ans.  A Dakar, la maison de la Presse est un immeuble de quatre étages.  En France il existe des centaines d’associations de journalistes sur toutes les thématiques : sport, tourisme, cinéma, rédacteur en chef, directeur de l’info, presse écrite, radio etc…

Nous avons — mais c’est un mal Guadeloupéen — des difficultés à reconnaître nos  pairs, même si nous avons  heureusement des appréciations et analyses  différentes. Antoine de Saint-Exupéry a raison. “Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis”.

C’est donc dans ce contexte que l’Union des Journalistes et des Médias Guadeloupéen a vu le jour l’année dernière. C’est une structure qui souhaite en premier lieu faire reconnaître la profession de journaliste à sa juste valeur. Elle se veut également un lieu de réflexion et d’échanges entre gens du métier  partageant des valeurs citoyennes et sociétales. Car se reconnaître c’est d’abord se connaître. Elle se veut aussi un lieu de formation (formation technique et formation éthique). Enfin elle se veut un vecteur de diffusion d’information et de porteurs d’idées et d’instruments d’analyses  pour tous publics et notamment pour nos décideurs, comme cela se fait dans tous les pays.

L’UJMG, pour des raisons éthiques, logistiques et d’ouverture au monde,  s’est dès l’origine attachée à l’Union de la Presse francophone (35 sections, plus de 100 pays et 3000 adhérents). Lors des différentes Assises de l’UPF ( Montréal( Canada), Yaoundé (Cameroun) Rabat ,  Casablanca (Maroc) , Dakar (Sénégal), Lomé ( Togo) ,  Notre Union a déjà permis à des journalistes Guadeloupéens de se confronter à toutes les problématiques sensibles, enjeux et freins,  que rencontre  la profession  et les journalistes pour exercer librement leur métier.

Nos confrères ont eu à faire le constat. Nos organes de presse et particulièrement la presse écrite, n’ont absolument rien à envier qualitativement aux autres médias du monde,  qui eux sont fortement aidés par les  pouvoirs politiques et économiques. Mais cela relève de l’ambition qu’on a pour son pays et de la démocratie.  Un bon citoyen est un citoyen informé !

A l’heure d’internet, dans une société soumise aux influences multiples de “zorros” masqués du numérique, seule une presse ayant une éthique,  bien identifiée car responsable, consciente  de ses droits comme de ses limites, peut renforcer les conditions indispensables au bien  vivre ensemble !

L’UJMG n’a qu’une ambition. Faire son devoir ! Et le mieux possible !

RJC
(Porte- parole de l’UJMG. Membre du comité international de l’UPF) 

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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