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Nous traversons une crise sans précédent...

21 Mar 2016
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C’est une lapalissade. Les urgences dans l’Hexagone (territoire développé) et chez Nous (territoire mal développé) ne sont pas les mêmes. Et ce décalage entre nos infrastructures, notre développement économique et nos relations sociales respectifs se traduit même dans les urnes. Quand la majorité présidentielle ou plus exactement ce qui en reste, est contestée en France, chez nous, elle triomphe. Et cela malgré le chômage, les chiraj internes et l’opacité des ambitions de différents leaders étiquetés à gauche.

Observons que des réformes sur tous les territoires — outre mers compris — pour dé-scléroser cette société ont été mises en oeuvre avec des lois de décentralisation de 1982. Avec comme enjeu, la baisse des dépenses publiques et une meilleure prise en compte des besoins citoyens. C’est ainsi que pour redonner sens et cohérence, aux politiques publiques le gouvernement a promulgué le 7 août 2015, la loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) qui confie de nouvelles compétences aux Régions et redéfinit clairement les compétences attribuées à chaque collectivité territoriale.

Cette décentralisation permettant de transférer des compétences administratives de l’État vers les collectivités locales a été bien saluée chez nous, sans obtenir pour autant un transfert de moyens financiers adéquats. Mais qu’en est-il de cette décentralisation “poussée” lorsqu’il s’agit d’adopter des stratégies pragmatiques et responsables afin de régler des problèmes vitaux de la population ? Il est clair que dans l’Hexagone, la décentralisation à la carte pour moderniser le pays, avec même des pouvoirs accrus aux grandes villes métropoles, a permis de résoudre bien des problèmes.

Chez nous, alors que la décentralisation permettait de sortir des tutelles parisiennes, et donnait des moyens et des pouvoirs accrus aux élus, il s’avère que pour régler le problème de l’eau, des déchets, des transports publics, les consommateurs-électeurs se voient contraints, face à l’incurie de nos élus, de faire appel à l’Etat central. Quelle amère désillusion !

En politique, l’intérêt général est une notion subjective, surtout quand chacun ne voit midi qu’à sa porte. A l’analyse, l’intérêt général, n’a pas la même urgence pour l’Etat, les élus locaux et les citoyens, selon qu’on se place dans le court moyen ou long terme. Ou pire dans la logique purement électoraliste de politiciens professionnels qui consiste à ne pas faire ce qu’on a claironné si fort lors de la campagne.

Il n’en reste pas moins vrai que donner du pouvoir par une réforme purement administrative, en confortant certes la maitrise des moyens financiers, c’est donner un réel pouvoir d’influence aux élus dans leurs fiefs respectifs. C’est ainsi que l’on constate que chaque leader, en vue de promouvoir

son ancrage, n’a cure de l’intérêt général, de la solidarité et de l’équilibre du territoire. Basse-Terre ville capitale, se voit vider de toutes ses infrastructures administratives et économiques. Alors que tout le monde proclame sa “Guadeloupéanité” ! La conscience est souvent à géométrie variable. Pour illustrer, la grande et belle conscience antillo-guyanaise n’a pas résisté au démantèlement de l’université Antilles- Guyane.

Il faut revenir à Marx. Ce n’est pas la conscience qui mène le monde. La conscience est déterminée par la vie. Ce sont les conditions matérielles et sociales de l’existence des hommes qui déterminent leurs représentations et leur conscience d’eux-mêmes et du monde. Marx prend ici une position matérialiste, par opposition à l’idéalisme de Hegel.

Pour l’heure nous traversons une crise sans précédent, à la fois politique, économique, sociale et morale. C’est un échec sur toute la ligne.

L’eau, le transport public, l’hôpital qui fait peur, le mal-aménagement du territoire, tout cela relève d’une conscience régionaliste étroite. Les différends, voire la défiance entre leaders politiques, salariés, syndicats, représentants des consommateurs) montrent bien que l’eau, le transport public ou les déchets, ne se posent pas en terme de besoins vitaux à satisfaire impérativement, mais bien en termes d’influence et de pouvoir avec in fine la mainmise et le contrôle des décisions sur les finances générées par cette activité.

Avant que l’argent soit le nerf de la guerre, incontestablement, il fut celui de la politique!

Césaire s’impose ici. “Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde”.

Le plus beau du pouvoir est le pouvoir de rendre l’impossible possible. Mais le beau il est vrai, n’est pas l’apanage de ceux qui ferment les yeux ! Et laissent faire.

 

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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