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Journalistes en campagne : silence-radio et langue de bois à RCI !

08 Jui 2017
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Warren Chingan et Rony Beral sont tous deux candidats aux élections législatives françaises. D’un point de vue strictement privé, ces deux garçons sont des citoyens français, ils ont donc le droit de vouloir  décrocher un fauteuil à l’assemblée nationale française. Ils ont le droit de rêver de réussir là où des dizaines de députés ont échoué : donner un sens à la députation coloniale dans les travées de l’hémicycle français. Personne ne peut leur contester valablement cette ambition. Que cela soit bien clair et dit une fois pour toutes.

Warren Chingan et Rony Béral sont tous deux journalistes de RCI, la radio écoutée par près d’un Guadeloupéen sur deux. Question influence sur l’opinion, ce n’est pas rien comparativement aux 80 autres candidats à cette même élection. Un électeur sur deux de la 2e circonscription de Guadeloupe a eu l’occasion un matin en allumant sa radio d’entendre ces deux confrères-candidats archi-connus.

Warren Chingan et Rony Béral, qu’on le veuille ou non, ont dès le départ de la campagne, bien quelques longueurs d’avance sur leurs adversaires qui eux, ont dû ramer pour se faire connaître et entendre. Mais aucune loi française n’interdit aux hommes de médias de briguer un mandat électoral. Alors, bien-sûr, quand en Guadeloupe, pays où tout est permis ou presque, cette info est tombée, elle n’a été nulle part commentée. Silence radio total et omerta si besoin.

Daniel Marival et Thierry Fundéré, respectivement le directeur et le rédacteur en chef de la station, contactés par CCN, ont préféré n’avoir « rien à dire », no comment ! On comprend leur extrême embarras. Ils craignent en donnant une opinion positive ou négative, de peser dans un sens ou dans l’autre. On peut le dire ainsi, même si on est moyennement convaincu par cette neutralité plus que bienveillante.

Mais plus surprenant, le plus énervé de tous – on se demande pourquoi d’ailleurs mais nous le dirons tantôt – a été cet autre journaliste de RCI qui caricature jusqu’au ridicule (ouf, mais ça ne tue pas heureusement!) un certain Bourdin d’une grande radio française (RMC). Eddy Planté, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nonobstant le fait qu’il n’a lui non plus voulu commenter la candidature de ses confrères - il en a le droit – s’est montré d’une inutile agressivité à notre égard. « Je t’interdis de me citer dans ton papier, ce n’est pas un sujet ! », vociféra le Bourdin des tropiques.

Mais Eddy s’est… planté. Pour notre irascible interviewer, qui interroge toujours dit-il « sans langue de bois et sans virgule », se poser des questions sur cette singularité antillaise (des hommes de médias en quête constante de mandats électifs), se demander quelle conséquence peut avoir sur le traitement de l’information, le retour éventuel dans leur rédaction des deux journalistes, cela « n’est pas un sujet » pour notre Bourdin créole.

Alors, je persiste car c’est devenu presqu’un chemin obligé pour déjà bon nombre de nos confrères. Tous n’ont pas décroché le Graal mais ils sont déjà nombreux à avoir fait le chemin des médias aux urnes citoyennes. D’Ibo Simon à nos deux camarades de RCI en passant par Rudy Zorobabel, Albert Nangis, Eric Rayapin, Eric René, Rémy Senneville, Alain Lesueur , Jean-Claude Malo ou encore Nathalie Jos, Camille Chauvet et plus loin en arrière à la Martinique, Gérald Prufer pour les plus emblématiques, c’est plus d’une dizaine d’hommes de médias (autant qu’en France!) qui ont ainsi tenté de conquérir des mandats électoraux dans nos pays. Qu’ils aient gagné ou perdu leur bataille (électorale), nos journalistes sont toujours revenus à l’info, comme si de rien n’était et la vie continuait dans la colonie.

Y-a-t’il une totale incompatibilité déontologique entre le professionnel de l’info et le politique ? Sont-ce, comme on le dit, des liaisons dangereuses voire incestueuses ?

Si dans les rédactions on reste assez perplexe voire silencieux, dans l’opinion cela ne semble pas le moins du monde choquer. Aucun journaliste-candidat n’a été contraint de démissionner de son poste après une escapade électorale et la pression de l’auditoire. Si la loi française permet à chacun d’exprimer ses idées et opinions, être journaliste ne veut aucunement dire être neutre, objectif et sans idéologie. Tous les journalistes du monde, encore plus les journalistes politiques ont un point de vue… politique sur la marche du monde. Ceux de nos pays sont pour ou contre le maintien du système colonial. Certains plus courageux prennent ouvertement position, d’autres se cachent derrière leur micro mais à la longue ils sont vite démasqués car dans leur papier ou leur posture pas besoin d’être sémiologue pour saisir où ils se situent. D’ailleurs, le fait que Chingan, Béral, Jos ou d’autres participent au rush électoraliste est une indication précieuse sur leur positionnement passé ou futur.

Mais il y a un hic. Il se trouve que la grosse masse des 132 autres candidats (80 à la Guadeloupe et 52 à la Martinique) a un instant ressenti comme un malaise ces candidatures de journalistes. Les « petits » candidats, ceux qui ne viennent pas du monde médiatique, ont du mal à être audibles. Ils n’ont pas tous comme Béral et Chingan coutumier des médias, des techniques de la com’ politique. Ils ne sont pas non plus comme Chingan, expert en réseaux sociaux. Alors, ils sont marginalisés voire mis sur la touche...

Il est vrai que si la notoriété et l’audimat suffisaient, il y a belle lurette que Chingan et Béral auraient gagné. Comme le disait leur boss, Daniel Marival, « Après les législatives, ce sera un beau sujet de débat ». A CCN . Nous avons juste voulu prendre quelques longueurs d’avance et ouvrir le  débat

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

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