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Haïti. Des Haïtiens délogés à Tijuana pour faire de la place aux Mexicains déportés par Trump

24 Fév 2017
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Port-au-Prince. Vendredi 24 Février 2017. Lenouvelliste/CCN.  Les responsables à Tijuana ont commencé à expulser des réfuges les migrants haïtiens, par mesure de précaution au cas où le gouvernement américain, dirigé par Donald Trump, commencerait à déporter les migrants mexicains. 

Les autorités demandent aux étrangers de se donner les moyens pour devenir indépendants et leur fournissent le cas échéant du soutien pour régulariser leur séjour en terre mexicaine ou pour retourner dans leur pays d’origine, ont fait savoir les médias locaux. La travailleuse sociale du Centre Mère Assunta pour les femmes migrantes, Mary Galvan Romero, explique que les Haïtiens commencent à manifester de l’intérêt pour rester au Mexique en apprenant les nouvelles concernant de possibles déportations massives des États-Unis. Certains d’entre eux sont logés depuis trois mois et d'autres jusqu'à quatre mois. « Ils ne veulent pas s’en aller et je dois faire de la place pour les Mexicains », a-t-elle indiqué.

Pour l’instant, a-t-elle ajouté, aucun déporté en provenance des États-Unis n’est encore arrivé au refuge qui loge 130 personnes en moyenne, qui ont vu leur demande d'asile rejetée. Certains restent à Tijuana pour essayer d’entrer à nouveau aux États-Unis. 35 Haïtiens se trouvent actuellement au Centre Mère Assunta, en attendant de s’établir définitivement à Tijuana, et 25 Mexicains déportés après avoir demandé l'asile aux États-Unis et certaines femmes d'Amérique centrale qui cherchent à traverser la frontière.  

Les migrants haïtiens et africains se retrouvent à Tijuana après avoir tenté de rejoindre les États-Unis, mais ils ont renoncé lorsque les autorités américaines ont commencé à les expulser. La présence d'immigrants haïtiens à Tijuana a changé le mode de vie dans cet État du Nord du Mexique. Les milliers d'Haïtiens ne passent pas inaperçus dans une ville avec une population d'origine africaine presque inexistante.  

Un petit restaurant dans le centre de Tijuana, la Lonchería Dulce, connu pour plats typiques mexicains, a décidé de changer son menu sur demande de cinq femmes haïtiennes qui avaient envie de redonner aux 2 000 Haïtiens nostalgiques, bloqués à la ville frontalière, le goût de la gastronomie traditionnelle haïtienne.

Ainsi donc est né le premier restaurant haïtien à Tijuana. 

La Lonchería Dulce a déjà un mois vendant des plats haïtiens, du poulet frit avec des légumes, du riz et des haricots pour 40 pesos (deux dollars). Elle a cessé d'offrir des tacos et tortas pour leur servir un repas qui leur rappelle la mère patrie. Fausta Rosalia, propriétaire du restaurant, confie que le nouveau menu a réussi à transcender les barrières culturelles. « Maintenant, les Mexicains viennent, les Américains aussi. L'autre jour, une dame est venue en provenance de l’autre côté de la frontière et m'a demandé des plats à emporter », a-t-elle fait savoir.  

Le petit restaurant est devenu si populaire et a tellement de demandes que les clients arrivent tôt pour se faire servir à manger. On leur donne une carte pour qu'ils puissent revenir plus tard pour manger.

La plupart des Haïtiens ont passé trois mois à voyager, ce par voie terrestre en provenance du Brésil. Beaucoup d'entre eux se sont installés dans ce pays sud-américain après le séisme de 2010 qui a dévasté le Sud d'Haïti. Le gouvernement brésilien avait offert aux Haïtiens des incitations pour qu’ils travaillent dans la construction des stades pour la Coupe du monde et les Jeux Olympiques. Mais le rêve brésilien s’est évaporé et maintenant beaucoup d’entre eux prennent la direction du nord.  

Jusqu'à récemment, le gouvernement américain a offert le statut de protection temporaire ou TPS aux victimes du tremblement de terre en 2010. Cela a permis à de nombreux immigrants haïtiens d’éviter la déportation et de recevoir un visa humanitaire pour rester aux États-Unis.

Cependant, le 22 septembre 2016, le Département américain de la Sécurité intérieure a annoncé qu'il supprimait cette politique d'immigration pour les Haïtiens. Les Haïtiens doivent maintenant demander l'asile aux États-Unis et risquent l'expulsion s’ils ne reçoivent pas ce statut juridique. 

La plupart des Haïtiens traversent l'Equateur, le Pérou, la Colombie et le reste de l'Amérique centrale pour atteindre le Mexique. Ils restent au Mexique 20 à 30 jours sans être expulsés et profitent de ce répit pour atteindre le Nord du Mexique et essayer d'entrer aux États-Unis.

Depuis mai, les refuges à Tijuana sont remplis d’immigrants haïtiens. Les autorités d'immigration aux États-Unis ont demandé à leurs homologues mexicains de contrôler le flux. Les Haïtiens doivent s’inscrire sur les listes des organisations humanitaires à Tijuana pour trouver l’aide des organismes gouvernementaux et les autorités de l'immigration. 50 à 100 immigrés sont assistés par jour pour leur demande d'asile aux États-Unis.  

Le flux migratoire des Haïtiens semble faire ressortir le meilleur et le pire de Tijuana. Certains commerçants du centre-ville ont commencé à se plaindre de la présence des immigrés « noirs » dans les rues. Ils ont également créé des groupes Facebook contre les Haïtiens. La nourriture de leur pays natal semble leur donner une paix intérieure et pendant quelques minutes ils ont la sensation qu’ils n’ont jamais quitté leur patelin.  

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