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Haïti. Le CSS propose 335 gourdes pour les ouvriers

10 Juil 2017
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Port-au-Prince. Lundi 10 juillet 2017. Lenouvelliste/CCN. Le Conseil supérieur des salaires propose 335 gourdes comme salaire minimum de référence dans les industries d’assemblage et les autres industries manufacturières tournées vers l’exportation.

Le CSS a soumis son rapport à l’exécutif exactement un mois après son installation. Dans une conférence de presse ce vendredi, les conseillers s’enorgueillissent d’avoir réalisé un travail «valable, classique et scientifique».

Alors que les ouvriers de la sous-traitance exigent 800 gourdes, le salaire minimum de référence dans ce secteur ne devra pas dépasser 335 gourdes si l’exécutif décide d’appliquer à la lettre les recommandations du CSS. Le salaire de production sera alors de 350 gourdes, soit une augmentation de 11.7% par rapport aux 300 gourdes actuellement perçu par les ouvriers. Les conseillers proposent 300 gourdes pour les employés des entreprises de distribution de produits pétroliers et agences de sécurité et 300 gourdes pour ceux évoluant dans les entreprises privées de service stratégique à la population. Dans cette catégorie se trouvent les écoles professionnelles privées et les institutions de santé privées employant plus de dix personnes et qui offrent des services d’hospitalisation.

Pour les « entreprises en croissance et relativement stables», le salaire est fixé à 400 gourdes tandis que les employeurs des « entreprises se tirant d’affaires» devront payer 325 gourdes. Celles qui sont considérées « exposées et très vulnérables» paieront 290 gourdes. Pour les personnels de maison le CSS prône un salaire minimum de 200 gourdes.

À côté de ces propositions portant sur la fixation des salaires minima, le CSS a pris le soin de formuler plusieurs autres recommandations «d’ordre général» à l’exécutif. « Renforcer l’inspection du travail du ministère des Affaires sociales et du Travail, en vue de faire appliquer le salaire minimum sur tout le territoire national, tout en continuant à promouvoir le dialogue tripartite, comme condition essentielle à la promotion de la création d’emplois et de l’amélioration des conditions de vie des classes laborieuses tel que déjà recommandé et non encore appliqué par les instances», lit-on dans le document.

Le CSS invite l’exécutif à travailler avec le Parlement haïtien en vue de ratifier la convention 102 concernant la sécurité sociale et la convention 189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques de l’OIT et à accorder les accompagnements sociaux nécessaires aux ouvriers prêtant leurs services dans les entreprises manufacturières établies dans le pays en termes de nourriture, de transport et de logement en les incluant dans le budget de la République dès l’exercice 2017-2018. Le Conseil supérieur des salaires qui a été installé le 7 juin dernier appelle le gouvernement à « travailler en vue de baisser le coût de l’électricité et l’exemption des taxes sur les produits pétroliers pour le secteur industriel de la réexportation».

Sur la liste des recommandations du CSS figurent aussi l’amendement du décret du 24 février 1984 concernant le travail de nuit ainsi que la loi de 2009 sur le salaire minimum, la refonte du code du travail, la promotion des mesures actives et des politiques publiques visant la formation professionnelle et l’exonération des travailleurs journaliers et à la pièce de la déduction imposable jusqu'à hauteur de 145 000 gourdes.

« Nous avons réalisé un travail valable, classique et scientifique», se félicite le président du CSS. Pour aboutir à ces recommandations, les membres du CSS avaient rencontré les parties prenantes, des experts nationaux. Ils ont analysé les données fournies par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique. Ils se sont basés sur des informations collectées auprès de la Banque de la République d’Haïti. Tenant compte de la compétitivité d’Haïti par rapport à d’autres pays en matière de salaire, ils ont aussi analysé d’autres données provenant de l’extérieur, selon ce qu’a indiqué le président du CSS qui n’a pas passé sous silence les forces, les faiblesses et les contraintes auxquelles font face les autres secteurs d’activité en Haïti, a insisté Renan Hédouville, ajoutant qu’ils avaient mis l’accent sur le «tripartisme». Souhaitant que ces recommandations puissent entrer en vigueur à partir du premier août, il a cependant fait remarquer que c’est l’exécutif qui aura le dernier mot.

Pierre Joseph Polycarpe a la conscience «claire et en paix»

Par rapport à la proposition du CSS fixant le salaire minimum dans le secteur de la sous-traitance, Pierre Joseph Polycape, qui a été très décrié par les syndicats, dit avoir la conscience «claire et en paix ». « Même si on octroyait 1000 gourdes aux ouvriers, ce ne serait pas suffisant. Le salaire à lui seul ne peut pas résoudre les problèmes auxquels font face les ouvriers », lâche Pierre Joseph Polycarpe. Le représentant des syndicats estime que les 800 gourdes exigées par les ouvriers est « nettement impossible pour le moment» compte tenu de la réalité de ce secteur. « Haïti compte aujourd’hui 42 000 emplois dans ce secteur, si nous jouons mal, dit-il, nous pouvons nous retrouver très bientôt avec 10 ou 15 000».

Pierre Joseph Polycarpe attire l’attention sur l’existence d’autres compétiteurs au niveau de la région qui « nous coupent l’herbe sous le pied». « Si aujourd’hui, 7 juillet, on est à 42 000 emplois et qu’on octroie les 800 gourdes, la presse pourra constater avant la fin du mois combien il nous en restera», prédit le représentant des syndicats qui préfèrerait voir le pays conserver ces emplois au lieu de les perdre. Plusieurs syndicalistes avaient dénoncé la présence de Pierre Joseph Polycarpe au sein du CSS. Ils l’accusaient de défendre les intérêts des patrons au détriment de ceux des ouvriers. Des accusations qu’il a naturellement rejetées ce vendredi.

Ils étaient sept au total à la table de conférence au local de l’ONA à Delmas 31, qui a servi de bureau au CSS, pour révéler au grand public les recommandations faites à l’exécutif. Dominique St-Eloi ayant refusé de siéger au sein du conseil depuis son installation, le huitième membre, Jean Max Bazin, vice-président de l’organe, a brillé par son absence parce qu’il a eu un empêchement à la dernière minute, selon ce qu’a rapporté Renan Hédouville.

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