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Albioma: qui paiera les 400 millions ?

03 Mar 2017
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Le projet de centrale thermique à Marie-Galante n’a pas fini de faire couler de l’encre et de la salive. Dernier évènement en date, la descente au Palais du Département à Basse-Terre, d’élus Marie-Galante avec à leur tête Maryse Etzo, présidente de la communauté de communes de Marie-Galante (CCMG), venus faire savoir leur opposition à la position du Département. Quelques jours auparavant, l’Etat et les deux collectivités Région et Département avaient donné un coup d’accélérateur au projet conduit par Albioma en signant la convention débloquant les subventions. Ce qui a eu pour conséquence de permettre d’envisager le démarrage rapide de la récolte.

Selon le président Chalus, il fallait absolument éviter le dépôt de bilan de l’usine (SRMG) qui avait été repoussé in extremis d’une semaine. Comme dans tous les conflits, il existe plusieurs niveaux de lecture. Des intérêts croisés s’affrontent. Des logiques financières s’opposent à d’autres logiques écologiques, politiques, électoralistes, sociales. Et puis il y a comme c’est trop souvent le cas en Guadeloupe, une absence de gestion prévisionnelle des grands enjeux pour les 20 à 30 ans à venir. D’autant que l’usine sucrière engloutit d’énormes subventions publiques d’année en année. On évoque le chiffre de 33 millions entre 2012 et 2015.

Le président de Région a, lui indiqué que l’ensemble de la filière canne recevait près de 20 millions par an. D’où la nécessité de trouver des solutions complémentaires ou alternatives. Ici une première question se pose. Si tous les maires et la CCMG étaient contre ce projet surdimensionné porté par Albioma, comment ce projet a-t-il pu se développer et que presque toutes les autorisations administratives lui aient été accordées y compris par les collectivités Marie-Galantaises ? Pour simplifier, il faut savoir que ce projet consiste en l’ajout d’une centrale thermique à côté de l’usine sucrière.

L’objectif industriel est de produire de l’électricité à partir de la biomasse (résidus de canne, déchets verts de la Guadeloupe, papiers et cartons etc…) et surtout de particules de bois qui seraient importées. Cette centrale alimenterait la sucrerie et “exporterait” vers la Guadeloupe 9MW pendant la récolte et 13 MW hors campagne. L’objectif financier est bien entendu de rentabiliser le couple sucrerie-centrale thermique comme c’est le cas au Moule ou au Galion en Martinique même s’il s’agit de choix techniques différents. La centrale thermique d’Albioma — dont le propriétaire de la SRMG, la Cofepp détient près de 30% du projet — rapporterait non seulement par la défiscalisation du projet mais aussi par la rente que constitue la vente d’électricité à EDF sur au moins 30 ans. De façon anecdotique, on peut y rajouter la possibilité de brûler des déchets verts de la Guadeloupe.

Pour s’opposer à ce projet, la présidente de la CCMG avance un projet de centrale thermique plus petite donc mieux adaptée aux besoins de l’île. Ce projet est porté par la Compagnie Nationale du Rhône, une société française spécialisée dans l’éolien et le solaire. Problème, c’est que la CNR n’a jamais construit de centrale thermique. En outre le projet n’en est qu’à ses prémisses alors que celui d’Albioma a déjà franchi presque toutes les étapes. Ce qui signifie que si l’on devait aujourd’hui remettre en cause son projet, Albioma serait en capacité de faire valoir un préjudice estimé à plus de 400 millions d’euros sur 30 ans en sus des 2,5 millions d’euros déjà engagés pour les études. Qui paiera dans ce cas ? Les Marie-Galantais par la CCMG, les Guadeloupéens par la Région et le Département ou tous les français par l’Etat ?

En réalité, ce bras de fer, illustre encore une fois le manque de vision et de prévisions de nos élus. Car, Marie-Galante n’a que faire d’une centrale thermique (Albioma ou CNR) pour devenir autonome sur le plan énergétique. Et la Guadeloupe non plus d’ailleurs. S’il s’agit de supprimer ou de réduire l’électricité produite à base de fioul, ce n’est certainement pas vers les énergies alternatives comme la biomasse ou le bois ou le minerai de charbon qu’il faut se tourner. Mais faire résolument le pas vers les énergies totalement renouvelables comme l’éolien, le solaire voire l’hydrolien (courants marins). D’autant, que Marie-Galante bénéficie d’un terrain très favorable à l’exploitation de toutes ces sources d’énergie. Nous avons publié dans nos colonnes au mois de décembre dernier les constats d’une étude qui montrait que pour la première fois dans l’histoire, une ferme photovoltaïque au Chili est parvenue à produire un kilowattheure moins cher que celui issu du nucléaire.

Et sachant que la technologie photovoltaïque évolue très rapidement en rendement, en coût, en structure mais également en terme de recyclage des panneaux solaires, on peut difficilement comprendre que le paquet ne soit pas mis pour libérer Marie-Galante et la Guadeloupe de l’électricité à base de pétrole.
Evidemment, l’occasion est trop belle pour nos élus de faire ce qu’ils savent si bien faire : de la politique politicienne. Les arrières-pensées électoralistes sont bien présentes dans ce conflit. Comment en effet comprendre l’attitude des élus de la CCMG qui ont dans leur viseur en premier lieu la présidente du Département alors que l’Etat surtout et aussi la Région sont en première ligne dans le soutien au projet Albioma ? Sur l’île aussi, les antagonismes sont légions. C’est le cas entre le conseiller Régional Camille Pelage qui a changé d’avis sur la question entre 2013 et 2016 et Maryse Etzol qui a laissé ce projet aller à son terme. Sans compter tous les spéculateurs qui voient dans l’arrêt de la filière « sucre », la possibilité d’implanter qui des projets touristiques à grande échelle qui des projets agricoles alternatifs comme la vigne.

Cette imprévoyance, conduit à une situation où Marie-Galante risque d’être engagée, contrainte, dans un projet ou un autre qui ne correspond en rien à ses besoins énergétiques ni à son label « île durable » validé à la COP 22 en Novembre 2016.
Ainsi va notre pays où nos dirigeants sont toujours dans la réaction et rarement dans l’action, laissant ainsi le champs libre aux multinationales ou aux investisseurs privés qui logiquement ne défendent qu’un seul point de vue : le leur.

JCR

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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