Jean-Claude Rodes

Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Goethe n’était pas Guadeloupéen, mais quand il affirme qu’une nécessité non suivie d’action amène à la pestilence, aucun Guadeloupéen, consommateur, contribuable, jenn kon mi, n’osera dire le contredire.

Alors que l’on croyait avancer vers une sortie de crise sur la question des sargasses, il s’avère en réalité que nous ne sommes qu’au début de l’affaire. Les élus qui semblent avoir pris la mesure du problème, interpellent enfin — et plutôt vertement — l’Etat.

La démocratie moderne est une expérience difficile. Elle n’est pas seulement un système d’agencement des pouvoirs et de Ti-mal se tirant souvent dans les pattes engendrant défiance, haine, cacophonie et immobilisme. La démocratie même tropicale ne peut être une forme de société bêlante, où le citoyen serait hors-jeu, des problématiques sociétales. La démocratie, n’est pas uniquement d’un côté ceux qui disent, désinforment, manipulent et en imposent (Etat, collectivités locales, syndicats, médias, religions…). Et de l’autre des citoyens désinformés, assujettis, apeurés, malmenés, maltraités, car dérespekté. La démocratie n’est pas une forme de société où tous sont d’accord et parlent d’une même voix : elle a pour tâche de créer et de maintenir un espace commun qui est aussi un espace d’invention imprévisible parce que s’y manifestent et s’y expriment des citoyens libres. Mais cette liberté d’opinion n’est pas un fourre-tout ni un déversoir. Nombreux sont chez nous, ceux qui se prennent pour le messie et dont l’opinion ne serait que parole d’évangile.

Quid du vieillissement de notre population ? n’est un mystère pour personne que dans les pays développés, l’émancipation des femmes avec comme corollaire l’instruction et l’emploi, a mécaniquement provoqué des conséquences sur la natalité et donc sur la démographie. Si ces pays n’ont pas eu le BUBIDOM, ils ont connu d’autres « saignées » avec notamment des guerres à répétition, dont deux conflits mondiaux. Et, quasiment tous, ont connu un phénomène de vieillissement de leur population. Provoquant de ce fait, de graves conséquences, tout comme nous, sur la production et les retraites. Qu’ont-ils fait ?

Déjà trois mois et demi, que le CHU de la Guadeloupe a subi un grave incendie. Un incendie qui a eu des conséquences très inattendues, pas seulement sur l’ensemble du système de soins de la Guadeloupe. Il pose également des questions sur ce qu’est la gouvernance en Guadeloupe, le rôle de l’Etat en Guadeloupe, celui de l’Europe en Guadeloupe, et ce que veulent les Guadeloupéens.

Comme on le constate le peuple enfin debout, ne cesse d’exprimer son indignation pour qu’on ne le tourne continuellement en bourrique. Il exige de l’eau au plus vite, de la transparence, et des poursuites tant pénales qu’administratives. Pour éteindre l’incendie, c’est sous la vigilance et la pression populaire que désormais des réunions et voyages s’enchaînent. Et nos élus désargentés réclament en chœur, un retour de l’engagement fort de  l’Etat.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses s’accélèrent. Après la Conférence territoriale de l’Action Public (CTAP), après la rencontre du président de région Ary Chalus avec le président de la république Emmanuel Macron, voici venu le temps de la mission d’audit dépêchée par l’Etat.

La Guadeloupe trop longtemps malade de son eau est devenue un casse-tête aussi à Paris. Car jamais un patient, même pas la «Mama mourante d’Aznavour”  n’a eu à son chevet autant de visiteurs ! Connaissant ce que valent les promesses des élus, s’endormir sera pire qu’une faute.

Et comment en être autrement, vu les sommes évoquées pour réparer et reconstruire les canalisations et les usines de production d’eau.  Ce ne sera  pas moins d’un milliard d’euros — entre l’eau potable et l’assainissement — qui sera nécessaire pour remettre au niveau la gestion de l’eau  en Guadeloupe.

On se rend bien compte dès lors que, l’Etat qui compte au centime près ses sous,  a tout intérêt  à exiger  une bonne gestion des fonds. C’est dans ce larèl  que le président Macron a envoyé cette mission d’audit afin d’estimer le coût réel d’une remise à niveau de la filière Eau. Mais également afin de déterminer les responsabilités passées dans l’échec de la politique de l’eau. D’autant que chacun sait que l’eau, n’a  pas payé uniquement l’eau.

Malgré  les bonnes intentions affichées, il sera sûrement plus délicat de cibler les responsables et l’étendue de la mauvaise gestion voire même des malversations. Après le scandale de la SODEG, celui des HLM, la voyoutocratie d’élus mis en examen, la gageure est de déterminer où est passé l’argent. Celui du consommateur, celui du contribuable  qu’on ne cesse de détrousser impunément.

L’affaire est cocasse, voire tragique et ce d’autant que la plupart des responsables est encore aux affaires. Ceux-là peuvent compter sur l’aide de l’Etat, surtout que celui-ci a été lui-même défaillant dans la surveillance, les contrôles voire les sanctions. Nonobstant, il faudra bien que l’on sache, où se situe les responsabilités. Celles d’’hier et d’aujourd’hui !  Il ne peut avoir de prescription ni de compassion, contre on krim kont la Gwadloup ! Cette question des responsabilités devra quoiqu’il en coûte être tranchée afin que désormais, nul n’en ignore. L’impunité, l’irresponsabilité, les mafias, ne doivent plus être de mises  dans la gestion des fonds publics. C’est-à-dire de notre argent.

Comme je ne cesse de le dire. il appartient à l’Etat de protéger tous ses citoyens et faire amende honorable. Il doit mettre lui aussi la main à la poche.

Mais dénonçons ici l’arnaque faisant croire que  l’argent de la réparation provient du budget départemental, régional ou de l’Etat. En définitive ce sont les Guadelou-péens qui vont payer le prix fort, non pas une, non pas deux mais trois fois, l’eau qu’ils n’auront même pas consommé en réalité.

A ce  stade inégalé de la frustration,  il ne s’agit plus de fanfaronner. Il y a donc une double exigence. Celle de donner au plus vite de l’eau aux foyers, aux entreprises, aux centres de santé de Guadeloupe. Et celle aussi de faire payer les responsables de cette gabegie. Car la population, on l’a bien compris ne se contentera pas de cautère sur jambe de bois avec le plan d’urgence tel qu’il a été défini par les EPCI. La gestion de la facturation notamment devra sérieusement être revue. Il est symptomatique d’apprendre de la bouche de la présidente de la CASBT (Grand Sud Caraïbe) que l’essentiel du déficit de trésorerie de sa structure est dû aux impayés de l’eau (6 millions d’euros quand même). Une provocation de plus ! L’âge ne peut tout expliquer !

Cependant, on peut devant l’ampleur de la faillite  (gabegie, mauvaise gestion, désorganisation…) comprendre les réticences des établissements bancaires comme la Caisse des dépôts qui se montrent frileux à intervenir dans ce dossier. Ils exigent pour la plupart des garanties non pas des EPCI mais bien des collectivités régionale et  départementale. Et de l’Etat lui-même.  Autrement dit, s’il n’y pas de garantie d’une gestion saine, une résorption des déficits, il n’y aura pas de prêts bancaires.  Il y a donc bien loin de la coupe aux lèvres.

Ce dossier de l’eau n’a pas fini de connaître des rebondissements. Et malheureusement les robinets ne sont pas prêts de fonctionner à nouveau. Là où il n’y a pas une vision, une éthique de la responsabilité, les peuples meurent !

RJC

 

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