Breaking News

Haïti. Corruption: à quand un sursaut de la majorité silencieuse ?

13 Fév 2017
2502 fois

Port-au-Prince. Lundi 13 Février 2017. Lenouvelliste/CCN. A regarder de près l’impressionnante mobilisation citoyenne en République dominicaine pour dénoncer fin janvier l’impunité enveloppant l’affaire d’Odebrecht et les 92 millions de dollars copieusement versés en pots-de-vin pendant une décennie environ ; à constater la grogne populaire en Roumanie à l’annonce du gouvernement d’assouplir la législation anticorruption, poussant le Premier ministre à abandonner ce texte controversé qui a poussé des milliers de Roumains dans la rue pendant plus d’une semaine, on se dit qu’Haïti a encore un long chemin à parcourir en matière de lutte contre la corruption.  

Résignés, les Haïtiens subissent, impassibles, les contrecoups de la corruption généralisée qui gangrène toutes les sphères du pouvoir politique. Chaque année, le pays se retrouve parmi les pires élèves dans l’Indice de perception de la corruption de Transparency International sans que cela n’affecte plus grand monde. Pour l’année 2016, Haïti occupe la 159e place sur un total de 176 pays examinés par l’Indice, avec un score de 20 points sur 100.

Pour l’organisme mondial, véritable chien de garde dans la lutte contre la corruption, le rang peu enviable d’unique PMA (Pays moins avancé) détenu par Haïti dans les Amériques est logiquement imputable à son très haut niveau de corruption que ses dirigeants peinent à combattre efficacement. Pour un pays comme Haïti qui est depuis toujours sous perfusion de l’aide internationale, cette corruption à grande échelle freine donc son développement et éloigne de ses rives chaque jour un peu plus les investissements directs étrangers. 

Avec ce nouveau pouvoir à peine investi, Haïti n’a pas le choix et se doit d’envoyer un signal fort à ses bailleurs et ses donateurs si elle veut se démarquer de cette étiquette de pays corrompu. Le président de l’Assemblée nationale, avant de passer l’écharpe au nouveau président de la République, dans son discours, a plaidé pour que la lutte contre la corruption soit inscrite parmi les priorités de l’action gouvernementale. Le chef de l’État, un peu plus tard, dans son discours d’investiture, a promis de mener une lutte sans merci contre ce fléau.

Des mesures claires et des directives précises doivent être prises par la nouvelle équipe au timon des affaires pour renouveler la confiance de la population envers les élus et les serviteurs de l’État. Il est grand temps que la lutte contre la corruption ne se résume plus à un simple discours populiste et électoraliste. Et, pour parvenir à ce changement de paradigme, les décideurs pourraient commencer par rendre plus transparent le processus budgétaire comme le réclame l’envoyée spéciale de la Banque mondiale en Haïti, Mary Barton-Dock. « Il faut beaucoup plus de transparence sur le processus budgétaire, sur la façon dont les ressources sont utilisées », avait en effet exigé cette dernière lors du lancement, le 2 février dernier, du portail du budget ouvert – BOOST, une plateforme en ligne désormais disponible sur le site du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).  

Le ministre de l’Économie et des Finances, Yves Romain Bastien, qui procédait au lancement de ce portail, développé avec l’appui de la Banque mondiale, n’y est pas allé par quatre chemins pour faire savoir qu’avec ses 122 milliards de gourdes, Haïti dispose du budget le plus bas de la Caraïbe et occupe le 17e rang en termes de ressources domestiques collectées. Cette sortie du grand argentier, en fin de mandat, s’apparente donc à un avertissement au peuple haïtien, aux agents économiques et aux autorités concernées en particulier qui doivent se mobiliser pour barrer la route aux dilapidateurs des fonds publics. Car, rappelle t-il, une gestion efficace de nos maigres ressources est plus que jamais indispensable dans un contexte de contraintes budgétaires suite aux milliards de gourdes en pertes et dommages causés par Matthew et au déclin de l’aide internationale.  

Évaluer cet élément
(0 Votes)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires