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Cuba. Un journaliste emprisonné, pour espionnage ou pour idiotie ?

24 Mai 2016
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La Havane. Mardi 24 mai 2016. CCN. La Maison Blanche présentait, il y a quelques jours, sa campagne spéciale sur la « liberté de la presse » dans le monde et, comme il fallait s'y attendre, tous les journalistes dont l'emprisonnement est dénoncé vivent dans des pays dont les gouvernements s'opposent aux Etats-Unis comme la Chine, la Russie, l'Iran, le Nicaragua, le Vietnam ou Cuba. Aucun ne se trouve dans des pays alliés dont beaucoup – c'est sûr – ont une histoire prouvée de censure, d'emprisonnements et d'assassinats de journalistes.

La campagne a débuté, curieusement, avec la demande de libération de José Antonio Torres, un ex journaliste du Granma condamné en 2011, à 14 ans de prison pour espionnage.

Des dizaines de médias répètent, d'une seule voix, ce qu'a publié le Département d'Etat : que le journaliste cubain a été arrêté « après que Granma ait publié un de ses articles sur des « malversations » lors de la réalisation de travaux publics à Santiago de Cuba » ce qui – selon le porte-parole de la Maison Blanche - « est le type même d'article qui promeut la transparence et fait que le gouvernement rende des comptes à ses citoyens ». Conclusion et message envoyé à l'opinion publique internationale : Torres est aujourd'hui en prison à Cuba pour avoir publié un reportage « gênant » pour le gouvernement de l'île.

Mais... quelque chose ne cadre pas. Comment se fait-il qu'un journaliste ait été emprisonné pour un reportage pour lequel – précisément – il a été félicité par le président Raúl Castro? Souvenons-nous des paroles du président cubain publiées dans la presse nationale : « J'apporte une reconnaissance au journaliste de Santiago José Antonio Torres. (…) Ceci est l'esprit qui doit caractériser la presse (…) (nous devons) être transparents, critiques et autocritiques parce que c'est la façon dont nous pouvons extraire la seule utilité que peut avoir l'analyse sincère des erreurs ».

Maintenant, voyons pourquoi, réellement, a été arrêté et condamné José Antonio Torres qui aujourd'hui jouit d'un « régime de faible sévérité » avec des permissions de 72 heures tous les mois et demie.

Torres a été arrêté après avoir écrit une lettre à Michael Parmly, le chef du Bureau des Intérêts des Etats-Unis à La Havane, l'actuelle ambassade des Etats-Unis. Dans cette lettre, il demandait une entrevue personnelle « pour lui fournir (…) des informations sensibles (…) qui pourraient mettre en danger la sécurité nationale de Cuba. Aussi bien au procès que dans les interviews qu'il a accordées, Torres s'est justifié en disant qu'il voulait « prendre sa revanche sur les autorités » cubaines car sa femme « avait été victime d'une injustice dans son travail ». A cause de cela, il a fait semblant de posséder « des données secrètes qui pourraient déstabiliser le Gouvernement cubain ». Torres a même inventé un code de mots de passe et de clefs pour sa rencontre avec le diplomate des Etats-Unis. Mais la Sécurité de l'Etat cubain a intercepté la communication et il a été arrêté.

Dans aucun pays du monde, on considère comme une « atteinte à la liberté de la presse » le fait de remettre des informations concernant la sécurité nationale à la puissance ennemie qui met le pays sous blocus depuis plus de 50 ans. Même dans l'éventualité où ces informations – comme il le soutient- seraient inventées.

En prison, comme tant d'autres personnes arrêtées pour des délits identiques, l'ex rédacteur s'est transformé en « dissident » et en « journaliste indépendant » et en est venu à être défendu par la Société Inter-américaine de la Presse (SIP), la patronne des principaux journaux du continent. De sa prison, il a écrit des lettres demandant leur soutien au président Obama et au Pape François. Et, dans une interview récente, il en venait à offrir ses services professionnels, le jour où il sortirait de prison, au New York Times, au Nuevo Herald et à El País.

Depuis qu'on connaît cette histoire, on se demande si José Antonio Torres est en prison à Cuba aujourd'hui pour espionnage...ou pour idiotie.

José Manzaneda, coordinateur de Cubainformación (Cubainformacion 20 mai 2016)

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