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Haïti. Un vote dans le calme

22 Nov 2016 Le Nouvelliste
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Port-au-Prince. Mardi 22 Novembre 2016. Le Nouvelliste/CCN. Sur la communauté métropolitaine urbaine de Port-au-Prince, le ciel a tissé une couverture en laine pour masquer le soleil qui traîne ses pas, comme ce processus électoral long et éreintant dans lequel Haïti s’est engagée depuis plus d’un an pour élire son président. Sans euphorie, la première petite vague d’électeurs découvrent une organisation « correcte » et des matériels de vote acceptables. La patronne de la Minustah, Sandra Honoré, et l’ambassadeur de France, Elisabeth Béton Délègue, prennent acte, confient leur « satisfaction » à des journalistes, aux premières heures de la matinée, dimanche 20 novembre 2016.

Cette fois, il y a des isoloirs qui isolent, des tentes capables de résister à la pluie, de l’encre indélébile qui est tout sauf débile », témoigne, sourire en coin, une femme dans la trentaine, au centre de vote de l’Ecole nationale Daguesseau Lespinasse, à la rue Piquant, au Champ de Mars. Dans la cour de l’école, une quinquagénaire crache des insultes. Elle apostrophe les membres de son BV, des « philosophes cons » qui ne parviennent pas à trouver son nom sur la liste des électeurs. Elle a ses habitudes. « En 2015, j’avais voté au bureau de vote # 1 », balance-t-elle avant qu’un superviseur attentif, psychologue sur le bord, n’accompagne cette femme caractérielle pour chercher son nom sur des listes collées sur des tentes bleues commandées par le CEP.

Ce coup de gueule, petit café chaud pour chauffer des nerfs refroidis par la brise du matin, n’a pas déconcentré les policiers qui filtrent, contrôlent et s’assurent que les électeurs ne sont pas armés, qu’ils détiennent leurs cartes d’indentification nationale les habilitant à voter. Tout près, de l’autre coté, presque en face du MUPANAH, des chars de la Minustah sont en faction. « La ville est bien bouclée. On fait le job », assure un inspecteur de police, physique de déménageur, courtois comme un majordome. Au Bel-Air, à Sans-Fil, la police, au besoin, érige des barricades pour interdire l’accès aux véhicules non autorisés.

En empruntant la mythique grand-rue, devenue plus qu’une porcherie, un immense dépotoir à ciel ouvert, un acte d’accusation pour négligence, incapacité flagrante du nouveau maire de Port-au-Prince, il faut moins de cinq minutes pour atteindre le centre de vote du Foyer culturel St-Vincent de Paul de Boston, l’un des quartiers chauds de Cité Soleil où les différents entre seigneurs de guerre se règlent à coups de revolver. Dans les 34 centres de vote, les opérations se déroulent correctement, sans incident majeur, comme dans celui installé dans le lycée de Cité Soleil, non loin de Soleil 17 où l’on ne compte plus les pans de mur éventrés par des projectiles de gros calibre au temps des affrontements armés entre civils et Casques bleus, après le départ pour l’exil de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide en 2004. « Je vais voter oui dor », plaisante un jeune homme qui a des tresses et le nom du candidat de son choix sur les lèvres. Ici, il n’y a pas d’inhibition. « Voter quelqu’un d’autre, c’est trahir », affirme-t-il, à l’entrée d’un corridor où des marchandes de pain, de pâté, d’œufs, de hot dog crient leur commerce.

Le jour du vote ressemble à un jour de fête

Au centre de vote de l’Ecole nationale de Cazeau, celui du Lycée Jean-Marie Vincent à Carradeux, Tabarre, des militants font le pied de grue, attendent Jean-Bertrand Aristide dont la posture plus que présidentielle, telle une ombre, éclipse la championne du parti, Maryse Narcisse. Là aussi, il y a des électeurs marqués, comme à Pétion-Ville où Jude Célestin a voté, dans un patelin du Nord-Est, adresse du centre de vote de Jovenel Moïse, du Cap-Haïtien où Moïse Jean-Charles a voté. Dans la majorité des centres de vote, loin de l’agitation médiatique, le secret du vote est la règle. Ils ne pipent mot. Pas une indication, quelques heures après le vote du chef de l’État pour la « stabilité ».

Entre-temps, à Jérémie, ville ravagée par l’ouragan Matthew, les électeurs votent dans le calme. Sur Facebook, la photo d’électeurs faisant la queue sous la pluie, au Cap-Haïtien, marque la différence entre les abstentionnistes sonores ayant des opinions sur tout et ceux qui agissent, votent, s’accrochent à leur droit de gueuler et à l’espoir que le mieux-être sera finalement le fruit de la démocratie. Pour Léopold Berlanger, les élections du 20 novembre sont « une victoire pour la démocratie ». C’est le CEP, rappelle-t-il aussi, qui est habilité à proclamer les résultats.

Source: lenouvelliste.com

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