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Haïti. L’Hôpital Saint-Michel de Jacmel, nouvelle coquille vide du système sanitaire

21 Juil 2017
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Port-au-Prince. Vendredi 21 juillet 2017. Lenouvelliste/CCN. Près d’un an après son inauguration, l’Hôpital Saint-Michel de Jacmel fonctionne dans l’ombre de sa mission. Les plaintes et les complaintes sont multiples. Il fait face à une multitude de problèmes, dont le manque de personnel, d’intrants, de matériel, d’énergie mais surtout de financement. Oublié sur la carte sanitaire, l’HSM n’a reçu aucune allocation du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Devant la barrière d’entrée de l’hôpital, les motocyclistes sont nombreux. Lucie vient d’arriver. Elle demande à son chauffeur de ne pas bouger, pas avant qu’elle ne lui fasse signe. « Je ne vais pas perdre mon temps aujourd’hui. Il est 1 heure 28 minutes, si le médecin n’est pas sur place, c’est qu’il ne viendra pas. Attends-moi », lui raconte-t-elle.

En fermant la barrière derrière elle, Rita St-Jean, le visage crispé, rebrousse chemin. Sans retenue, elle balance tous les propos grivois qu’elle connaît à l’endroit des responsables et de tous ceux qui y travaillent. Elle voulait renouveler la carte de vaccination de son fils, mais même ce petit carton est une… pièce rare dans cet hôpital. « Ce n’est pas normal, s'écria-t-elle. On ne peut même pas trouver une carte de vaccination à ce foutu hôpital. J’étais prête à payer 1 000 gourdes pour l’avoir. Mais l’infirmière m’a dit qu’il y a rupture de stock. » 

Ce lundi, la grogne pullule. Dans la loge de la maternité, une dizaine de femmes enceintes prennent leur mal en patience. Trois d'entre elles, n'ayant pas trouvé de siège, s'assoient à même le sol au pied de la porte de la salle de consultation. Elles sont là depuis 8 heures. Il est 13 heures passées, mais elles doivent encore attendre. Le seul gynécologue présent à l'hôpital ce jour-là est incapable de faire un miracle. Si Jacmel dispose d'un bel hôpital, les services qu'il offre laissent à désirer. C'est la nouvelle coquille vide du système sanitaire. « Manque de personnel, d'intrants et de matériel, d'énergie et de financement », constitue le lot de ses problèmes.

La carence de personnel tue l’hôpital

Près d’un an après son inauguration, l’hôpital Saint-Michel de Jacmel offre des services au rabais. Son fonctionnement au ralenti fait galérer les patients. Le ministère de la Santé publique et de la Population abandonne ce petit joyau financé à hauteur de 35 millions de dollars américains par l’Agence japonaise de coopération internationale (20 millions de dollars), et la Croix-Rouge canadienne (15 millions de dollars) qui ont construit chacun un bâtiment. L’HSM, 4 ans après le tremblement de terre qui l’a mis à genoux, a été l’un des premiers hôpitaux publics à avoir été relevé. Il a été construit en 1996 sur une superficie de 1 000 m2. Maintenant, il s’érige sur une surface évaluée à 3 000m2.

Si la structure de cet hôpital départemental est devenu plus grande, son effectif n’a pas changé. « On continue à fonctionner avec le même effectif », a expliqué le directeur exécutif de l’hôpital, le Dr Newton Jeudy. Selon une étude, l’HSM a besoin d'entre 80 et 130 nouveaux employés pour lui permettre de fonctionner à plein régime. « Pour quatre gynécologues nécéssaires on a deux. C’est pareil pour le service de chirurgie et anesthésiologie. Pour trois internistes, on n’a qu’un. On n’a qu’un médecin urgentiste. On ne dispose ni de dermatologue ni d’ophtalmologue », a confié le directeur exécutif de l’HSM.

Un appel à candidatures pour rien

Avant l’inauguration de l’Hôpital Saint-Michel qui a vocation de devenir un hôpital universitaire, le ministère de la Santé publique et l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) avaient lancé un appel à candidatures en vue de combler des postes vacants. Ils cherchaient plusieurs professionnels, notamment des « infirmières chef de service, infirmière sage-femme, infirmière anesthésiste, infirmière de ligne, chef service médical, médecin généraliste, médecin orthopédiste, médecin obstétricien-gynécologue, médecin anesthésiologiste, médecin ophtalmologue, médecin néonatologue, médecin pédiatre, médecin chirurgien, technologiste médical, opérateur en informatique ». Les concours ont eu lieu en février. Mais aucune suite n’a été donnée. Un directeur des services professionnels, un directeur administratif et financier ont été embauchés. Le ministère leur a donné une lettre d’affectation. Sept mois plus tard, ils n’ont reçu ni salaire ni lettre de nomination. Les autorités sanitaires les ont oubliés.

Le MSPP n’octroie aucune allocation à l’HSM

« Je suis là depuis sept mois et on n’a reçu aucune allocation du ministère. On ne veut pas croire que, dans le budget du MSPP, l’hôpital n’en fasse pas partie », a expliqué au journal une source digne de confiance, ajoutant que le budget prévisionnel pour faire fonctionner l’hôpital est estimé à 34 millions de gourdes. Notre source explique que l’hôpital vit de ses propres revenus. Des recettes qui ne peuvent subvenir à ses besoins. Elles sont de l’ordre d’un million de gourdes chaque mois. Questionné à ce sujet, le Dr Newton Jeudy confirme: « Depuis quelque temps, on a rien reçu du MSPP. Pourtant, les autres hôpitaux départementaux reçoivent de l’État une allocation pour l’achat de carburant et le paiement des employés. »

« Pour le moment, on résiste, on se bat pour ne pas tomber en défaillance. Mais on ne peut pas résister trop longtemps », a expliqué le directeur administratif et financier qui ne souhaitait pas accorder d’interview. « Les responsables font de leur mieux pour faire fonctionner l’hôpital avec les moyens du bord. On se bat pour rendre l’hôpital autonome », a ajouté Ketcheny Garraud.

Pour le directeur des services professionnels, il est évident qu’un bébé ne peut marcher tout seul. Il a besoin l’aide de ses parents. Le Dr Franck Léveillé croit que le MSPP doit prendre les dispositions qu’il faut.

Les problèmes d’intrants

Comme tous les hôpitaux publics, l’HSM fait face à un problème de disponibilité d’intrants et de matériel. Trouver une seringue ou une paire de gants n’est pas chose aisée à l’Hôpital Saint-Michel de Jacmel. « On doit tout acheter », a martelé Marino, le garde-malade de sa mère. La Croix-Rouge canadienne fait don en intrants et matériel à l’hôpital. Mais l’aide n’est pas régulière. Dans 9 mois ce support sera interrompu. « On a besoin du support du MSPP », a indiqué le Dr Newton Jeudy, expliquant qu’il ne cesse d’entreprendre les démarches. Jusqu’ici, elles demeurent veines.

Les bailleurs ne coopèrent pas

« Il y a un manque de coopération entre les deux partenaires », a indiqué le Dr Newton Jeudy. Ce manque de coopération se traduit par le fait que les bailleurs qui continuent à œuvrer à l’hôpital ne se parlent pas. Ils ne se partagent pas les informations. « La Croix-Rouge canadienne nous a fait don de deux génératrices de 200 Kw. Ces génératrices peuvent seulement alimenter le bâtiment construit par la Croix-Rouge canadienne parce que le système électrique des deux bâtiments n’est pas interconnecté. Maintenant, il nous faudrait une autre génératrice pour alimenter en énergie le bâtiment construit par la coopération japonaise », a-t-il expliqué.

Détruit en 2010 par le tremblement de terre, l’Hôpital Saint-Michel s’est replacé sur la carte sanitaire en septembre 2016 avec pour but de desservir une population estimée à 500 000 personnes. Elle peine à remplir sa mission.

 

 

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