Didier Destouches

Didier Destouches

Par Didier Destouches*

La séquence électorale présidentielles/ législatives se clôt dans un apaisement relatif et dans le sentiment, certes timide mais réel, d’un espoir d’amélioration pour la France face au déclinisme de ces dernières années. En  Guadeloupe ces législatives consacrent un renouvellement politique tout relatif. Les électeurs ont en effet donné avant tout une prime aux personnalités politiques de premier plan, qui ont exercé ou exercent encore des responsabilités au sein de  nos collectivités .

Deux d’entre elles sont des jeunes quadras : Justine Bénin et Olivier Serva, et les deux autres ont déjà un long parcours politique en particulier Max Mathiasin (en politique depuis 1985 !). Nous avons donc de nouveaux députés mais pas  de nouveaux visages et encore moins issus de la société civile. Ces législatives sont également un échec sévère pour le  GUSR mais plus stratégique que politique. Le choix des candidats sans casting n’a pas été le bon. Mais le président de la République appréciera tout de même l’arrivée de trois députés pour étoffer sa majorité et que son parti allié en Guadeloupe représente toujours une force politique conséquente dans notre département d’outre-mer qui lui a donné beaucoup de voix et une ministre.

Il reste que les ferments d’une division politique entre le président Losbar (du parti GUSR) et le président Chalus (de la Région Guadeloupe) sont injectés dans la majorité régionale et qu’il faudra observer si ils évoluent en rapports de forces conflictuels. Cela d’autant plus que l’opposition régionale menée par Victorin Lurel, ex-député de la quatrième circonscription et remplacé par son ex-suppléante Hélène Vainqueur Christophe peut se targuer d’avoir soutenu sous fond de réconciliation inattendue deux des trois députés à priori « macronistes » élus.

Jeudi 15 Mai 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Didier Destouches qui nous a soumis son « libre propos ». 

Le premier tour des législatives ont un retentissement historique mais aussi civique encore plus fort que celui de la présidentielle. D’abord parce que ce premier tour est caractérisé par une apathie électorale caractérisée par un chiffre record de l’abstention et des votes blancs, mais aussi parce qu’il augure d’un triomphe impérial du président de la république et du mouvement politique qu’il a crée quasiment seul il y’a seulement un an : la République En Marche ! La Guadeloupe politique est partagée entre « plus rien a faire » selon l’expression du politologue et sondeur Brice Teinturier et un vote conservateur qui a rejeté violemment les candidatures venant de la société civile.

Le soir électoral de dimanche a d’abord dévoilé en Guadeloupe une abstention monumentale qui fait de l'élection législative 2017 une élection quasiment mineure voire pratiquement illégitime ou vaine si on lui ajoute le nombre impressionnant de bulletins nuls et blancs. Cette abstention manifeste un mouvement de plus en plus concret et mortifère : l’abandon de l’exercice démocratique par détestation de l’élitisme, déception et colère civiques, et fainéantise citoyenne. 

En cause également l'aspect bébélépolitique de l'offre électorale pléthorique bien sûr (82 candidats !), mais aussi la médiocrité relative du débat public des idées, totalement noyé par le hold-up collectif par la plupart des candidats de la marque exogène En Marche ! Ce n’est pas le renouvellement politique à l’œuvre dans l’hexagone qui est remis en cause, mais un certain renouvellement.

L’annonce de refus de classement sans suite en l’état du dossier judiciaire de François Fillon (recherche de détournements de fonds publics, emploi fictif et abus de biens sociaux) par le parquet national financier a rendu la campagne présidentielle encore plus aléatoire et pénible. C’est une annonce qui est en fait un avertissement, et qui a un impact certain et minimisé par les médias. Ce qu’elle laisse entrevoir est tout simplement l'absence d'un candidat Les Républicains à la présidentielle. Pourquoi ?

Parce que même si le Parquet national financier précise s'exprimer "en l'état", il a écarté de fait la seule solution qui pouvait être favorable à François Fillon par l'évocation de "nombreux éléments" ne permettant pas d'envisager un classement sans suite. Les investigations achevées, il lui restera donc deux options : la plus probable à ce stade de l’enquête qui continue d’ailleurs pour cela est la citation directe des protagonistes devant un tribunal correctionnel.

Le parquet peut aussi ouvrir une information judiciaire en confiant la poursuite des investigations à des juges d'instruction avec la perspective pour François Fillon d’être témoin assisté ou mis en examen. Depuis l'éclatement de cette affaire, qui annihile pour le moment sa campagne, François Fillon a manifesté de façon inflexible sa volonté d'aller "jusqu'au bout", excluant tout retrait de la course à la présidentielle, à moins d'être mis en examen.

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