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Jean-Claude Rodes

Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

Qu’une partie du CHU brûle, et c’est tout notre système de santé qui est à nu. Il a fallu ce grave incendie pour se rendre compte des erreurs commises au cours des dernières années. Pourquoi avoir tant tarder à reconstruire le CHU ? Pourquoi avoir voulu tout centraliser dans un CHU bien mal en point en déshabillant les autres hôpitaux, et en particulier le CHBT ? Au point que nous soyons à la merci de la moindre catastrophe accidentelle, naturelle, humaine ou industrielle. Oui gardons-nous d’être malade en ce moment ou d’être en urgence médicale a déclaré Gaby Clavier, l’infatigable syndicaliste, spécialiste des problématiques de santé chez nous. Et malheureusement, ces propos certes caricaturaux, n’ont rien d’excessifs comme le pensent certains. Les vérités ont aussi leur brutalité.

Et gênent d’autant qu’elles renvoient à des responsabilités, qui mettent en question le bien-fondé des choix davantage imposés que concertés, d’administrateurs, de ministres et de politiciens locaux. Les conséquences désastreuses de la gestion de nos biens publics essentiels, comme l’eau, la santé, les déchets, celles dont les populations sont les premières à en pâtir, sortent les nombreux cadavres planqués dans le placard.

Tous ces ratés, montrent l’étendue des conséquences de cette mal gouvernance chez nous. Et comme semble le dénoncer la cour des comptes à l’encontre de nos élus, le tintamarre des casseroles en ce moment, fait un bruit encore plus insoutenable que les vents de Maria. Quand il y a tant à faire dans le secteur public (hôpitaux, écoles, sécurités, équipements sportifs…prisons), l’argent qui ne coule pas à flot, surtout en temps de crise, doit être dépensé à bon escient. Nous ne reviendrons pas sur la dénonciation d’une gestion uniquement comptable, d’autres disent uniquement libérale, de la santé au détriment de l’humain. S’il est vrai que les seuls moyens financiers ne garantissent pas toujours un résultat probant, il en faut cependant pour rentabiliser les objectifs et optimiser les  missions.

Si je suis élu j’appliquerai le programme que j’ai défendu”.  Il l’a dit et il le fait, quoi qu’on en pense ! Car pour le président Macron pour “révolutionner” la France, un pays conservateur et hostile à tous changements, il faut assumer le risque d’être impopulaire. Il était urgent et nécessaire que ces réformes soient menées, par les ordonnances, la pédagogie ou la concertation positive.  By any mean necessary, dirait Malcom X. Contrairement à ses prédécesseurs qui ont renoncé à appliquer le programme sur lequel ils avaient fait campagne, le président Macron, reste fidèle à la ligne annoncée, faisant face à l’immobilisme, aux corporatismes et aux manifestations de rue.

En effet malgré les foudres annoncées par une opposition ki pa ka tann mach, conduite par Mélenchon et les syndicats non réformateurs, sur les sujets les plus minés comme la réforme du code du travail, le projet de loi de finance, le logement, l’université, le changement tambouriné, est bien en marche. Avec une nouvelle stratégie, consistant pour les membres de gouvernement, le premier ministre ou même le président, à venir au contact, sur le terrain, sous le feu des médias, pour expliquer une démarche qui peut poser problème, Il s’agit d’expliciter pour faire adhérer.

La Guadeloupe dans cette approche du terrain, n’a pas été écartée. Comme le témoigne chez nous ce week-end,  la visite du premier ministre et dans la foulée celle du président de l’assemblée. Après l’Assemblée des RUP en Guyane, ces visites successives semblent montrer l’urgence qu’il y a pour le gouvernement de s’intéresser enfin, à nos régions discriminées.

« Sé on bon dézòd ki ka mèt on lod » dit le dicton créole. Et si personne n’aime le désordre ni l’anarchie, ni le malheur, il est des situations dont il faut savoir, d’une manière positive,  en tirer de bénéfiques leçons.

La réalité disait Renan peut être triste !  J’ai eu à le dire, nous aurons toujours dans notre rétroviseur un cyclone, une épidémie imprévisible, un cataclysme naturel.

Dire que nous n’avions pas su tirer ne serait-ce que pour l’habitat insalubre et les normes de construction, les leçons du cyclone 28, puis d’Hugo, serait injuste. Dire qu’après les raz marée nous n’avions pas mis en œuvre des règlements appropriés pour protéger les populations sur le littoral ou ayant construit sur des zones à risque près des rivières, ce serait ignorer la règlementation des 50 pas géométriques, et celle la construction sur ces zones à risque  d’une dangerosité évidente. Avons-nous ou pouvions-nous tout faire quand on sait que l’économie et le travail doivent d’abord satisfaire des besoins primaires aussi impératifs que de se loger, décemment et en toute sécurité. C’est là un paradoxe. Les conditions optimales de vie concernant l’économie se trouvent précisément dans les zones à risque. C’est à proximité des volcans que ce trouvent les terres les plus fertiles et les mieux arrosées. Mais quid des éruptions ?  Qu’en serait-il par exemple du tourisme à Deshaies, à Sainte-Anne, aux Saintes  ou de l’emploi dans  la zone économique de Jarry  si on devait interdire les constructions près du littoral ou sur la mangrove protectrice. C’est tout aussi vrai pour nos restaurants d’autant que le touriste en recherche d’exotisme,  veut « manger les pieds dans l’eau ». Sur un territoire avec une superficie et un relief contraints, vouloir appliquer d’une manière stricte et rigide  une réglementation privilégiant essentiellement le risque zéro, relève de l’impossible. Construirait-on à PAP, sur ce « polder»  quand on sait qu’un tremblement de terre ou un tsunami peut être éminent. Quid de la construction du Mémorial Acte à proximité de la mer ! Le problème n’est de construire sur le littoral mais loger les populations dans les zones à risque. A Saint-Martin, la bande littoral selon le délégué interministériel ne devrait recevoir plus aucun logement mais seulement des commerces, restaurants et activité de loisirs.

Le cyclone IRMA est passé. Il a touché comme on s’y attendait, très durement les îles du nord, plus rudement Saint – Martin,  en épargnant heureusement la Guadeloupe.

Bien entendu, les secours venus tant de l’Etat que des collectivités ou des associations se sont rapidement activés.  A ce type de cataclysmes de plus en plus violents et réguliers, il faudra s’y faire. Car sous nos latitudes, nous sommes exposés   à quasiment tous les risques naturels (volcan, séisme, inondations, glissement de terrain, tsunamis, cyclone) et quelques risques industriels.

La plupart des scientifiques s’accordent à le dire. Avec les changements climatiques et l’évolution des cycles naturels de notre planète, nous serons, comme d’autres pays,  la cible de plus en plus fréquents du déchaînement de la nature. Avec notamment des  cyclones de plus en plus puissants comme ce fut le cas avec Irma.

Certes en matière de prévention, et d’anticipation, grâce à la technique et à la science, les  moyens en termes de surveillance sont de plus en plus performants. Mais peut –on prévoir totalement ce que deviendra un ouragan ?  Il faut donc se préparer  à tous les possibles. Cela exige la mise en place d’une vraie culture des risques. Tant de la part des autorités que de la population.  Pas seulement au moment où la météo annonce la possibilité d’un passage au-dessus de nos têtes mais bien en amont.

Bien avant le succès sans appel d’En Marche aux législatives, je n’ai eu de cesse d’écrire, dans mes éditoriaux, que la ligne politique de Macron relevait de l’inédit, et que bien plus qu’une évolution, il s’agissait d’une révolution. Pour beaucoup d’observateurs aucun mouvement, dans lequel d’ailleurs  personne ne  croyait, n’a remporté, à part peut-être, le général de Gaulle, une adhésion aussi forte dans un aussi court  délai. De l’inédit, on est donc passé à des messages proprement révolutionnaires. La Gauche plus bas que terre. La Droite à terre. Et le reste dans la rue. A ce titre, le livre de Macron “Révolution, changer la France”, remettait  déjà en question tout ce qui donnait par le passé, corps voire autorité, à la politique. Tous en prenaient pour leur grade : les partis, les médias, les institutions, les syndicats. Dorénavant seuls devraient être pris en compte, leur capacité de coller au réel pour viser à l’efficacité !

Qu’on ne s’y trompe pas. Si la France est contrainte de faire sa “révolution” dans les pratiques politiques, dans les cadres institutionnels et les méthodes administratives, il serait naïf de croire que les « outremers », et singulièrement notre archipel Guadeloupéen, avec ses spécificités et ses lourds handicaps,  seraient exempts de prendre leur part dans ce mouvement considéré comme celui de la dernière chance.

C’est en tout cas, me semble-t-il, le message sorti des urnes de Juin. Autrement dit, les partis traditionnels en faillite, pour échapper au déclin, à la déflagration, à la décomposition et à la recomposition, doivent impérativement et au plus vite, changer leur logiciel. Il s’agit de donner une chance au pays et  aux nouvelles générations ! De  s’extirper de la sinistrose des défaites programmées. Et de mettre avec le concours de tous, les territoires en marche ! C’est dire que vu les enjeux et les difficultés, l’heure est à la responsabilité ! Et à l’effort collectif !

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