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Jean-Claude Rodes

Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Bien avant le succès sans appel d’En Marche aux législatives, je n’ai eu de cesse d’écrire, dans mes éditoriaux, que la ligne politique de Macron relevait de l’inédit, et que bien plus qu’une évolution, il s’agissait d’une révolution. Pour beaucoup d’observateurs aucun mouvement, dans lequel d’ailleurs  personne ne  croyait, n’a remporté, à part peut-être, le général de Gaulle, une adhésion aussi forte dans un aussi court  délai. De l’inédit, on est donc passé à des messages proprement révolutionnaires. La Gauche plus bas que terre. La Droite à terre. Et le reste dans la rue. A ce titre, le livre de Macron “Révolution, changer la France”, remettait  déjà en question tout ce qui donnait par le passé, corps voire autorité, à la politique. Tous en prenaient pour leur grade : les partis, les médias, les institutions, les syndicats. Dorénavant seuls devraient être pris en compte, leur capacité de coller au réel pour viser à l’efficacité !

Qu’on ne s’y trompe pas. Si la France est contrainte de faire sa “révolution” dans les pratiques politiques, dans les cadres institutionnels et les méthodes administratives, il serait naïf de croire que les « outremers », et singulièrement notre archipel Guadeloupéen, avec ses spécificités et ses lourds handicaps,  seraient exempts de prendre leur part dans ce mouvement considéré comme celui de la dernière chance.

C’est en tout cas, me semble-t-il, le message sorti des urnes de Juin. Autrement dit, les partis traditionnels en faillite, pour échapper au déclin, à la déflagration, à la décomposition et à la recomposition, doivent impérativement et au plus vite, changer leur logiciel. Il s’agit de donner une chance au pays et  aux nouvelles générations ! De  s’extirper de la sinistrose des défaites programmées. Et de mettre avec le concours de tous, les territoires en marche ! C’est dire que vu les enjeux et les difficultés, l’heure est à la responsabilité ! Et à l’effort collectif !

La semaine dernière j’évoquais un possible raz de marée de La République en Marche. Ce ne fut qu’un cyclone de force 3. Mais suffisamment puissant pour dévaster le Parti Socialiste qui avec 29 députés réalise le plus mauvais score de toute son existence.

De leur côté, les extrêmes qui ont beau péroré sur la faible légitimité de cette majorité eu égard à la forte abstention, se retrouvent renvoyés en fait dans les cordes par la vague En Marche. Ils peuvent toujours se dire que partant de rien ou presque, ils parviennent à obtenir leur plus grand nombre de députés (17 pour la France Insoumise et 8 pour le FN). Mais c’est justement grâce à cette abstention massive que les partis structurés par des militants aguerris réalisent de meilleurs pourcentages.  C’est le chameau ici qui se moque du bossu !

Nombre de candidats LR ont été élus à quelques dizaines de voix près réussissant à renverser la tendance du premier tour par le désistement des électeurs déjà convaincus par la victoire d’En Marche. C’est ce qui permet aux républicains de limiter la casse et de devenir avec 131 députés la première force d’opposition à l’assemblée. Force qui s’est déjà délitée avec la création d’un groupe UDI-LR. On peut aussi noter l’arrivée pour la première fois de 3 députés nationalistes Corses au sein de l’hémicycle (dans quel groupe siègeront-ils ?) Il n’empêche que le tour de force, réalisé par les troupes d’Emmanuel Macron, de monter en un an un parti capable de remporter l’élection présidentielle et surtout d’assurer une majorité absolue avec des candidats pour la plupart novices en politique,   est historique. J’ai écrit dans ces colonnes la semaine dernière qu’il s’agit bien d’une révolution, douce, mais une révolution.  Et déjà, on parle de refondation, pour les deux partis de gouvernements (PS – LR). Le vote de confiance au gouvernement devrait amplifier les fractures et clarifier les positions.

En Guadeloupe, la surprise est venue de la 3ème circonscription qui a vu l’élection sans coup férir de Max Mathiasin, soutenu par aucune formation politique ni leader charismatique. L’ancien premier secrétaire fédéral du PS, qui avait échoué de peu face à Ary Chalus en 2012, a réussi l’exploit de battre le candidat du président de Région dans sa commune de Baie-Mahault. Cet accroc infligé à Chalus, ajouté à la défaite de Diana PERAN dans la second circonscription, estampillée En Marche, fera date et marque sans doute la fin de l’état de grâce d’Ary Chalus

A moins de  2 semaines  du premier tour, le ministre de l’intérieur a rendu publique, le mardi 23 mai, la liste définitive des candidats aux législatives.  Le nombre des députés est de 577 (539 pour l’hexagone,  27 pour les « outremer, » 11 pour les Français de l’étranger). A noter que 13 candidats ont été  enregistrés par la préfecture déléguée des Îles du Nord pour la 5ème circonscription celle de Saint Barthélemy/Saint Martin. C’est beaucoup. L’élection aura lieu les 11 et 18 juin mais les 10 et 17 juin chez nous.

Ces élections verront s’affronter un nombre quasi record de prétendants à la députation. Ce chiffre est largement supérieur à 2012. Du jamais vu aussi dans l’Hexagone (sauf en 2002)  et chez nous ! Ils seront donc 7 882 candidats (suppléant(e) non compris) dans l’Hexagone et 82 en Guadeloupe. Et le double si on compte les suppléants pour lesquels il n’y a pas de parité homme/femme exigée. En moyenne, 14 candidats  pour l’Hexagone et 20.5 candidats chez nous, rivaliseront dans chaque circonscription. Ainsi, en Guadeloupe pour uniquement 4 postes de députés, la  préfecture a enregistré 82 dépôts de candidature. 15 candidats dans la 1ère circonscription (Les Abymes, Capesterre-de-Marie-Galante, Grand-Bourg Morne-à-l’eau, Pointe-à-Pitre et Saint-Louis). 26 candidats dans la 2è circonscription (Anse-Bertrand, La Désirade, Le Gosier, Le Moule, Petit- Canal, Port-Louis, Saint-François et Sainte-Anne). 23 candidats dans la 3è circonscription (Baie-Mahault, Deshaies, Goyave, Lamentin, Petit-Bourg, Pointe-Noire et Sainte-Rose). 18 candidats dans la 4ème circonscription (Baillif, Basse-Terre, Bouillante, Capesterre-Belle-Eau, Gourbeyre, Saint-Claude, Terre-de-Bas, Terre-de-Haut, Trois-Rivières, Vieux-Fort et Vieux-Habitants). 

Pour rappel l’Assemblée Nationale française  est renouvelée tous les 5 ans  intégralement. Au moment où les candidats s’affranchissent des investitures des partis traditionnels, quid donc du marché électoral ! Et de ce  nombre pléthorique de candidats au poste de député ! Faut-il en rire. En Pleurer ou pleurer de rire ?  Ou sinon s’interroger, suite à l’élection du président Macron et de sa ferme détermination à imposer une nouvelle façon de faire en politique, sur une nouvelle donne.  Un New Deal politique ! La question ici est légitime. La politique a-t-elle pour but l’intérêt général ou la mise en scène de machiavéliques ambitions. A l’examen, on peut circonscrire différentes motivations à ces nombreux candidats. Est-ce un narcissisme démesuré ? L’appât du gain ? Une volonté de s’inscrire dans l’histoire et se donner plus d’éternité ? L’ignorance de leur ignorance ? Ou byen fè nou wont ?  Ou est-ce réellement ce désir ardent que d’autres qualifierait de patriotique, à défendre les intérêts de la Guadeloupe et de ses gens ?

Rompre avec l’ancien. Avec ces élections et leurs aspects inédits appelant à un renouveau, une  frontière a été dépassée. Ce changement de paradigme initié par le nouveau président, autorise des mobilisations, des réflexions, un engagement  de la société civile  afin de rompre avec des pratiques d’une classe politique obsolète, devenue autiste aux problèmes du pays.

La fin des illusions partisanes et cette incapacité des partis de gouvernement à mettre la France et les outre-mers en marche, incitent à une nouvelle espérance. C’est le  message que porte Macron soutenu par de nombreux citoyens, des pans entiers de la société française, fatigués, éreintés par la politique clanique, les petits jeux politiciens, les arrière-pensées électorales et les combines en tout genre. 

Errare humanum est, perseverare diaboli- cum. Quand un  système est à bout de souffle, il est à réinventer. Il s’agit d’extirper  le citoyen des prisons idéologiques, et de rompre l’influence maléfique de gourous narcissiques et vaniteux, de professionnels de la politique. C’est dire l’urgence qu’il y a de  proclamer l’état de verticalité. Et  rentrer sans tarder  en résistance ouverte contre l’inefficacité de nos parlementaires.

En détail, en catimini et maintenant ouvertement, des politiques publiques irresponsables se liguent et s’acharnent pour vider le sud Basse-Terre, de ses infrastructures et forces vives. Depuis longtemps, on assiste au dépeçage d’une région hier encore si prospère au profit quasi-exclusif du pôle Saléen (Pointe-à-Pitre – Abymes - Baie Mahault – Gosier – Petit-Bourg).

Tous ces coups de boutoirs répétés, accentuent l’asphyxie, d’une région qui ne cesse d’agoniser. Tout fout le camp. Tout se délocalise, se recentre et se concentre. La technique plus insidieuse pour démantibilé, consiste à transférer direction par direction, service par service voire poste par poste les différentes administrations.

Les centres de décisions s’éloignent mois après mois du chef-lieu administratif. Basse-Terre, ville capitale, faute d’un dynamisme démographique devenu atone, se vide de toutes ses activités administratives et donc commerciales. L’un des signes les plus patent réside dans la fermeture de classes voire d’écoles entières depuis une dizaine d’années.


Mais, il y a plus grave. C’est que la ville, faute d’une vision responsable de ses différents élus, n’arrive plus à irriguer un arrière-pays rural avec son riche patrimoine qui s’étiole. Et de ce fait, les communes avoisinantes en souffrent tout autant, faute d’activités rentables suffisantes pour sédentariser les populations. Cette paupérisation, hélas n’est pas exclusive du Sud Basse-Terre.

On peut l’observer tant dans le nord Grande-Terre qu’à Marie-Galante. On s’évertue en effet en Guadeloupe à avancer à cloche-pied alors que l’on a la chance de pouvoir marcher sur deux pieds. C’est cela la force d’un archipel. Pourtant toutes les politiques d’aménagement du territoire consistent à tout concentrer autour de la Rivière Salée. Quitte à créer des contraintes de plus en plus fortes sur le foncier, les transports, le logement, les déchets etc.

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