Les 50 ans des événements des 26 et 27 mai 1967 à Pointe-à-Pitre

29 Mai 2017
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Lundi 29 Mai 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Avoir le courage d’ouvrir une discussion sans complaisance sur les événements de mai 1967 et leur portée historique 

«Nous avons besoin de l’histoire pour vivre et pour agir (…) mais, il y a un degré dans la façon d’apprécier l’histoire et de faire l’histoire au-delà duquel l’histoire dégénère».

Nietzsche - IIe Considération inactuelle 

Les 50 ans des évènements des 26 et 27 mai 1967, à savoir la tuerie-chasse à l’homme dans Pointe-à-Pitre et ses environs et le procès des patriotes et anti colonialistes guadeloupéens à Paris et à Pointe-à-Pitre sont au centre des préoccupations de la majorité des Guadeloupéens, de ceux qui l’ont vécu, des militants anti colonialistes mais aussi des jeunes qui veulent savoir ce qui s’est véritablement passé. 

Déjà en début d’année, la période carnavalesque -surtout dans les groupes à po- a été un moment fort de sensibilisation sur ce pan de notre histoire. Des chercheurs guadeloupéens issus de la nouvelle historiographie ont pour leur part apporté leur éclairage sur mé 67 sur la répression qui s’est abattue sur des Guadeloupéens qui militaient pour la décolonisation de leurs pays. En effet, les «événements» terme trop flou ou plus précisément la tuerie des 26-27 mai 1967 fait partie de notre histoire, de l’histoire coloniale du pays, mais elle s’inscrit aussi dans ce que l’on appelle «notre mémoire collective». 

Souvent on associe mémoire et histoire, trop souvent ou confond mémoire et histoire. Et cela ne relève pas du hasard ! La mémoire est souvent utilisée, mais peut être sélective parcellaire et peut-être muséifiée. Le devoir des mémoires ne peut justifier dans aucune manière, les manipulations idéologiques et politiques du mémoriel. L’historien pour sa part, doit faire preuve d’objectivité, sinon, il glisse vers d’autres disciplines. Toutefois, l’historien est libre, tout à fait libre de se déterminer par rapport à la pensée dominante. Et dans le choix des sujets qu’il traite, dans son analyse des documents mis à sa disposition, dans le choix, son choix des documents qu’il compulse, il fait preuve déjà de parti pris.

 

Il n’y a point de mal à cela. Avoir un parti pris, avoir un esprit critique, nous embellit. Malgré les efforts considérables de bon nombre de chercheurs, pour donner une dimension, une orientation nouvelle à l’étude, écriture de l’histoire chez nous, en Guadeloupe, il est bon ton de constater que cette histoire est écrite pour sa grande part, d’une manière ou d’une autre, sous le prisme de la double aliénation coloniale et bourgeoise. Toutefois, la tentative généreuse de se départir de cette vision, doit cependant, nous inciter à ne pas verser dans une poussée communautariste d’explication/appréhension  de l’histoire de notre pays.

 

Pour analyser de manière plus ou moins objective ce que l’on appelle «Mé 67», il est nécessaire de placer la tuerie des 26 et 27 mai 1967 dans son contexte véritable. Un contexte qui se caractérise par sa complexité du fait de l’imbrication/ interdépendance de contextes «tout bitin ka vin on bitin pa rapòt a on dot bitin !».

 

LES PREMICES DE MAI 1967

 

Les événements de mai 1967 se déroulent dans un contexte international marqué par la compétition entre les deux blocs issus de la guerre froide : l’URSS et les Etats-Unis. La tendance générale va dans la confirmation du renforcement des positions du socialisme et de la montée des mouvements anti-impérialistes et de libération nationale. Cela se concrétise à travers la grande mobilisation de solidarité envers le peuple vietnamien, victime de l’agression barbare de la plus grande puissance mondiale : les Etats-Unis d’Amérique. En outre, le système socialiste mondial est traversé au cours des années 1960 d’une crise profonde avec l’exacerbation des divergences entre le PCUS (Parti communiste de l’Union Soviétique), l’Etat soviétique, le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine.

 

Ces divergences auront des conséquences directes sur la propagation des thèses maoistes dans le mouvement ouvrier guadeloupéen et sur la lutte de décolonisation.

 

En Guadeloupe, la situation économique et sociale se caractérise par la pérennisation des critères du sous-développement. Une économie basée sur la prééminence du secteur agricole sanctionnée par la production de la canne à sucre et l’exportation de la banane. Le secteur cannier est en crise. Crise provoquée par la fermeture successive de Rougeol, Courcelles, Marquisat et l’entrée du secteur des services dominé par les mêmes profiteurs. Le pays est secoué par de très fortes inégalités sociales et spatiales.

 

La crise structurelle du système départemental est à la base d’un chômage endémique qui touchent les couches jeunes de la population et l’Etat colonial met en place comme solution miracle, le SMA (service militaire adapté) et la déportation par le biais du Bumidom. Cette situation de chômage provoque une concentration urbaine autour des deux pôles économiques rivaux : le port bananier de Basse-Terre et l’agglomération pointoise. Dans le secteur agricole, on trouve une classe ouvrière ……… composée d’ouvriers agricoles et d’usines qui touchent des salaires de misère. Il en est de même pour les dockers et les ouvriers du bâtiment.

 

Les exploitants agricoles vivant seulement du produit de leur labeur sont spoliés par l’arrogance des usiniers qui donnent un prix dérisoire à la tonne de canne et par le système inique du colonat partiaire.

 

Le marasme économique provoque l’apathie des couches intermédiaires qui sont aujourd’hui les seuls bénéficiaires de cette situation économique et sociale sont les blancs pays -«suceurs de subventions»- qui se comportent en bourgeoisie ………… rétrograde.

 

Tout cela découle d’une situation politique marquée par l’hégémonie des rapports coloniaux qui unissent la Guadeloupe à la France. Le préfet représentant de l’Etat se comporte comme un gouverneur omnipotent. Le Conseil général malgré les velléités de rares élus est en ordre!

 

Le fait colonial se manifeste par la présence d’une administration composée d’allogènes renforcée par l’arrivée massive de nostalgiques de l’Algérie française déboutés par la proclamation d’Indépendance de l’ancienne colonie.

 

Fortes du soutien des milieux d’affaires des usiniers, de la «cellule Foccard » à l’Elysée, les forces de la droite réactionnaire regroupées au sein de l’UNR sont arrogantes et demeurent impunies malgré la condamnation et la dénonciation de la fraude électorale. Si bien que la Guadeloupe présente les caractéristiques d’une véritable République bananière qui a son chef à Paris.

 

Le pays est au bord de l’explosion sociale

 

A la veille des mouvements de mars à Basse-Terre et mai à Pointe-à-Pitre, les forces anti-colonialistes demeurent divisées. Parmi celles-ci on peut citer :

- Le GONG (Groupe des organisations nationales guadeloupéennes) créé à Paris en 1963.

- L’AGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens) fondé dès 1928, se radicalise à partir de 1963

- Le groupe «Vérité», créé en décembre 1966 de la scission au sein du PCG avec la publication des …………… de plusieurs membres de la direction du parti.

- Le groupe du Progrès Social actif surtout dans le Sud Basse-Terre et se caractérise par son anticolonialisme.

- Le CPNJG, très actif au sein de la jeunesse et  couche urbaine, partisan de l’Autonomie, tout en flirtant avec les thèses maoïstes.

- Le Cercle marxiste Amédée Fengarol créé et dirigé par Rosan Girard depuis Paris. Il continue un travail d’éducation populaire et d’éclaireur. Partisan de l’Autonomie et de l’union des forces anti-colonialistes.

- Le PCG (Parti Communiste Guadeloupéen). Dès 1958, il se transforme en parti………… intérêt de classe ouvrière et l’adoption du mot d’ordre d’Autonomie se trouve au cœur de la lutte de décolonisation en Guadeloupe.

- Les autres organisations de masse : l’UFG (Union des femmes guadeloupéennes) proche des thèses du PCG et la CGTG (Confédération générale des travailleurs de nombreux cadres-dirigeants du PCG en font partie Partisan de l’Autonomie.

 

Au cours des années 1965-1967 malgré les efforts des pionniers du FAG, les forces anti-colonialistes sont divisées. Cette division découle en partie de la juxtaposition nécessite des divergences sino-soviétiques dans le mouvement ouvrier et dans la lutte de décolonisation sur le sol guadeloupéen à la tricontinentale en terre cubaine en janvier 1966 ont contribué à accentuer l’intransigeance du GONG dans ses rapports avec le PCG autour de la question des voies et moyens. La crise interne de décembre 1966 va affaiblir le PCG qui devient la cible de tous les critiques.

 

C’est dans ce climat que vont se dérouler les élections législatives et les mouvements de mars à Basse-Terre et de mai à Pointe-à-Pitre. Pour bien comprendre ce qui se passe fin mai à Pointe-à-Pitre il est important d’évoquer les journées de protestation populaire à Basse-Terre les 20, 21 et 23 mars 1967.

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