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Notre Guadeloupe est vraiment très mal, où allons-nous ?

17 Mai 2016
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La semaine dernière, le Parti Communiste Guadeloupéen (PCG) a tenu son 15ème congrès pour tenter de remettre au goût du jour son vieux mot d’ordre d’autonomie. Ce mercredi, FKNG!, la plus jeune des organisations indépendantistes, invite les Guadeloupéens à venir débattre sur les 3 R : Résistances, Réparations et Révolutions !

FKNG! se bat d’abord pour que la question de l’Indépendance nationale de la Guadeloupe ne devienne pas une sorte de tabou, un mot imprononçable, une idée passéiste à rejeter sans discussion, car dit-on, elle ne répondrait pas aux aspirations de notre peuple. A croire que la situation délétère actuelle serait celle la plus convenable pour notre pays. Qui peut soutenir une idée aussi absurde ? 

Il faut cependant l’admettre, la problématique de l’indépendance est depuis quelques décennies (re)mise au ban d’abord par les medias mais aussi et surtout par les politiques qui administrent ce pays. On a beau dire, que ce soit Lurel, Gillot, Chalus ou autre, quoi qu’ils disent en parlant à chaque élection régionale de « gouvernance », ces messieurs et dames élus ne gouvernent absolument rien, puisqu’en dernière analyse, c’est à Paris que TOUT se décide hélas pour notre pays. Mais il n’y a là vraiment rien de nouveau puisque c’est ainsi, depuis près de 4 siècles.

Mais, périodiquement, dans notre histoire il y eut des périodes politiquement mouvementées au cours desquelles la question de l’Indépendance a été à l’ordre du jour, au moins dans le débat public.

Tout le monde ne s’accorde pas vraiment là-dessus, mais le Commandant Ignace qui combattit jusqu'à la mort contre l’armée française venue rétablir l’esclavage en 1802, aurait dit-on été le 1er indépendantiste guadeloupéen. Au contraire de Delgrés, jusqu’ici aucun texte écrit, pensé ou rédigé par Ignace n’est venu conforter cette thèse. On sait seulement que ce farouche combattant anti-esclavagiste était un rebelle et qu’il osa prendre les armes et lever une troupe contre l’armée napoléonienne.

Il faudra attendre 1963 et la création à Paris de la première organisation nationaliste guadeloupéenne, le Groupe d'Organisation nationale de la Guadeloupe (GONG), pour qu’enfin la question de l’Indépendance nationale soit officiellement posée en Guadeloupe. 4 ans après, le pouvoir colonial français aux abois après son échec en Algérie, n’hésita pas en mai 1967 à faire mitrailler à Pointe-à-Pitre et dans les faubourgs,  tous ceux qui de près ou de loin revendiquaient des idées indépendantistes. Ce n’est que 10 ans après le GONG, en 1973, que l’UGTG, premier syndicat 100% guadeloupéen, affirmait dès sa naissance être pour l’indépendance nationale de la Guadeloupe. En 1978, l’UPLG, l’une des  « héritières » du GONG, prenait elle aussi position pour l’Indépendance nationale. Et pendant plus de 15 ans, cette organisation défendit cette cause avec fermeté et « an balan » avant de l'abandonner progressivement vers la fin des années 90.

D’autres organisations indépendantistes plus radicales, telles que le MPGI, le GLA ou l’ARC virent le jour ; mais dans l’opinion publique soumise au rouleau compresseur permanent de la propagande politico-médiatique du pouvoir français et de tous ses « relais locaux », l’indépendance recula jusqu'à redevenir une sorte d’épouvantail. De plus, il faut aussi le souligner, les militants indépendantistes des années 80, ont été souvent incapables de transmettre le flambeau à une jeunesse peu préparée au choc frontal de la mondialisation et de ses conséquences.

En l’espace d’une petite décennie, la revendication d’indépendance connut un recul considérable. D’un autre coté, les politiciens assimilationnistes de droite ou de « gauche », souvent plus intéressés par leur confortable carrière et leur réélection que par l’avenir du pays, ont tous très largement contribué au statu quo. Qu’on se rappelle des postures d’un Victorin Lurel qui n’hésita pas dès le début du 21e siècle, pour gagner les élections régionales, à se faire le chantre d’un néo-assimilationnisme qu’on croyait dépassé. C’est la grande crise sociale de janvier 2009, gérée pendant 44 jours par LKP, qui redonna un coup de fouet à la question identitaire et permis de reposer la question d’une Guadeloupe-guadeloupéenne.

7 ans après, les idées indépendantistes quoique laminées, n’ont pas totalement disparues du paysage politique. Mais si elles ont prospéré sur le plan des résistances culturelles ou économiques, au niveau politique il y a eu régression. Tout reste donc à (re)faire car chacun admet que le grand rêve de l’assimilation est devenu au fil du temps, sur le plan social, un vrai cauchemar. Le chômage chez les jeunes et moins jeunes, ne fait qu’augmenter. La misère sociale, la délinquance et les addictions sont le pain quotidien d’une société qui a perdu ses repères. Au plan électoral, le divorce avec les élus s’exprime tantôt par l’abstention, tantôt par une défiance que soulignent régulièrement les sondages d’opinion. Dans l’ensemble, la société guadeloupéenne est mal et en total désarroi car elle n’arrive pas à penser son futur. La classe politique, elle-même, déboussolée par la crise et ses effets pervers, est sans véritable projet. Elle se contente de gérer comme elle peut et au jour le jour.

Le constat est terrible

C’est dans ce contexte difficile qu’il faut avec courage repenser le futur d’une nation guadeloupéenne en totale déshérence. Redonner confiance au peuple guadeloupéen. Expliquer, preuves à l’appui comment 4 siècles de colonisation, nous ont conduit dans l’impasse actuelle. Pourtant le peuple guadeloupéen a su jusqu’ici trouver des ressources suffisantes pour résister et ne pas  disparaître. 

 

Les Guadeloupéens, commencent à mieux comprendre ce qu’a été l’esclavage-crime contre-l’humanité. 

Les Guadeloupéens ont donc le devoir, dès aujourd’hui, de combattre le négationnisme des békés et de leurs alliés, initiateurs d’une soit-disant « fondation de la réconciliation » 

Les Guadeloupéens se doivent aussi de dénoncer ces pseudos-historiens qui font impunément l’apologie du Code noir 

Les Guadeloupéens se doivent d’exiger des Réparations aux colonialistes français.

 

C’est une constante dans l’histoire quand un peuple se sent acculé, par un pouvoir (colonial ) qui ne veut rien lâcher, il oblige ce peuple à la révolution. Ce fut déjà le cas en mai 1802. Le combat, engagé mais perdu par Ignace et ses compagnons, aboutit tout de même 50 ans après, à la fin de l’esclavage ancien. Mais plus de 2 siècles plus tard, rien n’est totalement réglé. L’esclavage des plantations à simplement changé de nature. Sauf pour ceux qui ne veulent pas faire face à la réalité, la Guadeloupe demeure toujours une colonie francaise. Les maîtres d’hier sont devenus les patrons d’aujourdhui …

Alors qu’on se le dise, face à toutes les misères qui accablent au quotidien ce pays et face à la démagogie et à l’impuissance des politiciens, les choses ne peuvent plus rester en l’état. Toutes les conditions se mettent en place pour un nouveau choc, un accouchement qui se fera nécessairement dans la douleur…

Mais cette prochaine fois, il faudra sans doute beaucoup plus qu’un LKP et 200 euros. Le pire serait-il à venir ? 

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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