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Haïti. «On était dans la forme, pas dans le fond», selon Youri Latortue

27 Avr 2017
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Port-au-Prince. Jeudi 27 avril 2017. Lenouvelliste/CCN. Les aveux de Guy Philippe, ex-commissaire de police, ex-chef rebelle qui n'a jamais eu des yeux de Chimène pour Jean Bertrand Aristide chassé du pouvoir en 2004, semblent embarrasser certains élus au Bicentenaire, même s'ils clament le contraire.  

Le nouveau rebondissement dans l'affaire Guy Philippe, qui a pris les sénateurs au dépourvu et laissé dans la stupéfaction nombre d'entre eux, n'a cessé de faire couler de l'encre et de la salive au Bicentenaire. Beaucoup clament, parfois en off, souvent en on, qu'ils ne sont pas «embarrassés», comme le pensent moult observateurs. La lettre des quatre sénateurs de l'opposition exigeant des excuses de la part de ceux qui ont signé la résolution condamnant l'arrestation de l'homme de Pestel semble n'y changer rien. Le porteur de la résolution, Jean Rigaud Bélizaire, s'en moque. Il reste dans son couloir: « Je ne suis pas embarrassé et je ne serai jamais embarrassé ! » Les micros, lui, il ne s'en tient pas loin. Mais beaucoup de zélés, presqu'en transe et en branle le jour du vote du texte mi-mars, refusent gentiment les demandes d'interview.

Pourtant, avant même l'arrestation de Guy Philippe suivie de son transfert aux États-Unis, il y a eu bien des antécédents: la BLTS, conjointement avec la DEA, a plusieurs fois entrepris sans succès des descentes, que ce soit dans son antre à Pestel ou encore à Bergeaud, aux Cayes. Les pères conscrits n'en étaient-ils pas au parfum? Sans doute, laisse entendre Jean Rigaud Bélizaire. Mais il emprunte la petite musique bien en vogue dans les travées du grand Corps: «On était dans la forme, jamais dans le fond.» Insuffisant pour calmer ceux qui mettent aujourd'hui en avant la «naïveté», la «puérilité» des élus qui sont allés «trop vite en besogne», sans s'attarder à analyser les non-dits de l'affaire.  

C'est sur cette vague que nagent désormais les sénateurs Évalière Beauplan, Antonio Chéramy, Nènel Cassy et Ricard Pierre qui se sont fendus d'une correspondance au président du Sénat, appelant les pères conscrits qui ont pris fait et cause pour Guy Philippe à s'assumer. Les signataires, qui soutiennent que les aveux de Guy Philippe «viennent jeter un discrédit irréparable sur ceux qui ont voulu le blanchir en le faisant passer pour une personne irréprochable», invitent leurs collègues à présenter des «excuses à la nation et à l'institution sénatoriale pour les avoir induits en erreur [...]». Ils indiquent, sans fard, que ces derniers ont agi sous le coup de l'émotion, aux antipodes de toute attitude d'homme d'État.

Ces quatre sénateurs risquent de ne pas être entendus, eux qui ont boudé la séance au cours de laquelle la résolution a été votée et à qui l'on reproche d'avoir raté une occasion de faire valoir leurs points de vue. Il faut comprendre que le président du Sénat n'entend nullement revenir sur la question. Youri Latortue, comme Richard Hervé Fourcand, comme Jean Rigaud Bélizaire avant lui, chante la même petite musique: «On était dans la forme, jamais dans le fond !» Le premier des sénateurs croit une relecture de la résolution ne serait point inutile. Il parle même d'une «lecture profonde» nécessaire à ceux qui exigent du grand Corps le pardon d'avoir mordu à l'hameçon. Aucun suivi ne sera donné à la lettre? Youri Latortue botte en touche: «Il n'y a pas eu une lecture profonde de la résolution.» 

Mais toujours est-il qu'Évalière Beauplan, sénateur du Nord-Ouest, mû d'une longue carrière parlementaire, ne l'entend pas de cette oreille. Il croit dur comme fer que les pères conscrits doivent reconnaître leur tort. Il croit également que le président de la République doit s'en expliquer. Pour preuve: mardi, dans les colonnes du Nouvelliste, il a évoqué le fait que les photos de Guy Philippe et Jovenel Moïse, prises bras dessus bras dessous durant la campagne électorale, alimentent des commentaires pas du tout élogieux sur l'image de notre pays. Il a insisté là-dessus. Alors ce n'est pas sans raison qu'ils [les quatre sénateurs] demandent au chef de l'État de «fournir une explication sur la nature de ses relations avec Guy Philippe qui aujourd'hui vient de plaider coupable à l'accusation de trafiquant de drogue». Ce n'est pas rien. 

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CCN

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