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Haïti. Raoul Peck nominé aux Oscars pour son documentaire « Je ne suis pas votre nègre »

25 Jan 2017
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Port-au-Prince. Mercredi 25 Janvier. Lenouvelliste/CCN. James Baldwin (2 août 1924 – 1er décembre 1987), cet écrivain noir américain, romancier, poète, auteur de nouvelles, de théâtre, d’essais, est ressuscité sur grand écran par le cinéaste haïtien Raoul Peck. Son film documentaire au titre évocateur « Je ne suis pas votre nègre » est nominé mardi aux Oscars. Cette célébration de l'industrie hollywoodienne depuis 1929 salue les meilleures réalisations cinématographiques du monde entier. 

L’acteur américain Samuel L. Jackson, très connu dans ses rôles de policier, qui a crevé l’écran dans « Pulp Fiction) », prête sa voix au personnage Baldwin dans la version américaine. Peck a fait savoir que le comédien Didier Morville, alias JoeyStarr, ce pilier du rap français, ferait de même pour la française. Bientôt, elle sera diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte. 

Un défenseur des droits civiques

Baldwin est une figure emblématique de la lutte des droits civiques aux États-Unis. Dans une conférence à Café philo, en mai 2014, Dany Laferrière avait déclaré à un parterre de jeunes que « Baldwin est un écrivain prophétique. » Il est prophétique, selon lui, parce qu’il s’est dévoilé pour voir les choses dans leur nudité.

Laferrière avait présenté ainsi cet écrivain noir américain : « James Baldwin, maigre, yeux globuleux, homosexuel en 1950, habitait Harlem. Voilà qu’un jeune homme qui n’a pas fait les grandes universités vient de lancer aux États-Unis un livre exceptionnel : Personne ne connaît mon nom (Nobody knows my name). Il l’a écrit parce que son père, qui était en fait son beau-père, était Baldwin. Ce dernier était tellement complexé d’être un nègre en Amérique que le jeune Baldwin, un jour, lui a dit : ce nom qui te révolte, ce nom que tu maudis, j’en ferai un nom universellement connu. Et depuis son premier roman, son nom n’a pas quitté les librairies et les bibliothèques ».

« Personne ne connaît mon nom », ce livre de réflexion sur l’Amérique, n’était pas attendu par les intellos de Harvard, on attendait de ce jeune des ghettos de Harlem un recueil de poèmes, à la limite une fiction. Et voilà qu’il se lance avec toute sa puissance intellectuelle dans un essai bouleversant qui propose la solution de bon sens aux bien-pensants de Harvard. 

Aux jeunes de Café philo, Laferrière évoque les paroles de l’enfant de David Baldwin, ouvrier d'usine et prédicateur. « Baldwin dit : les Noirs ne retourneront pas en Afrique. Les Blancs ne retourneront pas en Europe. Nous sommes condamnés à vivre ici. Que nous le voulions ou non ! Il va donner une grande leçon à l’Amérique blanche. Il leur dit : réfléchissons. Il leur fait un avertissement dans son prochain livre : The Fire Next Time (La prochaine fois, le feu). Un verset de la Bible. »

Baldwin se demandait comment les États-Unis, une nation si puissante et si riche, pouvaient en arriver là. 

Dans un contexte où son film est à l’honneur parmi d’autres réalisations en anglais qui attendent d’être récompensées, Peck a rappelé qu’on a beaucoup puisé dans les écrits de cet écrivain afro-américain. Il a influencé écrivains et artistes; notons : Toni Morrison, Jean Genet, Maya Angelou, Elia Kazan, Joséphine Baker, Lee Strasberg, Robert Cordier, Miles Davis, Allen Ginsberg.

Pour tisser le discours de son film documentaire « Je ne suis pas votre nègre », le cinéaste haïtien a récolté les mots que Baldwin a semés dans son œuvre. « Baldwin, on le pille sans le citer », a reconnu Raoul Peck.

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