L’abandon démocratique

15 Jui 2017
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Jeudi 15 Mai 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Didier Destouches qui nous a soumis son « libre propos ». 

Le premier tour des législatives ont un retentissement historique mais aussi civique encore plus fort que celui de la présidentielle. D’abord parce que ce premier tour est caractérisé par une apathie électorale caractérisée par un chiffre record de l’abstention et des votes blancs, mais aussi parce qu’il augure d’un triomphe impérial du président de la république et du mouvement politique qu’il a crée quasiment seul il y’a seulement un an : la République En Marche ! La Guadeloupe politique est partagée entre « plus rien a faire » selon l’expression du politologue et sondeur Brice Teinturier et un vote conservateur qui a rejeté violemment les candidatures venant de la société civile.

Le soir électoral de dimanche a d’abord dévoilé en Guadeloupe une abstention monumentale qui fait de l'élection législative 2017 une élection quasiment mineure voire pratiquement illégitime ou vaine si on lui ajoute le nombre impressionnant de bulletins nuls et blancs. Cette abstention manifeste un mouvement de plus en plus concret et mortifère : l’abandon de l’exercice démocratique par détestation de l’élitisme, déception et colère civiques, et fainéantise citoyenne. 

En cause également l'aspect bébélépolitique de l'offre électorale pléthorique bien sûr (82 candidats !), mais aussi la médiocrité relative du débat public des idées, totalement noyé par le hold-up collectif par la plupart des candidats de la marque exogène En Marche ! Ce n’est pas le renouvellement politique à l’œuvre dans l’hexagone qui est remis en cause, mais un certain renouvellement.

L’électeur guadeloupéen n’est pas opposé à un renouvellement (comme l’ont montré les dernières élections départementales) du moment qu’il s’agisse de candidats qui s’y connaissent un minimum en politique. La domination de Justine Bénin et d’Olivier Serva dans leur circonscription en sont les parfaites illustrations. La Guadeloupe vote comme à son habitude à son propre rythme et en fonction de ses réalités politiques locales.

L'électeur vote donc pour des ténors, et pas pour des novices ou des nouveaux, à quelques exceptions près comme Warren Chingan et Michel Girdary. Ces législatives ont été marquées par l’impossibilité pour le patron actuel de la Guadeloupe Ary Chalus d’imposer au GUSR et à sa majorité régionale seulement quatre candidats et l’endiguement des ambitions. L’impact de sa position de relative neutralité au premier tour a paru sage ou habile mais il en résulte au final pour le porte parole du candidat Macron une division des voix, l’absence d’un raz de marée en Marche ou GUSR (pour le moment), l’hyper municipalisation de la campagne, et un échec à craindre dans la seconde circonscription de la candidate officielle de LREM Diana Perran.

 L’élection législative comme la présidentielle était à haut risque pour les chefs d'exécutifs qui se sont impliqués plus ou moins fortement et les dégâts sont là: Aramis Arbau en ballotage défavorable, Gabrielle Louis-Carabin désavouée, Christian Baptiste contesté, Eric Jalton penaud, Jean-Pierre Dupond dubitatif et inquiet, Ferdy Louisy laminé, Laurent Bernier perdant et qui quitte son parti pour en fonder un nouveau. La jurisprudence Lurel fait son chemin : il ne fait pas bon imposer une direction de vote à son électorat quand on est maire ou chef d’exécutif territorial…

En attendant les bonnes vieilles recettes ont fonctionné et cela semble rassurer tout le monde : les campagnes sur le terrain et la proximité portent encore du fruit, le militantisme là ou il existe encore fait des merveilles (comme au sud Basse-Terre pour les socialistes), la capacité à comprendre et à faire comprendre les vrais enjeux de l’élection (Olivier Serva, Justine Bénin, Hélène Vainqueur).

L’un des plus grands enseignements de ce premier tour est surtout l’absence d’existence politique en Guadeloupe de dynamiques Front national et France Insoumise. La Guadeloupe avait voté pour des personnalités contestataires pour la présidentielle : Mélenchon et Le Pen. Elle n’entend pas concrétiser ce vote par une installation durable et forte localement (et en Outre-mer) de ces deux mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche. 

Dans l’hexagone, c’est une écrasante domination territoriale du parti présidentiel LREM qui s’installe en France. C’est à la fois le résultat d’une abstention qui pénalise avant tout ses adversaires (FN, LR, FI), de la mort du PS dont les électeurs et les jeunes apparatchiks ont tous été vers LREM, et d’une campagne inattendue et brillante du chef de l’Etat qui non seulement a , grâce à un calendrier international providentiel , pu mettre en scène une volonté de forte restauration internationale de l’image de la France, mais a aussi fait ce qu’il avait promis en installant un gouvernement de droite et de gauche (mais très libéral).

Les français ont apprécié et l’abstention a un caractère de bienveillance : les français veulent voir la suite et n’ont pas voté contre le président Macron et ses candidats. Il reste que cet excellent premier tour pour le président de la république préfigure une assemblée monochrome « macronienne » à 80% et entre 400 et 425 députés (ce qui est exceptionnel parce que l’opposition n’a jamais été aussi faible et fragmentée mais pas inédit). Ce ne sera en aucun cas un absolutisme ou une dictature démocratique. En effet il ne faudrait pas oublier que les pouvoirs normatifs et politiques sont multiples en France et que Emmanuel Macron ne « règnera » un moment qu’à l’assemblée nationale.

Le Sénat, les départements, les régions, les communes et intercommunalité, les syndicats, une bonne partie de la presse, le conseil d’Etat, le conseil constitutionnel ne sont pas sous la coupe du président de la République et le feront vite savoir, n’en doutons pas un instant.

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