Jean-Claude Rodes

Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Alors que les vacances battent leur plein, alors que les problèmes fondamentaux de la Guadeloupe demeurent et même s’amplifient (eau, sargasses, CHU, chlordecone, déchets, transports…), alors que le chômage continue a tutoyer les sommets, voilà que l’actualité politique, même en Guadeloupe, est accaparée depuis presque trois semaines par un fait divers. Ce fait divers, le « Benallagate », s’est transformé en affaire d’Etat. Au point de faire surseoir à l’examen de la révision constitutionnelle, texte important s’il en est, tant il transforme la vie politique française. Au point de provoquer la création de deux commissions d’enquête parlementaire, l’une au Sénat, l’autre à l’Assemblée. Au point de susciter le dépôt de deux motions de censure du gouvernement, l’une par l’opposition de gauche pour une fois rassemblée, l’autre par le parti LR qui pour la circonstance recevra également les voix de l’extrême droite.

Goethe n’était pas Guadeloupéen, mais quand il affirme qu’une nécessité non suivie d’action amène à la pestilence, aucun Guadeloupéen, consommateur, contribuable, jenn kon mi, n’osera dire le contredire.

Alors que l’on croyait avancer vers une sortie de crise sur la question des sargasses, il s’avère en réalité que nous ne sommes qu’au début de l’affaire. Les élus qui semblent avoir pris la mesure du problème, interpellent enfin — et plutôt vertement — l’Etat.

La démocratie moderne est une expérience difficile. Elle n’est pas seulement un système d’agencement des pouvoirs et de Ti-mal se tirant souvent dans les pattes engendrant défiance, haine, cacophonie et immobilisme. La démocratie même tropicale ne peut être une forme de société bêlante, où le citoyen serait hors-jeu, des problématiques sociétales. La démocratie, n’est pas uniquement d’un côté ceux qui disent, désinforment, manipulent et en imposent (Etat, collectivités locales, syndicats, médias, religions…). Et de l’autre des citoyens désinformés, assujettis, apeurés, malmenés, maltraités, car dérespekté. La démocratie n’est pas une forme de société où tous sont d’accord et parlent d’une même voix : elle a pour tâche de créer et de maintenir un espace commun qui est aussi un espace d’invention imprévisible parce que s’y manifestent et s’y expriment des citoyens libres. Mais cette liberté d’opinion n’est pas un fourre-tout ni un déversoir. Nombreux sont chez nous, ceux qui se prennent pour le messie et dont l’opinion ne serait que parole d’évangile.

Quid du vieillissement de notre population ? n’est un mystère pour personne que dans les pays développés, l’émancipation des femmes avec comme corollaire l’instruction et l’emploi, a mécaniquement provoqué des conséquences sur la natalité et donc sur la démographie. Si ces pays n’ont pas eu le BUBIDOM, ils ont connu d’autres « saignées » avec notamment des guerres à répétition, dont deux conflits mondiaux. Et, quasiment tous, ont connu un phénomène de vieillissement de leur population. Provoquant de ce fait, de graves conséquences, tout comme nous, sur la production et les retraites. Qu’ont-ils fait ?

Déjà trois mois et demi, que le CHU de la Guadeloupe a subi un grave incendie. Un incendie qui a eu des conséquences très inattendues, pas seulement sur l’ensemble du système de soins de la Guadeloupe. Il pose également des questions sur ce qu’est la gouvernance en Guadeloupe, le rôle de l’Etat en Guadeloupe, celui de l’Europe en Guadeloupe, et ce que veulent les Guadeloupéens.

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