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« L’alternance est nécessaire en démocratie…. mais ce n’est pas une obligation, ni une réponse à tous les maux de la société »

16 Nov 2020 Marie-Luce Penchard
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Marie-Luce Penchard, qui nous soumet son billet.

La vie politique est ainsi faite, il n’y a pas de grande démocratie sans alternance et nous avons la chance, en tant que citoyen, de  vivre dans un pays qui a connu certes,  de longues périodes de continuité du pouvoir mais aussi  des ruptures idéologiques fortes et nécessaires qui ont permis de faire avancer la société sur le plan des valeurs et le fonctionnement de nos institutions.

Pour autant, cela suppose selon moi, l’existence d’un véritable projet politique alternatif et responsable qui permet au citoyen de faire le choix du changement sur la base de propositions nouvelles et différentes, de nature à répondre aux besoins de la population.

Il ne faut pas vouloir imposer à tout prix et par tous les moyens, cette alternance quand les forces politiques ne sont pas en mesure de se soumettre à cette obligation élémentaire vis à vis des électeurs. C’est une question d’honnêteté et de respect de tout engagement  politique. Ne pas s’y soumettre aujourd’hui c’est prendre le risque de fortes désillusions qui arrivent plus vite que l’on ne pense, dans cette période où l ‘exigence de nos compatriotes ne cesse d’accroitre par ce besoin de transparence et de justification de l’action publique.

Proposer une alternance uniquement comme simple mécanisme régulateur pour assurer le renouvellement de la classe politique ne suffit pas à faire vivre la démocratie encore moins à rassurer le citoyen, à donner espoir.

Au contraire on risque même d’amplifier les réactions d’incompréhension et les frustrations qui risquent de s’accumuler avec le temps si aucun changement visible ne permet de  montrer une réelle différence par rapport à une rupture annoncée.

Cette situation est d’autant plus vraie lorsque cette alternance s’appuie essentiellement sur des promesses purement électorales dont on savait pertinemment qu’elles ne pourraient être tenues et qu’en réalité aucun projet sérieux de développement mûrement réfléchi, chiffré n’avait alimenté des débats d’idées pour proposer une alternative crédible justifiant le changement de gouvernance.

Ce genre de manœuvres trouve bien souvent ses racines dans les discours populistes utilisés comme une stratégie de conquête du pouvoir au détriment de réelles confrontations de convictions, de visions politiques. Bien souvent le peuple est tenu dans l’ignorance et facilement manipulé par ces discours de dénonciation facile du désordre économique et social que l’on peut facilement exacerbée en  période de crise face à sa  souffrance  et son désarroi. Il est plus facile de dénoncer que de proposer !

Plus grave, de telles pratiques électoralistes participent, avec la période de désenchantement qui va suivre,  à renforcer un climat de défiance à l’égard des élus en contribuant à jeter le discrédit sur toute la classe politique  alors que nous avons besoin, plus que jamais, de renforcer notre crédibilité  pour engager  les reformes nécessaires au développement de notre territoire.

Une politique qui divertit au détriment d’une politique qui fonctionne ne dure jamais très longtemps.

C’est pourquoi, le renouvellement des élus n’est donc pas en soi l’unique réponse au besoin de changement ou d’amélioration de politiques publiques ; ce d’autant qu’il existe d’autres mécanismes pour y contribuer comme la limitation du nombre de mandats et la réforme en cours voulue par le Président de la République qui prévoit de limiter par fonctions électives notamment pour les maires et les exécutifs locaux le nombre possible de renouvellement comme aux Etats Unis. (deux mandats pour le poste de Président de USA)  

Oui Le citoyen est libre de choisir ses représentants. Mais Il ne faut pas le pousser à vouloir  « renverser à chaque fois la table ». L’important est d’instaurer les conditions favorables à une meilleure compréhension des enjeux dans le cadre d’un discours de vérité, basé sur la sincérité de la parole publique de manière à favoriser le plus de débats contradictoires afin de permettre à chaque citoyen de faire le choix qui correspond le mieux à ses aspirations.

D’ailleurs on pourrait penser qu’il faudrait mieux, surtout en période de crise, rechercher à établir des consensus en évitant de passer forcément pas la rupture ; ce d’autant que la continuité n’est pas l’inertie et n’est pas synonyme de conservatisme. En s’adaptant à l’environnement politique et social, la continuité et la stabilité politique peuvent parfaitement admettre une certaine forme changement qui s’opère progressivement.   

Alors faut il considérer que les derniers résultats électoraux qui ont permis l’arrivée de nouvelles équipes à la tête des municipalités en particulier au niveau de la Ville de Basse-Terre au nom de cette alternance sont  la garantie d’un véritablement changement  de nature à  faire progresser notre territoire ?

Rien n’est certain car il ne suffit pas de changer les hommes il faut changer les pratiques en politique en sachant faire la différence entre les conservateurs et les progressistes pour faire avancer la Guadeloupe !

Marie-Luce Penchard

 

 

 

 

 
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