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Haïti. La hausse du taux de change appauvrit…

29 Mar 2017
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Port-au-Prince. Mercredi 29 mars 2017. Lenouvelliste/CCN. La circulation des deux monnaies (la gourde et le dollar) dans l'économie haïtienne n'en finit pas de constituer un problème de taille pour les salariés. 

En effet, certaines entreprises et institutions locales continuent de facturer en dollars leurs clients malgré une interdiction du gouvernement. Une telle décision dans un pays où la quasi totalité des salariés touchent en gourdes est pénalisante pour ces derniers, dans la mesure où la stagnation des salaires qui est inversement proportionnelle à la dépreciation folle de la monnaie locale, tend à appauvrir davantage les ménages. 

Stéphanie, jeune mère de deux enfants, décide de les envoyer dans un respectable établissement scolaire de la capitale pour leur offrir une éducation de qualité. Cependant, cette institution ne perçoit le paiement des scolarités qu’en dollars américains. Et, avec la dégringolade récurrente de la gourde, la jeune mère fait face à l’obligation de trouver chaque mois de plus en plus de gourdes pour payer l’écolage de ses progénitures. C’est le cas de beaucoup de familles qui s’achètent des biens et services dont les prix ne sont fixés qu’en dollars américains.  

Cette situation s’applique dans divers domaines d’affaires dans le pays. Certains biens et services ne s’achètent qu’en dollars américains. Dans le domaine du logement, les prix en dollars américains prennent le dessus. Par exemple, presque toutes les maisons plus ou moins décentes dans la zone métropolitaine sont affermées (ou vendues) en billets verts, alors que les locataires doivent trouver plus de gourdes même si le loyer n’est pas augmenté. « Je paie mon loyer 350 dollars américains par mois, et je suis obligée de trouver plus de gourdes chaque mois pour m’acheter des dollars afin de payer mon loyer », a fait savoir Lourdes N. Simon, une citoyenne de Pétion-Ville, ajoutant que la dévaluation de la gourde lui cause d’énormes préjudices.

C’est le même constat dans le domaine de l’hôtellerie. Les prix des services sont affichés en dollars américains souvent payables au taux du jour. Une situation qui tend à se généraliser à telle enseigne que le ministère du Commerce et de l’Industrie, dans une note rendue publique le 21 février dernier, a rappelé à tous les prestataires de services qu’ils ont l’obligation d’afficher leur prix en monnaie locale pour tous les services offerts en Haïti. Mais une note qui n’a pas du tout d’influence sur les prestataires.  

D’après l’économiste Helph Monod Honorat, doctorant en économie, il y a circulation de deux monnaies sur le marché. « C'est une mauvaise chose parce que la plupart des salaires sont libellés en gourdes », a-t-il expliqué, ajoutant que la détérioration continuelle du taux de change érode le pouvoir d’achat des ménages. « Cette détérioration renchérit les coûts de tous les biens importés et les prix des services sont libellés en dollars américains », a-t-il expliqué. M. Honorat souligne que la poursuite de cette tendance haussière du taux de change ne fera qu’accentuer le processus d’appauvrissement des ménages, dont les salaires stagnent.

Le doctorant explique que le taux de change est sensible aux comportements de certaines variables structurelles de l’économie. « L'état actuel de l’économie haïtienne caractérisée par une faible productivité, un bas niveau de salarisation et l’endettement extérieur indique qu’il ne faut pas uniquement agir sur les déterminants conjoncturels pour régulariser le taux de change. Mais, également, il faut prendre un ensemble de mesures visant à réduire les obstacles liés aux déficiences structurelles de l’économie », a indiqué Helph Monod Honorat.  

Il a souligné qu’il faut corriger les déficiences structurelles de l’appareil productif de l’économie haïtienne en favorisant l’augmentation de la production nationale à la fois pour le marché local et pour les exportations. « Cela contribuerait au redressement de la balance des paiements avec l’apparition d’une demande effective pouvant absorber la production générée par la productivité des employés, empêchant la fuite de devises vers l’extérieur », a expliqué l’économiste.  

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CCN

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