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Haïti. L’ouragan Trump a provoqué une mer houleuse en Haïti

22 Jan 2018
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Port-au-Prince. Lundi 22 Janvier 2018. Lenouvelliste/CCN. Les dernières déclarations du président américain Donald Trump sur Haïti continuent de défrayer la chronique. Dans leur grande majorité, les réactions du côté haïtien sont beaucoup plus émotionnelles et sentimentales. Elles sont teintées d’un nationalisme sans borne et d’un fanatisme sans égal. Nous allons essayer d’apporter un autre éclairage sur cette affaire de « latrines » qui a fait couler beaucoup de salive.

Nous sommes trop fiers de notre indépendance pour ne rien faire pour la protéger et la faire respecter. Depuis plus d’un quart de siècle, nous avons cessé d’écrire l’histoire. Depuis plus d’un quart de siècle, nos pages d’histoire sont laides et raturées ; tellement laides que nous n’avons même pas le courage de les soumettre à la sanction publique.

Pour trouver des références historiques solides et indiscutables, il nous faut rouler deux siècles à reculons. Comme si en dehors de ces grands hommes qui ont fait la guerre de l’Indépendance, Haïti était fermée pour restructuration, tellement le produit haïtien de nos jours est de mauvaise qualité.

Il est aussi certain que l’arrogance avec laquelle le président américain nous a traités de latrines n’a pas caché son ignorance de l’histoire d’Haïti et des USA, des relations que ces deux pays ont tissées à travers le temps. Mais nous autres, nous vivons dans l’irréel .Toute notre gloire et notre fierté se sont retrouvées dans nos anciennes pages. Nous détruisons avec rage et conviction tout ce que nous avons trouvé comme acquis sans les remplacer.

Nous avons perdu le goût du travail, la volonté d’apprendre, la patience d’apprentissage, la ferme conviction d’être utiles, autonomes et productifs. Nous voulons tout avoir et rapidement sans produire un travail laborieux et constructif. Nous voulons occuper les meilleures positions sans aucune compétence. Nous représentons et dirigeons le pays sans leadership, sans vision, sans stratégie et sans politique publique .Nous n’éprouvons aucune honte, aucune gêne d’avoir bafoué à plusieurs reprises la dignité nationale, d’avoir mis le pays à genoux dans les assises internationales.

Evidemment, Trump a parlé de « latrines », mais il ignore que dans certaines sections communales, nous n’avons même pas une unité de latrines par quartier. Certaines écoles dans la capitale n’ont ni cour de recréation ni latrines. Les élèves prennent leur recréation en pleine rue et font leurs besoins dans des sachets noirs qu’ils déposent discrètement dans les détritus qui jonchent les rues ou bien ils les expédient à qui mieux mieux comme des parachutes. Ces écoles sont autorisées à fonctionner par les autorités haïtiennes.

Dans les restaurants mobiles que nous avons au Champ de Mars, rien ne protège les consommateurs contre l’usage de l’huile de cuisine recyclée et les couverts en plastique, les bouteilles en plastique recyclé. D’ailleurs, la collecte dans les fatras de ces couverts et ces bouteilles constitue un véritable métier pour les citoyens des bidonvilles qui ne fouttent rien. Certains grands restaurants ont des clients pour acheter l’huile de cuisine usagée. On fait une culture de maladie dans le pays. Le H pilori est bien à la mode.

Dans tous les pays, l’université remplit trois fonctions de base : la formation pour transformer le citoyen en technicien. Les recherches, pour être toujours à la pointe de l’actualité. Le service à la communauté pour faire descendre les connaissances dans la rue. Le défi par excellence de l’enseignement est de garder la connaissance vivante, de l’embellir, de la sauvegarder pour l’empêcher de devenir inerte et pour la transmettre au plus grand nombre. On rend ainsi les citoyens utiles à eux-mêmes, leurs familles, leurs communautés, leurs pays et l’humanité toute entière.

Comme service à communauté, nos étudiants organisent des manifestations à longueur de journée en perturbant la circulation .Ils se convertissent en de véritables « caoutchouc men » et en de vulgaires voyous pour abîmer la chaussée, contrarier les activités sans tenir compte du fait qu’ils évoluent dans des quartiers résidentiels, et que dans les familles il y a des enfants en bas âge, des personnes malades et des hôpitaux.

La vérité offensée

Donald Trump n’a fait qu’enfoncer une porte ouverte. Il a dit bien fort ce que d’autres pensent tout bas. Haïti est un pays d’assistanat notoire dans lequel rien ne marche sauf le vol .Nous ne faisons absolument rien pour nous valoriser. Comme pays essentiellement agricole, nous n’arrivons même pas à donner à manger à notre peuple. Notre dernier recensement remonte à 2003. Notre géographie comptabilise jusqu’aujourd’hui 8 millions d’habitants, alors que nous sommes plus de douze millions.

Haïti est devenue un pays en perpétuel état d’urgence, un pays de parias, un véritable boulet de canon pour la communauté internationale. L’Haïtien au lieu de manger trois fois par jour, mange trois jours parfois. Il n’arrive pas à se soigner s’il est malade. il n’a ni travail, ni métier, ni espoir. Nous ne nous sommes montrés ni raisonnables ni responsables à aucun point de vue. C’est ce que Trump nous dit à demi-mot.

Avoir le sens des responsabilités, c’est d’abord prendre conscience que chacune de nos décisions actualise certaines valeurs au détriment d’autres valeurs. Car toute décision est finalement un choix entre des valeurs nécessairement conflictuelles. Dans ce cas, être « responsable », c’est alors être capable de répondre à l’autre à partir du sens de notre agir ainsi que des raisons qui font que ce sens peut être un sens partagé.

On oublie trop souvent que l’Etat est une famille élargie dans laquelle certaines personnes doivent assumer des responsabilités. En regardant de plus près l’état de notre Etat, nous constatons que : on gaspille et pille les ressources publiques.. On meurt faute de soins.. On donne une éducation au rabais,. . On tue, on assassine à nouveau les héros de l’indépendance de même que les citoyens civils pour des raisons diverses .La justice est un vain mot et l’Etat de droit, une illusion. La justice appartient aux plus forts. C’est ce que Trump nous dit.

On débloque de l’argent pour la réalisation et l’exécution de projets. L’argent est dépensé mais les projets ne sont pas réalisés.. Les institutions fonctionnent mal.. On paie pour des services non fournis. . On consomme des produits de mauvaise qualité et parfois même avariés.... On n’arrive pas à contrôler tout le territoire.. Les villes se transforment en marchés qui poussent partout comme des champignons sauvages, sans planification.

Dans un même pays, on forme des citoyens à plusieurs vitesses. . Après plus de deux siècles d’indépendance, seulement deux procès historiques ont été réalisés pour faux en écriture publique, vols, concussions et détournements de fonds : le procès de la Consolidation et celui des Timbres ; alors que la corruption fait toujours rage et s’est confortablement installée dans notre système comme du sang dans nos veines.. Le vol, le viol, la concussion, la dilapidation sont généralisés.. Des mots odieux assiègent nos stations de radio sans égard pour les oreilles chastes et des bêtises crues ont remplacé les pianos dans les salons..

Des associations de malfaiteurs et des réseaux mafieux fonctionnent à ciel ouvert au vu et au su de tout le monde.. La contrebande inonde toutes nos cellules. . On n’a pas de monnaie dans le pays.. On ment au plus haut niveau à longueur de journée.. On a plus d’étudiants haïtiens en Dominicanie qu’en Haïti.. Les facultés d’Etat d’Haïti ont une très faible capacité d’accueil.. Aux USA, plus de 50.000 familles haïtiennes s'inquiètent de leur avenir.. On vit une grave insécurité alimentaire. . Sept ans après le passage du tremblement de terre du 12 janvier 2010, certaines de nos familles sont encore sous des tentes. Le dernier recensement remonte à 2003. Il faut prier tous les saints du ciel et entreprendre tout un pèlerinage pour retirer une carte électorale. On abroge une loi fiscale à l’intérieur d’une loi de finances qui est une loi spécifique.

Pour les affaires sérieuses et les dossiers importants, comme le sport, les affaires étrangères et la culture, on n’a jamais ni temps, ni argent, ni moyens, ni compétences. On a des failles et des lacunes partout et dans tous les domaines sans distinction. De simples citoyens se transforment en policiers après seulement moins d’un an de formation et on parle de bavures policières à longueur de journée. Le recrutement des membres des FAd'H s’assimile à une véritable orgie sans mission, sans vision et sans stratégie. On improvise partout et à tous les niveaux, des amateurs sillonnent toutes les avenues du pouvoir .On n’arrive même pas à faire des appels d’offres sérieux et responsables pour les contrats juteux avec un suivi régulier, mais on veut organiser des concours pour intégrer la fonction publique.

Avec l’argent d’un viaduc, on construit un « Car Wash ». Avec l’argent d’un marché, on réalise un parc à bestiaux. Avec l’argent d’un stade, on construit une gaguère. Avec l’argent d’un hôpital, on construit une galère pendant que nous continuons à former des médecins sans hôpitaux. Nous payons un prix fort pour le « black –out ». Nos rues sont défoncées. Certaines zones sont privées d’eau depuis plus d’une année. La tricherie à l’école est un tableau d’honneur que ce soit pour les parents, les directeurs d’écoles, les élèves ou les responsables du ministère.

La surfacturation est un sacrement administré aux grands commis et le taux de change un sémaphore qui gagne en hauteur de jour en jour. Certains prêtres et pasteurs sont encore plus dévergondés que les fidèles. Certaines de nos facultés sont dysfonctionnelles depuis des lustres et n’arrivent même pas à ouvrir un registre d’inscription pour la nouvelle année académique pendant que les professeurs retirent leur chèque chaque mois. Nous sommes dans l’incapacité totale de gérer les détritus, le flot de candidats à réussir au baccalauréat, le blocus aux heures de pointe, la sécurité de la population. Les notions de civisme, d’entraîde, d’honnêteté et de solidarité ont disparu. C’est ce que Trump nous dit.

Finalement, on se demande si la pile qui fait marcher l’horloge de la nation n’est pas dysfonctionnelle. Tout ce qui est simple et ordinaire ailleurs est inconcevable, irréalisable, compliqué, et difficile chez nous. Certains grands commis de l’Etat épargnent de l’argent pour quatre générations avec un salaire de misère.. On installe une culture de la corruption. Elle apparaît comme des médailles décrochées aux jeux olympiques. On salue les prouesses des athlètes avec déférences et honneurs. Ces décorations envahissent tout notre être, comme l'air que nous respirons et qui fait de nous le pays le plus pauvre de l’hémisphère et l’un des pays les plus corrompus de la planète. On doit dire merci à Trump pour ce réveil brutal qu’il a provoqué chez nous en dépit du fait que nous n’apprécions pas la manière !

On n’accorde pas de boni aux pensionnaires. . Nos structures sont surannées, dépassées.. Notre Etat est un Etat failli. Parce que voler l’Etat, ce n’est pas voler. Nous prenons une direction où la responsabilité est un vain mot ; la reddition des comptes, une abstraction ; la décharge, une illusion. Haïti est un pays où la corruption est présentée comme un trophée que l’on donne à une équipe championne sur un plateau en or et où les gens honnêtes et sérieux sont condamnés à une peine afflictive et infâmante. Quelle ineptie, pense Trump !

On veut combattre la corruption uniquement avec des mots et des slogans, mais sans une volonté politique réelle. Personne ne veut prendre la responsabilité dans les faits de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. Comme on est à l’ère de la banane, notre justice n’a de force que sur les bananes pourries. Elle n’ose même pas affronter celles qui sont musclées et musquées.. Haïti est le pays des contrastes par excellence. Nous sommes tous coupables ; d’ailleurs, en quoi ça dérange !

Islam Louis Etienne

Url de cet article : http://lenouvelliste.com/article/182112/jovenel-moise-remet-40-nouveaux-moulins-aux-agriculteurs-de-lartibonite

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