Breaking News

Suivez CCN sur : 

CMA ZCL TV

Marie-Galante vers son indépendance ?

10 Mar 2017
2538 fois

C’était il y a cela quelques années, au début des années 80, quand en pleine ascension politique, Jean Girard, à l’époque fervent nationaliste, commet une faute politique d’une grande gravité. Il déclare dans une longue interview au Journal Guadeloupéen (Jougwa)  : « les Marie-Galantais installés en Guadeloupe sont des harkis ».

Tel un boomerang, la diaspora marie-galantaise réagit très vivement et Jean Girard est contraint de « revoir » sa copie. Pendant près d’une décennie, Jean Girard qui avait réussi en 1981 à déchouquer Marcel Etzol de la mairie de Grand-Bourg, est considéré comme un héros national marie-galantais. Il est alors l’homme fort de l’île aux 100 moulins, quasi-incontournable politiquement. Mais Girard perd progressivement ses mandats politiques et son influence, jusqu’à n’être plus que l’ultime survivant d’une épopée politique dont il a été lui-même le principal acteur.

Plus de 30 ans après, Jean Girard qui fut très proche du mouvement nationaliste, bref compagnon de route du parti communiste guadeloupéen, ensuite classé « divers gauche », n’a plus l’audience qui était la sienne. C’est Maryse Etzol qui le supplante et qui est devenue « l’homme fort » de l’île.

C’est déjà elle qui en décembre 2015, à l’occasion des élections régionales, porte un coup fatal à Victorin Lurel et permet ainsi à Ary Chalus de réaliser sur la Grande Galette le grand chelem. C’est encore elle qui écarte de la présidence de la Communauté des communes de Marie-Galante (CCMG) sa collègue, Marlène Miraculeux-Bourgeois et s’empare du fauteuil de la présidence.

 

Maryse Etzol se projette alors depuis plusieurs semaines sur le devant de la scène politique marie-galantaise et guadeloupéenne en menant une vigoureuse campagne contre l’implantation d’Albioma sur son île. Elle n’hésite pas pour défendre son « projet » (sur lequel il va falloir qu’on s’interroge !) de bousculer son ami politique, le Marie-Galantais Camille Pélage, l’État colonial et son représentant le préfet, la Région Guadeloupe et jusqu’à la présidente du conseil départemental, Josette Borel-Lincertin comme elle, marie-galantaise.

Curieusement, Maryse Etzol, sur bien des aspects marche sur les pas de Jean Girard qui a pourtant été un farouche opposant à son père. À bien écouter le discours néo-etzoliste, comment ne pas y déceler une pointe de ce nationalisme marie-galantais qui sommeille et se réveille parfois ? Dans un communiqué signé de sa plume, on peut lire :

« La CCMG ayant pour mandat de favoriser le développement économique de Marie-Galante, souffrant pour rappel d’un taux de chômage record, elle ne cédera pas à ce chantage condamnant son territoire à la dépendance aux subventions et à une énergie importée et carbonée, représentant une menace très grave pour la santé de ses concitoyens et son écosystème, jusqu’ici préservé par la forte détermination des Marie-Galantais.. »

Maryse Etzol va beaucoup plus loin que Jean Girard et n’hésite pas non plus à parler d’un « nouveau mode de gouvernance, ce projet place les élus de Marie-Galante au coeur de leur stratégie de développement en déployant un modèle novateur de co-construction de projets de territoire par la création d’un consortium regroupant collectivités locales et acteurs privés ».

Mais alors des questions se posent. Qu’est-ce qui fait courir Maryse Etzol ? Jusqu’où ira-t-elle ? Est-elle sous l’influence de Maryse Coppet laquelle a avoué dans une intervention faite au sénat français, vouloir se « faire un prénom puisqu’elle a déjà un nom » ? Maryse Coppet, avocate très active dans le « lobbying » à Bruxelles, est aussi très présente à Grand-Bourg, la « capitale » marie-galantaise grande bénéficiaire de fonds européens.

C’est encore Maryse Coppet qui, dans une « étude » intitulée « Démonstrateurs industriels pour la ville durable » où elle fait l’éloge du groupe Vinci et de la Compagnie nationale du Rhône (CNR), producteur historique d’énergie renouvelable, plus précisement d’hydroélectricité, préconise l’abandon de la canne au profit d’un « vignoble marie-galantais » (sic).

"L’Île de Marie-Galante est un territoire historique agricole. L’agricole marie-galantaise a ainsi été consacrée, de manière quasi-exclusive, à la culture de la canne à sucre. Toutefois, le contexte actuel d’arrêt des subventions européennes et nationales rend incertain l’avenir agricole et donc économique de Marie-Galantaise. Dès lors, une réelle mutation agricole est nécessaire et l’objectif du démonstrateur sera de diversifier la production agricole afin d’aboutir, à terme, à l’autonomie alimentaire de l’île (…) Par ailleurs, nous souhaitons créer un vignoble marie-galantais (…)"

Alors, une autre problématique surgit au travers et au-delà du discours néo-etzoliste. Et si tout cela n’était que le prélude à une possible évolution statutaire de l’île aux 100 moulins dont l’étape première serait une redéfinition etzoliste des rapports entre Marie-Galante et la Guadeloupe ? 

Bien entendu, personne n’ose encore le dire tout haut mais la politique étant l’art de prévoir le présent en tenant compte du passé, on ne peut pas ne pas se rappeler que de 1792 à 1794, l’île de Marie-Galante fut indépendante.

Évaluer cet élément
(10 Votes)
Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires