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Contre la décadence civique

07 Juil 2020 Didier Destouches
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Didier Destouches, Universitaire et essayiste qui nous soumet son billet.

 Toute cette actualité relative au Gosier, qui flirte il faut bien le dire parfois avec le folklorique, me ramène de façon quasi providentielle à la pensée du philosophe allemand Emmanuel KANT, père du concept philosophique de RAISON MORALE, dont il dégage l'idée fondatrice d'impératif catégorique mais aussi l'idée de SINGULARITÉS MORALES que l'esprit en quête de DIGNITÉ permanente peut avoir du mal à accepter.

L'impératif catégorique prend corps dans cette formulation: ««Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen". Il correspond à ce qui doit être fait inconditionnellement.

Seules des actions dont l'origine sera conforme à ce principe seront morales, faute de quoi l'action entraîne la décadence. Force est pourtant de constater que la morale n'est certes point universelle, et elle l'est d'ailleurs de moins en moins, quand bien même elle serait soutenue par la loi ou la justice.

Il est alors aisé pour certains esprits plus chagrins que rebelles, de fustiger des pensées arc-boutées sur la morale en les qualifiant opportunément de "bienpensance" ou "bienséance" ou de les ériger en porte-parole de piètres vaincus électoraux...à fin d'hypothétique disqualification argumentaire. Certes, à l'ère digitale, l'opinion publique (re)façonne fortement valeurs et éthique... surtout en matière d'interdits sexuels. Sexe et minorité ne semblent plus être un tabou infranchissable dans l'espace public.

L'autorité de la chose jugée n'est plus aussi non négociable que le caractère obligatoire de la loi. Au contraire le bûcher incantatoire facebookien se réjouit de pouvoir (enfin) délivrer un message d'open-bar amoral et décadent sous couvert de règlement de compte déchoukesque municipal. Mais moi, j'exprime en tout cas de la reconnaissance pour les jaillissements conformistes mais aussi disruptifs de mes compatriotes sur les réseaux sociaux car loin de m'agacer et malgré mon total ddésaccord avec certains propos ; j'y vois une expression de progrès démocratique.

Pas de démocratie sans parole libre.

Mais parole libre ne veut pas dire parole brute...

De plus, ils me poussent à mieux me connecter à la réalité éternelle de la Guadeloupe qui ne se plie à la volonté ni des uns ni des autres, mais qui manifeste simplement la singularité et la subjectivité des uns et des autres dans un cyclone de contradictions et de cohérences mêlées.

Alors bien sûr, les confrontations de visions et de valeurs sont inévitables. Les antagonismes irréductibles à l'heure de l'expertise discount. A 8000 kilomètres de nous, en France hexagonale, notre impératif catégorique nous amène à nous interroger sur l’exemple donné par la nomination au poste de ministre de la République de personnes certes très talentueuses et peut-être même vertueuses et innocentes, mais tout de même concernées par des procédures judiciaires.

On nous rétorquera que des institutions existent pour vérifier si tout cela est bien légal. Oui ça l’est, mais ça n’en demeure pas moins contraire à un certain nombre de valeurs collectives et humaines voire même politiques : égalité des droits, séparation des pouvoirs, etc…

Si vous déposez plainte (à tort ou à raison) contre une personne et qu’ensuite cette personne peut devenir ministre de l’intérieur ou maire de votre commune, vous avez fatalement de quoi être très inquiet…et très déçue. On ne décrète pas la probité publique de quelqu’un juste par un jugement ou par sa présomption d’innocence. On la décrète quand pouvoir et procédure judiciaire sont hermétiques et infranchissables pour un individu quel qu’il soit. Sinon c’est la confusion, et pas bien loin guette le chaos.

La rigueur exige que l’on ne s’abrite pas juste derrière la loi avec un parti pris légaliste mais qu’on aille plus loin vers le parti pris éthique. L’exercice d’une fonction publique ou politique ne devrait pas être possible quand on est dans une procédure judiciaire.

Avant ou après oui, si en tant que condamné on a payé le prix exigé par la société. Mais pas pendant ! Alors face aux tollés tristement populaires que provoque en Guadeloupe le simple fait de défendre une certaine éthique dans la chose publique, que dire et que faire ? DIALOGUER! Et surtout pas voir dans ce faux bashing et vrai buzz une négativité intrinsèque d'une Guadeloupe qui serait triste ou corrompue par le « fann tchou ».

Pour ma part, je continuerai ma réflexion sur mon Péyi. Mais je peux vous assurer d'une chose, c'est qu'il n'y'a aucune version de l'Histoire où je me laisserai aller aux sirènes du renoncement ou de l'abrutissement dès lors qu'il s'agira de contribuer à entretenir et enrichir les "bonnes actions" de mon peuple, et à la lumière d'une intraitable considération des faits tout comme des douleurs et surtout des erreurs du passé.

Contre la décadence civique qui ne cesse de nous guetter, c'est en quelque sorte mon "IMPÉRATIF CATÉGORIQUE" dont parlait Kant. Après tout, moi «je ne suis pas là pour être aimé » …

Didier DESTOUCHES

Universitaire et essayiste

Auteur de « Du département au pays d’outre-mer. Le choix de l’autonomie pour la Guadeloupe ».

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