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Le vrai nom de l'inquiétude. Par Frantz Succab

03 Mai 2017
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Pointe-à-Pitre. Mercredi 03 Mai 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est  Frantz Succab qui nous a soumis son « libre propos ». An sé pitit enkyèt a on lilèt enkyèt... Écrit Sony Rupaire.

Si le poète évoque ici son inquiétude c’est pour indiquer sa filiation avec une autre, plus profonde, transmise d'une génération à l'autre. Engendrée par une île dont la géographie et l’histoire ne lui ont jamais permis de vivre en paix : à la merci des cyclones, des séismes et des jeux mortifères des puissances européennes. Détresse du pion qui jamais n'a pu décider lui-même de son sort. Drame de naissance.

L’inquiétude relance beaucoup d’entre nous en ce mois de mai 2017. Le cinquantenaire des massacres de mai 1967 à Pointe-à-Pitre coïncide avec l’actualité de l'élection présidentielle française. L’histoire ne nous laisse pas tranquille.

Quel est aujourd’hui le vrai nom de l'inquiétude, Macron ou Le Pen ?

Hier encore, le premier était inconnu de nous, mais tout son entour nous parle la langue toujours entendue de l'autorité française. Le second est de triste mémoire.

L'un, enfant adoptif d'une Droite et d'une Gauche républicaines françaises soudainement en panne de relève ; l'autre, derrière un sourire figé de blondasse, réveille pour ceux qui l'ont connu, cet air ancien du Tan Sorin : "Maréchal, nous voilà !". Cet air de la soumission à chanter obligatoirement devant le crucifix fixé dans les écoles et les autres établissements publics.

Avant les massacres de 1967, qui furent le baptême du feu de ma génération, il y eut les tueries du Moule en 1952, la Guerre d'Algérie, pour laquelle nombre de nos jeunes avaient perdu inutilement la vie. Toujours et toujours, avide de notre sang, le colonialisme français sous plusieurs visages. Parmi les principaux commanditaires des crimes du Moule et de l’Algérie, on retrouve les noms de François Mitterrand et de Guy Mollet, qui font toujours partie du Panthéon socialiste. Autant que De Gaulle, papa de la Droite, évoque pour ma génération le bain de sang de 1967.

Avant tout cela, après les souffrances séculaires de l'esclavage, sur lesquelles régna longtemps une sorte d'omerta, les plus vieux parlaient au compte-gouttes du temps de la Seconde Guerre : le régime de Vichy, connu ici sous le nom de Tan Sorin. C'était, pour parler le langage d'aujourd'hui, " l'extrême-droite" au pouvoir, le racisme d'Etat, sous le Maréchal Pétain et la Gestapo, au service de l'Allemagne nazie. Persécutions politiques, arrestations arbitraires, tortures, maires destitués et remplacés par un personnel politique nommé par le gouverneur Sorin. Le temps des collabos qui vous dénonçaient dès lors dès lors que vous étiez patriotes, ce qui signifiait pas encore « indépendantiste guadeloupéen », mais « républicain ».

Le Front National, en recyclant toutes les forces éparses et résiduelles profascistes et pronazies de l’Après-Guerre, a grandi comme un cancer. Tout simplement parce que la Droite et la Gauche républicaines, loin de soigner la France de ses vieux démons du racisme et de la xénophobie, s’en sont servi à leur tour pour maintenir l’ensemble du peuple dans la soumission et l’illusion démocratique.

Eradiquer l’extrême-droite était pourtant une nécessité immédiate pour ceux qui se réclament des valeurs républicaines, et cela dès l’Après-Guerre. Mais comment le faire en lui fournissant en même temps la nourriture qui le grossit : la pauvreté, le déclassement et l’exclusion sociale ; pour réduire avant tout les vraies forces anticapitalistes ? D’autant plus que le Capitalisme cherche toujours à exploiter la force de travail sans contrainte démocratique, sans contestation énergique, lorsque l’Education et la Culture s’amenuisent à mesure que s’étend la société de consommation.

À ce stade, j’interroge encore. Quel est le vrai nom de l’inquiétude, Macron ou Le Pen ? Tant que le dilemme est posé ainsi, je ne saurais le dire aisément. Je sais cependant, que lorsqu’on se trouve contraint de choisir entre le mal et le moindre mal, on choisit naturellement le second.

Le drame pour notre île toujours inquiète est au-delà, dans ce qu’annonce cette contrainte immédiate. Celui du pion qui jamais n’a le choix de décider lui-même de son sort.

Frantz SUCCAB

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