Danik I. Zandwonis

Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

@ : danik@mediacreole.com

Dimanche dernier, tous nos élus et parlementaires s’étaient donné rendez vous devant leur petit écran pour écouter-voir LEUR président répondant aux questions des journalistes.

Il aura donc fallu 5 mois de présidence, une baisse vertigineuse dans les sondages, des mesures qui ne font pas l’unanimité chez les français, pour que le jeune président francais accepte enfin comme tous ses prédécesseurs de descendre dans l’arène médiatique.

A priori on pourrait dire que son discours ne nous concerne pas, car dans son propos il n’a pas une seule fois évoqué la situation à Saint Martin, ni même les ouragans qui ont frappé notre région.

Les macroniens et macronistes gwada, ont du être terriblement déçus, car ils se sont rendus compte en direct et une fois de plus que les problématiques de notre pays ne sont pas prises en compte par le chef de l’état français. A vrai dire ce n’est pas une surprise, sauf pour tous ceux qui ont encore la naïveté de croire que nous sommes des « français ». 

On n’en a pas fini de tirer les leçons de ces terribles ouragans qui ont sérieusement balayé notre Caraïbe. Tout le monde le sait désormais, l’État français s’est laissé surprendre et a fait la preuve de son imprévoyance. Mais est-ce vraiment surprenant ?

D’autres questions se posent. Pourquoi l’Etat français et ses représentants ont-ils ainsi délibérément tout mis en œuvre pour écarter de la gestion des crises pré et post-cycloniques, les présidents des deux collectivités guadeloupéennes ?

L’ État a-t-il voulu en « confisquant » la gestion démontrer qu’il était le seul et unique capable de tout faire et que les élus ne devaient être que des spectateurs passifs de leur histoire ?

Si telle a été sa volonté, on peut très largement affirmer que s’agissant de Saint-Martin, sa gestion a été plus que défaillante et 3 semaines après le passage d’Irma, les refugiés parqués et presque oubliés dans des « campements provisoires » en Guadeloupe, ont eux touchés du doigt toutes les insuffisances de cet État. Les réactions des deux  présidents de collectivité, obligeront désormais les représentants de l’ État francais à revoir le logiciel du COD. Merci Irma ?

Cette critique de la mauvaise gestion étatique de la période cyclonique est depuis quasiment devenue une porte que chacun peut enfoncer, d’autant que les grands  vents des ouragans l’avait déjà emportée. 

Le quotidien France-Antilles, les médias télévisés ont fait la une sur le grand rush des Guadeloupéens dans les supermarchés quand la menace de l’ouragan Irma a enfin été prise au sérieux. En moins de 24 heures, les rayons des bouteilles d’eau minérale, de piles électriques et autres victuailles « cycloniques » ont été pris d’assaut et dévalisés. C’est à croire que les Guadeloupéens avaient complètement oublié qu’ils vivaient sur une île exposée aux ouragans, tempêtes tropicales et autres cataclysmes naturels qui sont le «charme » de notre pays.

En fait, il faut le dire, nos concitoyens ne sont plus en phase avec leur vraie réalité climatique. Il n’est pas rare mais toujours choquant et surprenant d’entendre que les Guadeloupéens natifs parler d’ « été » pour désigner la période… cyclonique. Ce mimétisme langagier ou lexical est la résultante de la francisation à outrance qui avance à pas de géant dans les têtes crépues. Les mêmes qui sont en mode « été » sont ceux-là même qui n’ont toujours pas compris qu’un « blanfwans » est un Français et non un « métropolitain » même si d’aucuns soutiennent que désigner le « blanfwans » en tant que « métropolitain » c’est justement pointer du doigt le fait colonial.

Ils ne veulent pas non plus comprendre que sur les planisphères, il existe un pays dont la capitale est Paris et ce pays, c’est la France, pas la « métropole ». Il est curieux et regrettable de noter que ce sont les journalistes des médias, les plus en vus, qui utilisent ces termes qu’on devrait proscrire, comme l’a dit le poète Max Rippon. Et il n’est pas le seul !

Chaque année, c’est le même rituel médiatique. Le Tour cycliste la Guadeloupe, la seule épreuve par étapes des petites Antilles du calendrier international de l’UCI, est avec le carnaval l’événement populaire le plus médiatisé du pays et sans aucun doute de toute la Caraïbe orientale (OECS). Les radios, la presse écrite et les télés qui sont « sur le tour » font le match dans le match car pendant 9 jours, il faut capter son auditoire et rendre compte de la course, être omniprésent et en direct live.

Côté radio, 3 diffuseurs sont vraiment dans la course et en course : une radio ultra-commerciale, la radio du service public et depuis quelques années, Radio Haute Tension (RHT Guadeloupe), la radio associative citoyenne et de proximité qui vient ainsi jouer dans la cour des grands.

Côté télé, alors que le paysage télévisuel de la Guadeloupe est « riche » de 4 chaînes privées, seule la télé du service public et Canal 10, la télévision privée, elle aussi de proximité, sont en direct sur l’événement avec des moyens techniques et humains certes très inégaux. La chaîne publique déploie pour la circonstance son armada de techniciens, de commentateurs, de réalisateurs et même un plateau pour des live. Quant à Canal 10, moins équipée techniquement, elle fait de son mieux avec ses moyens qui sont loin d’être au niveau de la chaîne étatique.

Ce que le grand public ignore, c’est que ces retransmissions télévisées coûtent relativement chères. Aussi bien celles de Canal 10 que celles de la chaîne financée par la contribution à l’audiovisuel public, ne sont possibles que grâce à une substantielle et exceptionnelle aide financière de la collectivité régionale. Vu l’importance de l’événement, le public et en particulier les fans de cyclisme (et ils sont nombreux!) ne comprendraient pas qu’en 2017, à l’heure du numérique, d’internet et du satellite, qu’ils ne soient pas en mesure de voir ou de revoir les exploits de leurs champions.

Le problème, parce qu’il y en a un, ce serait de donner à toutes  les chaînes la possibilité de retransmettre l’événement dans des conditions similaires. Cela signifie-t-il qu’il faudrait que la Région multiplie par 5 l’accompagnement financier accordé à chacun de ces médias ? Ce ne serait pas la meilleure solution puisque la conséquence immédiate serait une ponction plus importante dans les caisses de la collectivité sans garantie que le produit final présenté soit de meilleure qualité car nous l’avons dit,  en 2017, seules deux chaînes, Canal 10 et Guadeloupe 1ère ont vraiment la capacité de « faire le tour », et de proposer aux téléspectateurs des retransmissions en direct qui sont toutefois d’un niveau très inégal et ce pour des raisons essentiellement techniques et financières.

Il en va de même d’ailleurs pour tous les grands événements sportifs ou culturels qui mobilisent, l’attention du public et des médias télévisuels : la Route du rhum, les play-offs de basket, la Karujet, le carnaval, le Meeting d’athlétisme régional, le Tour de Marie Galante, le TGVT, Terre de Blues et Ilo Jazz pour ne citer que ceux-ci.…

Pour assurer donc une certaine équité et une qualité optimale à ces retransmissions, la collectivité régionale devrait se donner les moyens de les réaliser. Il suffirait qu’un prestataire en matière de réalisation et de diffusion soit sollicité et du coup, il y aurait moins de voitures et de motos HF à parasiter  l’événement. Le prestataire fournirait à toutes les chaînes intéressées un signal identique que chacun commenterait avec son équipe.  La qualité  du produit télévisuel n’en  serait que  meilleure, l’événement sur le plan médiatique serait quintuplé et au final le public des téléspectateurs et fans de sport auraient un produit  de qualité. La caravane du Tour se passerait de guerre d'images,  puisque tout le monde serait à égalité. C’est la qualité du commentaire, le professionnalisme des commentateurs et la pertinence des interviews à l’arrivée qui feraient la différence. Bref, le traitement journalistique de l’événement ! Ce faisant, la Guadeloupe entrerait dans une autre ère et signerait ainsi la fin des reportages-bricolages. Ce serait aussi une économie pour la collectivité régionale qui n’aurait pas chaque année à « distribuer » des aides qui sont souvent d’inégales valeurs.

Est-ce possible tout cela ? Oui, car la Guadeloupe n’a rien inventé. Aujourd'hui, de par le monde, tous les grands événements sportifs, aussi bien la Coupe du monde de football que les J.O, le Tour de France voire la Champion’s League sont captés par des prestataires uniques et « transmis » aux médias-diffuseurs partenaires. Pourquoi la Guadeloupe ne ferait-elle pas ce pas si c’est le gage à la fois d’une meilleure utilisation des deniers publics et d’une qualité supérieure des retransmissions ? Cela a un nom : la rationalisation des coûts.

By Danik Ibrahim Zandwonis

C’est sûr que c’est le genre de sujet qu’on évite d’aborder parce que dès que dans la colonie on traite des rapportes entre les blanfwans et les Guadeloupéens natifs, on est irrémédiablement taxé de « raciste », de xénophobe, etc. Qu’importe ! Il n’y a pas pour nous de sujet tabou. La réalité de la Guadeloupe est bien celle que nous vivions au quotidien et qui se comprend par notre histoire tragique ou par le tragique de notre histoire.

Bref rappel

Notre pays a été jadis peuplé par les kalinas-améridiens. Les européens qui « débarquent » pour coloniser l’île au début du 16e siècle, commencent par massacrer les premiers habitants. C’est un génocide et il reste impuni. Puis ces européens organisent à leur profit la traite négrière et l’esclavage. Cela va durer près de 3 siècles.

Après la soit-disant « abolition » de l’esclavage en 1848, ces franco-européens qui ont toujours besoin d’une main d’oeuvre, sinon servile mais à bon marché, importent du continent indien des « coolies ». En 1854, l’Aurélie débarque en Guadeloupe, le premier contingent d’indiens. Ils seront tout aussi maltraités que les anciens nègres arrachés en Afrique.

Pendant la période de colonisation sauvage, les premiers blanfwans, qu’on désignait par le terme « engagés » ou « 36 mois » débarquent aux Antilles. Ils sont pour certains des « mauvais sujets », parfois des délinquants, des repris de justice, des prostituées ramassées sur les ports français pour venir « s’installer » dans ces terres fraîchement colonisées. Ils n’ont pas à l’époque de noms à particules ou pas encore et encore moins de sang bleu et pour cause ! En 1656, une vingtaine d’années après le début de la colonisation française, on dénombre près de 12 000 blanfwans en Guadeloupe contre à peine 3 000 nègres. Vers 1848, selon les historiens de l’époque, les chiffres s’inversent. On recense plus de 87 000 nègres contre à peine 9 700 colons blanfwans.

Aujourd’hui qu’est ce qui a changé ?

La Guadeloupe a déjà connu toutes les appellations contrôlées : colonie, DOM, Région, RUP, DROM mais dans le fond et dans la forme, cette île est encore et toujours une colonie française. Sur le plan politique, c’est toujours à Paris que se prennent les décisions majeures souvent totalement inadaptées à notre réalité.

Au plan économique, en dépit de la naissance depuis peu d’une petite et moyenne bourgeoisie guadeloupéenne, ce sont les descendants des colons et leur concurrents les néo-blanfwans qui ont la mainmise sur toute l’économie du pays.

Dans les administrations, les diplômés guadeloupéens doivent se battre pour arracher un poste et parfois, ironie de l’histoire, aliénation ou auto-flagellation, on trouve des Guadeloupéens natifs ayant un peu de pouvoir et qui se plaisent à « couper et hacher » en pratiquant le « fannkyou », les coups bas à l’égard de leurs compatriotes, oublieux de leurs propres origines.

Sur le plan du peuplement, une grande majorité des blanfwans installés ici, ont choisi le communautarisme. Ils vivent souvent reclus dans des « résidences » où il ne fait pas toujours bon d’être guadeloupéen natif. Ces blanfwans ne participent en rien à la vie du pays, sinon, pour profiter des avantages fiscaux ou salariaux. Et même après des années de présence, ils se refusent à parler créole, à écouter la musique du pays.

Qui a déjà vu un couple de blanfwans dans un zouk ?

Participer à une fetkomin (fête patronale), à un lewoz (veillée de gwoka) ou à un sanblanni (cérémonie religieuse hindoue) ? Les blanfwans sont aux abonnés absents dans ces lieux festifs où peuvent se nouer aisément des rapports non conflictuels. Ils sont étrangers au pays et font tout pour demeurer étrangers à notre culture. Ils ne veulent donc pas se « mélanger » à la vie des « neg Gwadloup ».

Cette « distance » est-elle une forme suprême du mépris , une volonté de marquer leur différence tout en affichant des airs « supérieurs » ?

Certains sociologues nous disent qu’il y a en permanence entre colonisé et blanfwans, une sorte de « choc culturel » dans la colonie. Ne faut-il pas le transcender ? D’autres de façon plus prosaïque vous diront que c’est le « complexe normal » de supériorité du Français dans son rapport avec les indigènes qui (re)surgit dès que le Français vit dans la colonie. Le blanfwans vivant en Guadeloupe, tout en refusant de s’impliquer dans la vie du pays, se considère comme chez lui. Il ne faut surtout pas, au risque de le vexer durablement, dire de lui qu’il est un Français ; non, il est LE « métropolitain », et nous sommes donc ses indigènes, comme au bon temps de la colonisation sauvage !

À bien regarder et à bien des égards, cette situation s’apparente à un « apartheid » silencieux et qui ne dit pas son nom, car pour des raisons de commodité, au nom d’un « pseudo-bien-vivre-ensemble », on préfère de part et d’autres, faire l’autruche.

Alors, quand au hasard d’un mouvement social, d’un fait banal dans la rue ou au bureau, toutes les frustrations et les rancoeurs générées par la vie dans la colonie remontent à la surface d’un seul coup, tout s’enflamme ! Le blanfwans devient « l’ennemi » et le Guadeloupéen le « sale nègre » ingrat qui doit « tant à la France ».

Il y eut en mai 1967 ce qui s’apparenta à une chasse aux blanfwans dans les rues de Basse-Terre mais bien avant, nos parents et grand-parents nous ont conté l’affaire Dietrich, ce Français raciste qui s’est fait lyncher par un peuple en colère.

En juillet 1985, l’affaire Faisans est aussi le résultat d’un acte raciste. Le coup de pied d’un prof blanfwans à l’endroit d’un jeune élève guadeloupéen enflamma la Guadeloupe après que Georges Faisans, militant nationaliste eut décidé de venger le geste infâme de l’enseignant blanfwans.

Une simple étincelle peut mettre le feu car dans la colonie, la tension est latente. On sait pourquoi et à cause de qui… Et pourtant, dès les premiers temps de la colonisation, à la Guadeloupe, à la Martinique, nègres et blancs prennent l’habitude de se côtoyer, certes souvent dans un rapport dominant/dominé mais ils se connaissent.

Pourquoi alors les blanfwans continuent-ils près de 4 siècles après, de se croire en position d’être supérieurs ? N’ont-ils pas compris que c’est cette attitude qui est source de conflits et qui peut encore allumer des incendies ? Le peuple guadeloupéen, n’est-il pas déjà dans sa diversité le résultat de tous les mélanges possibles et même inimaginables entre amérindiens, africains, indiens et européens occidentaux ? N’est-ce pas cela l’avenir ? Et puis, il faut le dire, tous les blanfwans et c’est heureux, ne sont pas colonialistes. C’est peut-être ce qui nous autorise à garder espoir... 

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