On se fout de notre gueule et nous la fermons !

Dire ou écrire que la Guadeloupe est depuis plus de 3 siècles colonisée, dépendante de l’État francais est aujourd’hui d’une très grande banalité. Si comme moi vous regardez le pays au fond des yeux et sans complaisance, vous remarquerez, j’en suis certain, que depuis quelques temps nous avons franchi un autre palier celui du mépris total. Est-ce acceptable ?  

 

Dans la vie quotidienne, j'ai vraiment peine à le dire. Les Guadeloupéens sont comme totalement anesthésiés, au point que dans notre pays plus rien ne semble choquer personne. Sé kon sa yé, ka'w vlé fè !  

Le système colonial francais et son corollaire, le racisme anti-nègre, auraient-ils définitivement annihilés chez nous toute volonté d’un vrai changement au point que nous serions arrivés au dégré zéro de l’acceptation du n’importe quoi ? Je le crains.

Point 1. L’autre jour en pleine fièvre de la Coupe Davis, un élu parmi les plus connus du pays, se fait le plus malproprement du monde refouler  à l’entrée du Vélodrome de Gourdeliane ! Alors que ce sont les élus guadeloupéens qui ont décidé avec l’argent de la collectivité régionale d’accueillir, chez nous une compétition sportive internationale, voilà que l’un des élus en charge des questions sportives à la Région se fait jeter, comme un ti -kokannyè ! Pas une protestation officielle, ni dans la presse, ni ailleurs !  pon moun pa ka di hak !

Point 2. Toujours en marge de cette Coupe Davis, une dame venue de Paris chargée, nous dit-on, des  « relations avec les médias », une certaine Dorothée Leconte, se montre exécrable à un degré dépassant l’inacceptable à l’égard de nos confrères. La Dorothée Leconte en question s’est comportée de la maniére la plus odieuse, la plus méprisante qui soit avec les journalistes guadeloupéens. Là encore, silence-radio : tout passe, pas de vagues, tout bouch fémé sek ! Sauf pour vous faire chanter leur Marseillaise !

Point 3. La semaine dernière une cadre guadeloupéenne, employée depuis 17 ans dans une entreprise audiovisuelle francaise installée en Guadeloupe, est mise à la rue pratiquement sans raison.  Les salariés syndiqués osent  protester et se mettent en grève. La direction française blanfwans de l’entreprise refuse tout dialogue. Au tribunal, la justice francaise va dans le sens des patrons, décide de pénaliser lourdement les grévistes. Sommes-nous en Afrique du Sud à l’époque de l'Apartheid ? Dans cette boite, l’encadrement vient du froid, les derniers cadres guadeloupéens non-grévistes, sont tous sous la pression ; ou bien ils la ferment ou alors ils risquent eux aussi d'être jetés à la rue. Ki jan yo ka kriyé sa ?

Point 4. En 1946 était votée en France la loi dite de la «départementalisation». Une sorte de volet légalisé de la colonisation française. 70 ans après, notre pays est toujours sous domination. Le chômage ne diminue pas. La pauvreté augmente. La désespérance aussi. Les Guadeloupéens s’entretuent. C’est devenu tellement fréquent que cela fait partie du paysage. En Mars 1967 à Basse Terre, un européen avait lâché son chien sur un Negwadloup qui s’était fait mordre. Le peuple basse-terrien s'était légitiment révolté.

À Paris, l’État francais organise cette semaine un colloque pour commémorer 1946. En Guadeloupe, plusieurs organisations anticolonialistes organisent à Basse-Terre un «  Sonjé Mars 67 » . Un historien basse-terrien  contacté  pour raconter aux plus jeunes ces évènements douloureux de Mars 67, a préféré s’en aller à Paris pour participer au colloque sur la départementalisation... Oui, il en a le droit.  Mais une fois de plus, on est en droit de s’interroger légitimement sur la vraie fonction de ces « historiens ». Ka yo ka sèvi ?

Point 5. Je ne voudrais pas vous affoler mais au regard  tous  ces faits et gestes démontrent que notre pays ne nous appartient  pratiquement plus ; que certains  blanfwans,  installés  ici  ou de  passage, sont de plus arrogants et racistes, que la tension croit. Il y existe des Guadeloupéens qui eux sont vraiment « bons », bouffis, qui en ont ras la casquette de toute cette misère sociale, de cette souffrance, de ce mépris. Ils sont pour l’heure silencieux mais de lourds nuages obscurcissent déjà notre ciel. Je ne serais pas étonné qu’une simple étincelle mette le feu à la plaine. Personne ne peut encore avancer la date mais il presque sûr que sa ké rivé. Il serait donc temps de changer d’avenir car celui-là et déjà très sombre.

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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