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Haïti. L’ONU peine à trouver des fonds pour lutter contre le choléra en Haïti

22 Mar 2017
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Port-au-Prince. Mercredi 22 mars 2017. Lenouvelliste/CCN. Un appel du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, pour lever des fonds afin de venir en aide aux victimes du choléra en Haïti n'a pas été suffisamment entendu. L’organisation n'a recueilli que 2 millions de dollars sur les 400 millions visés et seuls six des 193 États membres ont mis la main à la poche, ont indiqué lundi des fonctionnaires onusiens cités par l’Agence France Presse (AFP). 

L'objectif était de recueillir 400 millions de dollars en deux ans. Le mois dernier, estimant qu'il avait seulement récolté 2%, Antonio Guterres a écrit à tous les pays membres de l'ONU renouvellant l'appel pour aider Haïti, où plus de 9 000 personnes sont mortes du choléra depuis que l'épidémie a éclaté en 2010. Un seul pays a répondu, la Grande-Bretagne, avec une promesse de 622 000 dollars. La Corée du Sud, la France, le Liechtenstein, l'Inde et le Chili peuvent être ajoutés à cette courte liste des contributeurs au premier appel. Au total, le fonds s’élève maintenant à près de deux millions de dollars. Le Canada et le Japon ont de leur côté versé 7 millions de dollars pour aider Haïti. António Guterres avait fixé le 6 mars comme date limite pour les contributions, se proposait, si elles étaient insuffisantes, de rechercher des solutions alternatives.

Selon le New York Times, l’actuel patron de l’ONU aurait évoqué la possibilité d'une cotisation obligatoire s'il n'y avait pas de gages significatifs de la part des autres États membres. Cependant, toujours selon le quotidien américain, des diplomates et des fonctionnaires des Nations unies, en privé, ont fait savoir qu'il avait abandonné cette idée, en partie en raison de la forte résistance de certains membres puissants, y compris les États-Unis. Les diplomates ont aussi révélé qu'une partie du problème pouvait être attribuée à la simple fatigue des bailleurs de fonds, ainsi qu'à la réticence de nombreux pays à prendre des engagements financiers sans la certitude que l'argent serait utilisé efficacement. 

Plus loin, le New York Times constate que l'effort de collecte de fonds a tendance à se compliquer davantage avec l'intention de l'administration Trump de réduire les dépenses consacrées à l'aide étrangère. Les États-Unis, qui sont historiquement l'une des principales sources d'aide étrangère d'Haïti, sont également la principale source de financement des Nations unies, qui risquent maintenant de faire face à des choix douloureux quant à la répartition de ces ressources amoindries.

Ross Mountain, un ancien fonctionnaire de l'aide des Nations unies qui est son principal conseiller pour le choléra en Haïti, a déclaré qu'un certain nombre d'idées concernant le financement étaient en discussion. «400 millions de dollars ne sont pas une somme très importante, compte tenu des circonstances, nous sommes tous très conscients des demandes concurrentes», a-t-il fait savoir au Times. 

Le nouvel ambassadeur de Trump aux Nations unies, M. Nikki R. Haley, qui a qualifié la crise du choléra de «tout à fait dévastateur», n'a pas répondu aux demandes de commentaires du Times sur le problème du financement. Mais devant le Sénat américain en janvier, Mme Haley a fait la déclaration suivante : «Nous allons devoir le faire correctement avec Haïti, sans aucun doute, et l'ONU va devoir assumer sa responsabilité. »

Pour le Dr Louise Ivers, conseillère politique senior de Partners in Health, une organisation internationale d'aide médicale qui travaille depuis longtemps en Haïti, l’ONU a sur les bras la plus grande épidémie de choléra et « près de sept ans plus tard, c'est toujours un gros problème. » 

Comparée à d'autres catastrophes auxquelles sont confrontées les Nations unies, comme la crise des réfugiés en Syrie et la famine qui menace 20 millions de personnes au Yémen et dans certaines parties de l'Afrique, la crise en Haïti pourrait ne pas s'aggraver. Mais à la différence des autres, la cause directe en Haïti est attribuée aux Nations unies, a rappelé le New York Times.

Ce fait pesait sur les épaules du précèdent secrétaire général, M. Ban, jusqu'à la fin de son mandat. « Pour le peuple haïtien, mais aussi pour l'Organisation des Nations unies elle-même, nous avons la responsabilité morale d'agir », a-t-il dit à l'Assemblée générale le 1er décembre 2016. « Nous avons une responsabilité collective à remplir. » 

Les groupes de défense des droits qui avaient été quelque peu réconfortés par les propos de M. Ban se sont de plus en plus inquiétés non seulement du manque d'argent, mais aussi de l'absence de clarté dans la façon dont la partie «assistance matérielle et soutien» du plan, 400 millions de dollars visés, sera utilisée.

Deux principaux groupes de défense des victimes du choléra haïtien, le Bureau des avocats internationaux et l'Institut pour la justice et la démocratie en Haïti ont envoyé jeudi une lettre à M. Guterres, demandant une réunion et exprimant la crainte que « la trajectoire actuelle de collecte de fonds et l'élaboration de la nouvelle approche ne trahissent les promesses faites par l'ONU d'une réponse significative et responsable en Haïti. »

Les législateurs américains qui critiquent la réaction des Nations unies en Haïti ont également exercé des pressions sur l'organisation. « Les Nations unies ont reconnu avoir commis des actes répréhensibles et promis de créer un fonds pour fournir une restitution au peuple d'Haïti victime du choléra », a déclaré le représentant démocrate du Michigan, John Conyers Jr., dans un communiqué publié la semaine dernière dans lequel il reconnait que l’organisation « n’a pas réussi à respecter ces promesses. »

Le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a fait savoir que la recherche de financement allait se poursuivre. «Nous poursuivrons nos efforts pour mobiliser des fonds pour cette nouvelle recrudescence du choléra en Haïti afin de réduire l'incidence de la maladie », a-t-il dit, rapporte l’AFP. 

En s’excusant auprès des Haïtiens pour l'épidémie de choléra qui ravage leur pays depuis plus de six ans - causée par des Casques bleus infectés envoyés pour les protéger-, l’ex-chef des Nations unies, Ban Ki-moon, avait évoqué la «responsabilité morale» de faire les choses correctement.

Les excuses, annoncées en décembre, ainsi que la stratégie de 400 millions de dollars pour lutter contre l'épidémie et «fournir aide matérielle et soutien» aux victimes constituent donc un rare acte de contrition de la part des Nations unies qui, sous le leadership de Ban Ki-moon, avaient toujours rejeté toute accusation d’avoir introduit l'épidémie, l'une des plus graves épidémies de choléra des temps modernes.

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