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Contre ZEMMOUR !

15 Oct 2020 Didier DESTOUCHES
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Didier Destouches, qui nous soumet son billet.

La présidente du Conseil départemental Josette Borel-Lincertin dit Stop à Éric Zemmour et s’insurge, comme de nombreux autres présidents de conseils départementaux, contre les propos racistes tenus par le polémiste sur la chaîne controversée Cnews.

Ce sont « les propos inacceptables tenus » dans une émission le 30 septembre dernier d’un Eric Zemmour qui traitait les mineurs migrants, dont la protection relève des départements, de « voleurs », « assassins » ou « violeurs ; qui sont en cause et objet de la plainte déposée par ces présidents.

Une autre sortie typique du néo-racisme à l’œuvre sur certains plateaux télé et qui continue à tranquillement préparer le terrain électoral à une extrême droite toujours plus proche de l’accession au pouvoir grâce à un certain soutien médiatique.

Le racisme a plongé récemment les États-Unis dans une guerre civique entre noirs et blancs à la suite de violences policières racistes et de réactions stupéfiantes à ces évènements de la part du président Donald Trump. Le monde s’est alors enflammé à cause du racisme.

En Europe et singulièrement en France, nous assistons à la montée d’une nouvelle forme décomplexée du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance plus particulièrement à l’égard des afro-descendants, des migrants, des musulmans, des juifs et des Roms.

Au moins deux facteurs principaux semblent avoir exacerbé ce phénomène : d’une part, la crise économique de ces dernières années débouchant sur une paupérisation anxiogène, de l’autre, l’instabilité́ géopolitique dans certains pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et les migrations qui en découlent. On doit y ajouter le contexte commun de concurrence mémorielle et de politisation excessive du phénomène identitaire contemporain.

Le racisme que nous définirons comme l’expression d’un refus, plus ou moins violent, d’accorder dignité et respect à une personne en raison de sa couleur de peau ou de son origine géographique, se manifeste dans le monde et notamment dans la patrie de Voltaire actuellement sous de nouvelles formes. Il ne fait plus nécessairement référence à l’idée d’une hiérarchie entre les « races » mais plutôt à l’idée d’incompatibilité des cultures ethniques. Ce qui se manifeste est souvent un « racisme sans races », fondé sur l’affirmation que les différences communautaires sont irréductibles. Le racisme contemporain est plus insidieux mais tout aussi délétère que le racisme traditionnel, puisque son but et ses effets sont les mêmes: il vise à expliquer et légitimer des comportements ou discours discriminatoires, et contribue à les alimenter.

Le discours néo-conservateur dont Zemmour est le porte-parole médiatique, forme intellectuelle du racisme systémique, est de plus en plus répandu notamment dans la sphère politique mais aussi et surtout littéraire. Il est à l’œuvre sous la plume d’écrivains et chroniqueurs littéraires tels que Paul François Paoli ou Richard Miller. Il est à l’affût derrière les propos de philosophes réactionnaires comme Finkielkraut. Il est au cœur des réflexions de cercles universitaires plus ou moins occultes à Toulouse, à Lyon, à Paris II notamment. Il irrigue la chasse aux sorcières contre les « gaucho-islamistes » dans les universités.

Sur le fond, une redoutable intolérance se forme avec la crise de l’autorité dans la République, et la faute est souvent rejetée sur l'autre, celui qui est différent et qui certes n’est point inférieur mais reste de par sa culture indésirable et nuisible dans la communauté nationale. Sur la forme, la parole raciste se libère : avec les réseaux sociaux, on peut tenir des propos racistes et rester dans l’anonymat, tout comme écrire des articles racistes sans être sanctionné grâce à la liberté d’expression.

Cette situation a germé dans le terrain fertile pour les polémiques que fût le quinquennat du président François Hollande comme l’est celui du président Macron. Avant l’affaire valeurs actuelles/Obono, il y’a eu en France les polémiques Taubira, Léonarda, Angot et Thuram et aux Antilles françaises : Hayot, Despointes et Chaulet. Ces polémiques attestent de la présence médiatique d’un discours néo-raciste pullulant.

En France, le procédé discursif raciste de notre temps est à la fois subtil et structuré autour d’une idée principale : le négationnisme révisionniste néocolonial. Il s’agit là de faire des descendants d’esclaves ou d’immigrés des agitateurs victimaires animés par une haine identitaire qui les conduit à un communautarisme prosélyte et dominés par une volonté de mettre à bas la culture occidentale française.

Dans ce déferlement de haine, il est bon de voir et d’entendre des propos plus vrais, humanistes et éclairants tels que ceux que l’on peut lire dans le dernier livre de Lilian Thuram : la pensée blanche, ou dans le dernier documentaire de l’historien Pascal Blanchard : Décolonisation : du sang et des larmes diffusées sur France 2. Alors, Oui, comme eux et comme la présidente Josette Borel-Lincertin, il faut dire Stop à Éric Zemmour.

Didier Destouches

Universitaire et essayiste. Auteur du Discours sur le Néo-racisme.

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