Emmanuel Macron, président conquérant

11 Mai 2017
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Pointe-à-Pitre. Jeudi 11 Mai 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Didier Destouches qui nous a soumis son « libre propos ». 

Eschyle, l'illustre dramaturge grec disait : "le vrai héros est celui qui relève le gant quand toutes les chances sont contre lui". Au départ l'élection d’Emmanuel Macron est au delà d’une élection inédite, une élection phénomène tant elle apparaissait au départ comme un pari fou et tant elle bouscule et bouleverse à l'arrivée les codes et traditions de la vie politique française et l’image de la France à l’étranger.

Par bien des aspects, Emmanuel Macron revêt pour le spectateur de son ascension les habits du héros des tragédies grecques tout comme la tunique du conquérant en marche. La victoire du candidat du mouvement justement nommé En Marche ! (Devenu depuis la République en marche) a des allures de victoire de Charles Martel à Poitiers car elle symbolise la résilience et la résistance victorieuse de la France face au déferlement des victoires populistes dans le monde. Elle a aussi la marque d'une conquête moderne se voulant refondatrice et cosmopolite telle l'épopée du jeune Alexandre le grand. De fait elle est devenue le contre modèle de l’élection de Trump, même si elle en a emprunté quelques codes.

C'est une aventure politique herculéenne, vu l'ampleur des travaux accomplis et par ailleurs restant à accomplir, que vit le nouveau président de la République. Une aventure manifestement accompagnée par la providence elle même. Emmanuel Macron a donc été salué de façon rare, très chaleureusement à l’international, en particulier en Italie, en Grèce, et en Allemagne. Pour le Monde, la France est de retour, et surtout en évitant le pire. Mais la victoire d’un progressisme libéral et humaniste n’est pas la seule vertu de cette victoire. L’émergence de la jeunesse en politique en est une autre. L’élection d’Emmanuel Macron tracte en effet avec elle une irruption franche et inédite de la jeunesse au pouvoir, dans l’entourage du jeune président, mais aussi dans les candidatures aux législatives, dans le militantisme actif, et sur les réseaux sociaux. Une révolution qui est aussi à l’œuvre au sein du Front national et surtout au sein des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon.

La conquête du pouvoir élyséen par Emmanuel Macron se révèle être une incroyable aventure politique réalisé en un temps très court, égalée seulement par la victoire du phénomène Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, et très proche du modèle inégalable de celle de Barack Obama en 2009. Devenu le huitième président de la République, Emmanuel Macron incarne d’emblée la France des lumières et de ses valeurs universelles, mais aussi la France de l’espoir du renouveau européen ; tout en étant aussi le président de la France divisée et agitée.

Héros républicain, Macron par son incroyable chance, et sa témérité triomphante se fait déjà une place de choix dans l’histoire française car seul le général De Gaulle avant lui avait été élu à la présidence sans avoir exercé aucun mandat politique, et seul Napoléon Bonaparte était arrivé au sommet à son âge. La marche du Louvre illustre parfaitement cette volonté du nouveau président français de se mouler dans la longue et grande histoire française, celle des monarques capétiens tout comme celle des chefs d’Etat républicains. Le symbole dépasse largement celui du président Mitterrand au Panthéon dont le but était plus de rendre justice à l’histoire républicaine du seul socialisme français.

Le président Macron imprime déjà sa marque, son image et aussi sa solitude. La gravité et la solennité de ses deux discours ont eu par ailleurs le mérite de montrer l’ampleur considérable de la tâche qui attend le nouveau président. Plus que rassembler les français, il faut les unir. Plus que libérer l’économie, il faut la rendre performante. Plus que protéger les plus fragiles, il faut les réhabiliter au sein d’une société qui va bouger de plus en plus vite et accroître les inégalités. Et la résolution du jeune président à incarner la présidence de façon jupitérienne, lointaine, et verticale à l’instar de Mitterrand ou De Gaulle lui impose de choisir avec maestria son premier ministre. Celui-ci, qui devra quasiment tout accomplir, devra être très expérimenté faire gagner et conduire une majorité parlementaire, très proche du président et pour lui inspirer confiance.

IL devra être aussi autoritaire pour éviter l’image néfaste d’un Etat chancelant qui a causé la perte du couple Hollande/Ayrault dès le début du dernier quinquennat. La société du zapping dans laquelle nous sommes, et la trop forte capacité de nuisance des réseaux sociaux de nos jours peuvent rapidement rejeter une présidence qui ne connaîtra aucun état de grâce. Emmanuel Macron a presque tué Marine Le Pen, chef du parti opposant principal : le Front National. Il lui reste à faire imploser la droite traditionnelle qui sera très résistante.

C’est pour cet objectif qu’Emmanuel Macron reste intransigeant sur les lignes de son programme libéral, sans rien céder aux insoumis de Jean-Luc Mélenchon ; et qu’il s’approprie peu à peu une posture gaullienne au dessus des clivages en imposant le strict respect de la procédure innovante de sélection de nouveaux candidats aux législatives même pour UN ancien premier ministre (Valls) ou ténor de les républicains (Le Maire). Il a enfin, endossé un costume de père de la nation en pratiquant en fin de campagne un zèle mémoriel à la hauteur de la lutte nécessaire et qui continuera contre les extrémismes et le déclinisme français. Le plus dur reste à faire: il s'agit d'accomplir.

Et l'esprit de conquête dans l'histoire s'est souvent fracassé sur le mur de la gestion quotidienne des divisions propres aux peuples insoumis. 

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CCN

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