Pauvre Guadeloupe : la vieille droite n’est pas vraiment de retour mais…

07 Avr 2016
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Ils étaient tous là au salon d’honneur de l'aéroport Pôle Caraïbes.  Ils étaient tous venus accueillir leur « grand chef ». Tous ? Blaise Aldo, Luc Adémar, Philippe Chaulet, fatiguée et vue l’heure un peu tardive, Lucette Michaux-Chevry a dû décliner mais sa fille y était. Mais oui, comme au bon vieux temps de leur splendeur passée, la vielle droite départementaliste gwada-française, pro statu quo, celle qui ne cessait de nous bassiner que sans la France, nous mourrons tous de faim car « Lendépendans sé zasiet vid », s’était donnée rendez-vous pour faire une véritable haie d’honneur au « jeune » Alain Juppé, leur candidat aux primaires des Républicains pour les présidentielle françaises.

 

Donc cette vielle droite, qui depuis plus d’une décennie est en totale perte de vitesse ici, à force de chiraj, de coups bas et de babyé, la voilà qui essaie difficilement de se remettre en état de marche.  Je dis bien essaie car ce n’est pas encore gagné. Laurent Bernier qui fut le dernier représentant officiel des « Républicains », Bernier qui fluctue au fil du vent, des alliances et des mésalliances, lui qui aux dernières élections a défendu sans trop y croire les couleurs de cette vielle droite dinosaurique, a brillé par son absence.  

Mais alors, pourquoi peut-on parler d’un possible retour de la vieille droite sur le devant de la scène politique dans notre pays ? A qui la faute ?

Essayons très rapidement de comprendre ce qui s’est passé depuis qu’en 2004 Lucette Michaux-Chevry s’était fait battre par Victorin Lurel. D’abord à l’époque, LMC flirtait avec des courants « progressistes ». Celle qu’on appelait alors la Dame de fer, avait en décembre 1999 co-signé avec l’indépendantiste martiniquais Alfred Marie Jeanne ( tiens ! tiens ! mais on reviendra sur son cas !) et le socialiste Guyanais Antoine Karam, une fumeuse « Déclaration de Basse Terre ». Qui n’a jamais eu de suite autre que déclarative. Mais cette opération a semble-t-il tellement effrayé les amis de LMC, que ceux-ci ont préféré, sur ordre de Paris, se désolidariser de leur leader qu’on taxait « d’indépendantiste ». Les déboires de la Droite gwada-française débutaient.

Du côté de la gauche traditionnelle, depuis la disparition en 1995 de Fréderic Jalton, il n’ y a plus eu de véritable leader. Les ex-communistes Henri Bangou, Daniel Génies et leur PPDG tout comme Dominique Larifla qui avait rompu avec le PS français pour fonder le GUSR, ne faisaient vraiment pas l’unanimité. Leur « socle de gauche » ébranlé depuis la « trahison » de Larifla (1992) était déjà très instable. C’est alors, que profitant de ces circonstances objectives, Lurel qui avait le nez fin entreprend de mettre la main sur ce qui restait en Guadeloupe du PS français sans véritable homme fort. Lurel réussit à réorganiser le PS et à en faire un outil de conquête et de pouvoir.

En 2004, il bat LMC aux Régionales. LMC est affaiblie, son parti Objectif Guadeloupe est en michpo. Elle n’a jamais su et voulu trouver un successeur. Gabrielle Louis-Carabin, Jean Laguerre, Laurent Bernier, ou Joël Beaugendre sont systématiquement écartés. Objectif Guadeloupe disparaît alors corps et bien. LMC qui était quant à elle une chiraquienne pur sucre, ne rejoindra jamais le camp des sarkozistes au contraire de sa fille. Lurel profite de toutes ses divisions à droite et tout en se disant « socialiste » emprunte à la droite le même discours réactionnaire, statu quoiste… il rassure les békés et le lobby de Jarry.  

Dans sa posture et son discours, pendant deux mandatures, Lurel occupe le créneau vide de la droite. En fait, Il avait simplement éliminé LMC pour être en quelque sorte un héritier inattendu. Il suffit de se rappeler l’attitude de Lurel en 2009 pendant le mouvement social. Il cherchera par tous les moyens à casser LKP au point que Sarkozy ira jusqu'à lui proposer la place de Jégo. Il refusera pour garder une emprise sur le « socle de gauche » et pour ne pas trop effrayer ses amis socialistes parisiens.

Son succès en 2010 conforte provisoirement sa position, il fait gagner Hollande un peu partout dans les colonies et obtient enfin sa récompense : un ministère ! Pas celui qu’il espérait, mais à peu de choses près, il a fait le même parcours que LMC.

On l’a compris Victorin Lurel n’a pas vraiment combattu la droite, il s’est contenté pendant 12 ans d’être un « socialiste » en paroles et un homme de droite dans les faits. Il a explosé ce qui restait du « socle de gauche », d’abord en éliminant Jacques Gillot et le GUSR.  Ce qui peut expliquer le rapprochement hétéroclite de Gillot–Losbar avec Chalus qui ne l’oublions pas fut un proche de Edouard Chammougon.

Et c’est pour battre Lurel que le GUSR a du se rapprocher de Penchard et de cette vieille droite. Comment dès lors s’étonner aujourd’hui que cette Droite qui a enfin éliminé Lurel tente de reprendre sa place légitime ?

En Martinique, la droite se refait depuis qu’Alfred Marie-Jeanne a offert au Sarkozo-Républicain Yann Montplaisir, une audience et une place que la droite Martiniquaise n’espérait plus.

Juppé avait l’air si heureux en arrivant en Guadeloupe. Il sait qu’il peut compter sur de véritables soutiens. Surtout, chez tous ces « sans partis » qui sont dans le sillage de Chalus comme nous l’a dit Marie Luce Penchard.

Pauvre Guadeloupe !

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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