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Haïti. La coopération haïtiano-cubaine se porte mal

02 Fév 2017
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Port-au-Prince. Jeudi 2 Février 2017. Lenouvelliste/CCN. La coopération haïtiano-cubaine dans le domaine de la santé se porte mal, notamment le programme d’octroi de bourses, selon la responsable de la coopération.  

Margaret Ostrel Sanon soutient que l’État ne respecte plus les normes établies depuis environ sept ans. Les bourses sont essentiellement accordées selon les accointances politiques et non plus sur la base de concours. Ceci n’est pas sans conséquence: le rendement des boursiers a baissé.

La période où nos boursiers haïtiens étonnaient les dirigeants cubains par leurs rendements académiques est derrière nous. Depuis sept ans, ce ne sont pas les meilleurs haïtiens qui partent à Cuba pour des études de médecine. Sans ambages, Margaret Ostrel Sanon, responsable de cette coopération depuis 2006, explique pourquoi on est arrivé là.  

« La normalisation qu’on appliquait au programme de bourses pour les étudiants à Cuba n’est plus respectée. Au début, l’octroi des bourses se faisait sur la base de concours, organisés dans tous les dix départements du pays. La chance a été donnée à tous ceux qui voulaient faire des études de médecine mais qui n’en avaient pas les moyens. Et à l’issue des concours, on choisissait les meilleurs. Mais, depuis environ sept ans, les bénéficiaires sont des gens qui ont des accointances politiques », a-t-elle révélé.

La responsable de la coopération haïtiano-cubaine, lors d’un entretien exclusif, a rappelé que dans le passé, les Cubains étaient très étonnés de la performance de nos brillants Haïtiens. Il y a même des boursiers qui dépassaient les Cubains dans les résultats académiques. Mais ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, on enregistre des boursiers qui sont dans l’incapacité de poursuivre leur cycle d’études.  

« Quand un boursier n’a pas les prérequis pour continuer les études de médecine, les Cubains l'orientent vers un autre cours qui exige de lui moins d’effort. Ils le dirigent vers un programme paramédical comme technique de laboratoire, physiothérapie, réhabilitation », a affirmé Margaret Ostrel Sanon, louangeant la bonté des Cubains.

Dans le temps, la République castriste octroyait 60 à 100 bourses par année à l’État haïtien. Actuellement, le nombre de bourses octroyées a diminué. « On nous accorde une dizaine ou une douzaine de bourses à présent», a précisé la responsable. Margaret Ostrel Sanon informe que les coopérants cubains, principalement l’ambassadeur lui avaient dit, l’année derrière, si la manière dont on octroie les bourses ne change pas, l’ambassade de Cuba ne confiera plus les bourses à l’État haïtien. L’ambassade va lui-même s’organiser pour recruter les bénéficiaires.  

« Je comprends ce dont il nous reproche », a-t-elle martelé avant d’exprimer son impuissance. « Vous savez, en Haïti, tout est politisé », a-t-elle dit, ajoutant que bien des fois, les bourses sont accordées à l'insu du ministère. C’est de là, selon lui, que les problèmes surgissent. « Tant qu'ls ne passent pas par le ministère de la Santé publique, on a aucun contact avec eux. Ils ne sont pas sous la responsabilité du MSPP. Ils n’ont pas droit à une allocation. Ils sont livrés à eux-mêmes quand ils arrivent à Cuba», a-t-elle indiqué, arguant que les boursiers qui ont été recrutés sur la base de concours bénéficient d’une allocation de 100 dollars chaque mois.

Selon Margaret Ostrel Sanon, « les boursiers ont toujours besoin d’un petit quelque chose pour subvenir à leurs besoins. Quand ils ne reçoivent rien, ils souffrent. Cela a d'ailleurs des répercussions sur leurs résultats académiques.  

À Cuba certains boursiers s’investissent dans le commerce

« Ils ne le font pas parce qu’ils sont en difficulté. C’est en quelque sorte une pratique. Des boursiers des autres pays le font également. Quand ils sont en voyage, ils en profitent pour acheter des trucs (vêtements sous-vêtements…) pour revendre à leurs amis cubains deux, trois fois plus chers en revenant au pays», a expliqué le député Sinal Bertrand, ancien boursier qui croit que la coopération haïtiano-cubaine dans le domaine de la santé doit être révisée. Selon lui, « Haïti n’a plus besoin de médecins généralistes, encore moins de techniciens». «On a besoin des spécialistes, des neurochirurgiens et autres », a insisté le Dr Sinal Bertrand.  

Déperdition de 40% des boursiers, le MSPP ne respecte pas son contrat

Dans le cadre du contrat, le ministère de la Santé publique s’engage à fournir un emploi de médecin à tous les boursiers. Ce que l’État n’a pas respecté. « Je ne crois pas que ce soit un problème d’argent. C’est plutôt un problème d’organisation. L’État ne s’organise pas pour absorber les ressources humaines dont il a besoin », a soutenu Margaret Ostrel Sanon, qui parle sans langue de bois. « Je pense que c’est une question de priorité et d’organisation. Si on priorise la santé; on va prendre les mesures pour trouver les moyens et sans l’aide internationale », a-t-elle renchéri, confiante que 40% de nos plus talentueux et brillants médecins ont quitté le pays. À noter que le député Sinal Bertrand a fait savoir que c’est grâce à lui que 400 anciens boursiers de Cuba ont pu intégrer la fonction publique. Mais il y a encore bon nombre qui sont oubliés par L’Etat.  

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