Breaking News

Suivez CCN sur : 

CMA ZCL TV

Oui, ça va péter !

13 Avr 2017
2143 fois

Bien entendu, l’agitation qui règne en Guyane depuis quelques semaines a inspiré beaucoup de commentaires et parfois même des fantasmes, et si Domota et les syndicats refaisaient le coup de janvier 2009 ? Mais non, ni Domota, ni Jean-Marie Nomertin, les deux principaux leaders syndicaux, ne sont assez fous pour lancer un mouvement social d’importance à la veille d’une élection majeure française ! On se calme… Cela dit, Nomertin ( CGTG) a tout de même occupé le terrain à Capesterre Belle-Eau avec des ouvriers de la banane et voyez-vous, ça a bien fonctionné !  Pendant  plus de 48 heures, le sud-Basse-Terre a été totalement coupé du reste du pays. On peut même considérer que le barrage de Bois Debout a été un test grandeur nature. La détermination sans faille des ouvriers de la banane a montré que lorsque les conditions sont réunies, ça s’enflamme très vite.

Nous vivons sur un volcan, d’abord au sens propre, mais en ce moment, la Soufrière est plutôt calme. Alors, parlons du volcan au sens figuré. Faut-il encore dire ici tout ce qui ne va pas dans notre pays ? D’une manière générale, les gens sont bouffis, yo bon ! 

D’abord, parce que les Guadeloupéens s’aperçoivent qu’ils courent sans cesse après l’argent. Cette course incessante et éperdue ne fait pas que des heureux. Les syndicats ont eux depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme mais personne ne semble entendre. Alors, on laisse courir, on laisse pourrir. Et ça commence à sentir très mauvais. Il est en effet difficile d'énumérer tout ce qui ne va pas. Mais plus personne ne peut ignorer que le Péyi Gwadloup, fout le camp.

Simple exemple tiré de l’actualité et qui donne la mesure de ce qui ne va pas en Guadeloupe. Comment pour une question de rentabilité, l'Agence Régionale de la Santé (ARS) peut-elle vouloir supprimer le service de néo-natalité à l'hôpital de Basse-Terre ? C’est presque criminel. Dans un pays où on ne cesse d'annoncer que la population vieillit, on veut refuser aux futures mères du sud Basse-Terre d'accoucher dans des conditions  sécurisées ? Qui peut accepter cela ? Ça a tout l'air d'un génocide silencieux... et qui ne dit pas son nom.

Mises bout à bout, ces informations négatives contribuent à rendre les  Guadeloupéens de plus en plus stressés. Et parce qu’ils sont stressés, ils se détestent sans même savoir pourquoi. On donne souvent le chiffre des homicides. C’est vrai qu’il est élevé au regard du nombre d’habitants (les Guyanais ont le même problème). Mais si on examine de plus près tous ces homicides, on se rend vite compte que des Guadeloupéens s’entre-tuent presque gratuitement. Il n’y a pas d’assassinats au sens pénal du terme, le plus souvent ce sont des meurtres. Après un coup de colère ou  pour une affaire banale, on tue... En réalité, les Guadeloupéen se tuent aussi  parce que’ils sont  « bons ». Et quand on ne trouve plus aucune solution, quand on ne travaille pas, quand on est en échec,on a plus rien à perdre, on sombre dans l’alcool et la désespérance. La violence est à deux pas. La violence gratuite et au final, ça dégénère.

Cette violence qui fait les choux gras de la radio la plus écoutée, qui se délecte à rendre compte avec force détails des affaires judiciaires.  Est-il plus important de faire la une de la matinale sur le compte-rendu de  procès et de crimes scabreux ou de livrer aux Guadeloupéens une information plus pertinente ? Pourquoi s'acharne-t–on ainsi à remuer le couteau dans la plaie ? Ah oui, la course à l’audience ! Plus d’audience, plus de pub, plus de consommation et pour ceux qui ne peuvent pas   consommer, plus d’amertume : c’est le cycle infernal. Mais quand un animateur très connu d'une radio qui nous abreuve de faits divers sera déféré au tribunal pour rendre compte d'agissements aussi violents et indignes, l’info sera-t-elle diffusée ? Fermons vite  cette parenthèse.

Mais si elle a été ouverte c'est simplement,  parce que tout cela participe à un climat généralisé de «bouffitude ». Les psychologues, les psy en général devraient porter plus d'attention à cette problématique car il faut le dire, pou ponmoun pa di yo pa té sav ! Si on continue dans cette voie,  oui, la prochaine crise sociale risque d’être très violente. En 2009, LKP a réussi malgré tout à canaliser la colère des Guadeloupéens mais en 2018, si ca explose encore, les syndicats ne seront peut être pas en mesure de tout gérer. Trop de frustrations, trop d’injustices sociales, trop de colères  avalées, il y a chez le Guadeloupéen une overdose de tous  ces  problèmes. L’explosion sociale risque de tout faire basculer. Personne ne le souhaite mais le pire est à prévoir, ce pire qui peut être aussi imprévisible que brutal ne sera même pas une révolution organisée en vue d'un changement de société mais la simple expression d’un réel et profond ras-le-bol et l’envie d’en découdre. Car quand plus rien ne va, quand on a  plus rien à perdre, on devient san manman, san papa. C’est bien ce qui  risque de nous tomber dessus, avant longtemps si des solutions urgentes ne sont pas trouvées.

Hélas, je ne vois pas l' ombre d’une solution pointer le bout du nez, uniquement des gens qui s'agitent dans la perspective des législatives françaises. Vous croyez que ça peut contribuer à changer l'ordre des choses dans notre pays ? Comment dès lors s’étonner que de jeunes guadeloupéens pas au fait de l’idéologue pestilentielle du Front National, soient tentés de voter Le Pen ? Il faut éviter à notre pays une grosse catastrophe mais qui peut véritablement faire ce job ?

Évaluer cet élément
(6 Votes)
Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Connectez-vous pour commenter

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires