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Les Guadeloupéens sont-ils des citoyens…. de la Guadeloupe ?

14 Jui 2016
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Mon propos va sans doute déranger certains mais qu’importe ! Nous  devons avoir l’outrecuidance et l’impertinence de nous dire ce que nous sommes et surtout ce que nous ne sommes pas. Ainsi donc en plein conflit de l’eau, on a vu au cours d’un reportage du JT de Canal 10 quelques manifestants devant les bureaux du SIAEG  vociférant à propos de cette grève qui durait et qui privait une bonne partie des consommateurs du précieux liquide. Ces manifestants résidant  à coup sûr dans le périmètre de Pointe-à-Pitre, la Marina et des hauteurs  de Gosier étaient TOUS, sans exception, des blanfwans !  Wow !  Voilà un terme que certains exècrent mais il recouvre une réalité qui est bien loin d’être virtuelle. 

 J’ouvre ici une petite précision sémantique à l’usage de ceux qui ignorent ou font mine d’ignorer que la Guadeloupe de 2016 est toujours une colonie française. Dans notre pays, outre les Guadeloupéens natifs qui sont afro- descendants, indo-descendants, kalina–descendants et européo-descendants, vivent aussi ceux qu’on qualifie improprement de « métros » mais qui sont de véritables Français de France. Ils sont fonctionnaires, chefs d’entreprises, aventuriers… tantôt de passage mais la tendance depuis quelques années est à l’installation définitive.

Ces Francais expatriés sont donc ce qu’en créole on nomme sans aucune volonté péjorative ou racialiste des «  Blanfwans » parce qu’on les distingue des «  blankreyol » qu’on désigne aussi par les vocables «  blanmatignon », « blangouyav », « blantètikann » ou encore « béké », un terme emprunté au créole martiniquais. Je referme ici cette parenthèse sémantique pour revenir à mon propos initial.

Pourquoi cette manifestation de blanfwans  qui a surpris d’aucuns , mérite notre attention ?

Cette manif, en elle-même, est tout-à-fait normale et légitime car elle est a priori citoyenne. Quand dans un pays « normal » les choses ne vont pas  que ce soit à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une région ou même d’un département, les citoyens se mettent en branle. S’ils sont organisés en « association de défense des intérêts » de ceci ou de cela, ils feront entendre leur voix et leur mécontentement.  En France, aux Etats Unis, en Suisse, les « assos » de consommateurs, de défense, de protection … sont légions car dans ces pays « normaux », les citoyens existent et le font savoir. Ils en ont le droit et sont même protégés par des lois qui leur garantissent le libre-exercice de leur citoyenneté. En France, depuis la Révolution de 1789, la notion  de citoyen  est porteuse  de sens et de contenu. En Guadeloupe, sous  tutelle coloniale, c’est beaucoup plus compliqué, la citoyenneté a du mal à exister. Elle est même antinomique.  Ce fonctionnement citoyen n'est pas et ne peut pas être dans l’ADN du Guadeloupéen. Le tissu associatif quoique relativement dense ne recouvre le plus souvent que le festif (Carnaval, Nwel, fet komin…). Les assos vraiment citoyennes qui veulent et peuvent peser sur la société  civile sont beaucoup moins nombreuses qu' il ne le faudrait. Pourtant dans le passé de la Guadeloupe coloniale post-1848, il y a bien eu des « sociétés » et des «  chitou ». Cependant ces « groupes  » n’avaient pas un véritable caractère citoyen.

Alors il faut se demander pourquoi ce déficit absolu de la citoyenneté dans notre pays ?

Il ne pas faut chercher trop loin pour comprendre que l’ex- esclave qui a été libéré en 1848 s’est trouvé projeté dans une société  initiée et contrôlée par ses anciens maitres, lesquels ont mis près d'un siècle avant de reconnaître vraiment la qualité d’homme à ces fils d’esclaves.

C’est en 1946 que les vielles colonies sont soit-disant transformées en département. On connaît l’histoire et la vacuité pour nous de la devise des républicains français : liberté, égalité, fraternité. Peut-être aurait-il fallu ajouter citoyenneté...  Mais le projet colonialiste ne prévoyait pas de faire de nous ni de vrais hommes, ni de vrais citoyens.

En  2016, le Guadeloupéen n’a pas la pleine conscience d’une quelconque citoyenneté qu’on ne le lui rappelle qu’à l’occasion des joutes électorales. Être citoyen dans ce pays se résume souvent à « accomplir son devoir d’électeur ». Nul besoin d’être un politiste expert pour s’apercevoir que même dans ce cadre, le pseudo-citoyen guadeloupéen a du mal avec cette  citoyenneté octroyée qui ne lui colle pas à la peau d’où cette défiance par rapport à la chose politique et singulièrement au vote.

Mais une autre question se pose. L’homme guadeloupéen, s’il affirme une citoyenneté dans un pays colonisé, cette dernière doit elle être que française ? La réponse est dans la question. On comprend alors cette résistance peut être même inconsciente à une citoyenneté qui ne serait pas notre. Il faudra donc attendre que la Guadeloupe soit vraiment guadeloupéenne et peut être à ce moment, le citoyen guadeloupéen  commencera à exister.

En attendant les blanfwans de Guadeloupe continueront à être et à agir  eux en de vrais citoyens français... dans un pays colonisé. À bien regarder,  la citoyenneté en Guadeloupe ne concerne vraiment que les colons ou leurs représentants. Faut-il alors parler d’un apartheid de la citoyenneté ? 

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

1 Commentaire

  • Front Nègre
    Front Nègre samedi, 02 juillet 2016 10:28 Lien vers le commentaire

    Bonjour,
    Quand je pense qu'au même moment il y avait des inondations en métropole, et donc surplus historique d'eau, pourquoi n'y sont-ils retournés définitivement. On n'a pas besoin d'eux s'ils n'ont pas l'intention de prendre en compte les problèmes de ce pays, s'ils n'ont pas l'intention de prendre conscience qu'ils participent activement au projet de fin de colonisation et/ou de fin de génocide de l'identité guadeloupéenne originelle.
    Au revoir.

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