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Région: Losbar et Chalus, les ferments de la division?

20 Jui 2017
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Par Didier Destouches*

La séquence électorale présidentielles/ législatives se clôt dans un apaisement relatif et dans le sentiment, certes timide mais réel, d’un espoir d’amélioration pour la France face au déclinisme de ces dernières années. En  Guadeloupe ces législatives consacrent un renouvellement politique tout relatif. Les électeurs ont en effet donné avant tout une prime aux personnalités politiques de premier plan, qui ont exercé ou exercent encore des responsabilités au sein de  nos collectivités .

Deux d’entre elles sont des jeunes quadras : Justine Bénin et Olivier Serva, et les deux autres ont déjà un long parcours politique en particulier Max Mathiasin (en politique depuis 1985 !). Nous avons donc de nouveaux députés mais pas  de nouveaux visages et encore moins issus de la société civile. Ces législatives sont également un échec sévère pour le  GUSR mais plus stratégique que politique. Le choix des candidats sans casting n’a pas été le bon. Mais le président de la République appréciera tout de même l’arrivée de trois députés pour étoffer sa majorité et que son parti allié en Guadeloupe représente toujours une force politique conséquente dans notre département d’outre-mer qui lui a donné beaucoup de voix et une ministre.

Il reste que les ferments d’une division politique entre le président Losbar (du parti GUSR) et le président Chalus (de la Région Guadeloupe) sont injectés dans la majorité régionale et qu’il faudra observer si ils évoluent en rapports de forces conflictuels. Cela d’autant plus que l’opposition régionale menée par Victorin Lurel, ex-député de la quatrième circonscription et remplacé par son ex-suppléante Hélène Vainqueur Christophe peut se targuer d’avoir soutenu sous fond de réconciliation inattendue deux des trois députés à priori « macronistes » élus.

 

En résumé, Emmanuel Macron gagne en Guadeloupe et c’est Victorin Lurel qui boit le champagne ! La caractéristique de cette législative est qu’elle était très territorialisé dans ses enjeux et stratégies à l’œuvre. Hyper municipalisées et très régionalisées. On observe ainsi en bout de course et une fois la campagne finie que les députés élus semblent plus pressés de concourir pour les municipalités que d’occuper leur siège au palais Bourbon. La puissante abstention relativise d’ailleurs la place hiérarchique dans le cursus honorum politique du mandat de député. Elle marginalise cette élection nationale de député qui devient petit à petit une antichambre de l'élection majeure et locale : la municipale.

Avec un taux d’abstention de 70%, on peut dire que c’est mieux que les 74 % du premier tour, mais cela reste très mauvais. Les causes ? Elles sont multiples comme les formes de l’abstention : la médiocrité du débat politique, le désintérêt local pour les enjeux nationaux, la défiance envers le chambardement politique à l'œuvre dans l'hexagone , le reflux du militantisme local mais aussi et il faut bien le dire, une réelle apathie civique et une certaine fainéantise citoyenne qui sont nourris par le rejet généralisé des élites, du débat démocratique, et de l’autorité politique (entre autres).

Les contradictions énormes du discours politique venant s’ajouter à ces causes. On pense notamment à Guy Losbar, président du GUSR qui adhère au Macronisme dont la matrice même est la négation affichée des logiques d’appareils et de partis alors qu'il plaide en même temps pour le fonctionnement de cette même logique localement… Sur le plan national c’est une nouvelle victoire pour Emmanuel Macron qui dans une dynamique très forte de rejet de la politique symbolisée par une abstention record, arrive quasiment seul à obtenir une majorité absolue à l’assemblée nationale avec son parti créée il y’a un an tout juste. L’exploit est herculéen et illustre surtout l’aspect historique et presque révolutionnaire de cette troisième grande étape de la vie de la Ve République.

Après la fondation gaullienne de 1958 et l’alternance au pouvoir en 1981, nous venons de vivre la régénération transpartisane du régime politique français et qui s’accompagne du remplacement de l’idéal social démocrate du socialisme français par le libéralisme social des progressistes macronistes. La vie démocratique française avait besoin de respiration et de régénération.  Le pari était osé et jugé impossible mais il est aujourd’hui concrètement sur la table et effectif. Un renouvellement des visages mais également un renouvellement des personnes : 224 femmes siègeront au palais Bourbon, c’est à dire 40% de femmes (contre 26% sous Hollande, 20 à 25% sous Sarkozy).

Un grand pas vers la parité dû au volontarisme du nouveau président. Plus de jeunes, plus de diversité professionnelle, plus de couleurs. Il reste qu’avec un déficit réel de représentativité (mais pas de légitimité), le président de la République et sa République en Marche vont devoir faire preuve de pragmatisme mais aussi d’imagination pour éviter par les résultats et l’action, une désagrégation démocratique qui menace et le retour des populismes très affaiblis, mais encore à l’affût et affamés aux extrêmes.

Didier Destouches

Maître de conférence d’histoire des institutions

à l’université des Antilles

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