Imprimer cette page

Haïti. Les ouvriers de Carrefour occupent les rues, réclamant un salaire minimum de 800 gourdes

23 Mai 2017
2518 fois

Port-au-Prince. Mardi 23 mai 2017. Lenouvelliste/CCN. Laissant leurs postes de travail dans les factorys situés à Thor 65 et Diquini très tôt, ce lundi 22 mai, des centaines d’employés ont exprimé leur ras-le-bol face au refus des patrons d’augmenter le salaire minimum dans ce secteur. De Carrefour en direction du Parlement, puis du palais national, ils comptaient donner suite à la marche pacifique de vendredi dernier.  

Une fois de plus, des employés de la sous-traitance sont debout contre l’administration en place et les patrons des industries. L’objet de leur courroux : une augmentation substantielle du salaire minimum journalier de 800 gourdes, soit 500 gourdes de plus que ce qu’ils perçoivent aujourd’hui. Pour que leur rémunération suive la courbe de la cherté de la vie exacerbée par l’augmentation des prix des produits pétroliers.  

Tôt dans la matinée, les plus téméraires sont allés chercher ceux qui commençaient à travailler. Le vacarme occasionné malgré la présence policière ainsi que le départ d’un groupe d’employés du Parlement puis du Palais national ont contraint les responsables des entreprises textiles de Carrefour à renvoyer les autres ouvriers. Majoritairement composée de femmes entre 18 et 25 ans, la foule a occupé le boulevard Jean Jacques Dessalines. Pacifiquement. Certains d’entre eux chantaient, d’autres dansaient, poussaient des cris en appelant le président de la République à leur secours.

En route. Déterminés. Ils répétaient en boucle leurs revendications : « 800 goud nou bezwen. Gaz monte, fòk kòb faktori a monte tou. » Adrien Jean Anselo, membre du syndicat dénommé SOTA-BO, porte-étendard de la manif, exige du Parlement une révision de la loi régissant le secteur de la sous-traitance et des patrons le respect de la liberté syndicale dans les usines, entre autres. « Depuis le 1er mai, il devrait avoir un ajustement du salaire minimum. Ceci n’a pas été fait tandis que le prix du carburant a grimpé, les transports et le coût de la vie aussi », a fulminé un autre membre de SOTA-BO portant un t-shirt rouge à l’effigie du syndicat. « C’est inacceptable ! », tempête une dame avant de raconter ses déboires pour se nourrir et prendre soin de ses enfants.  

Malgré leur enthousiasme, ils n’ont pas pu atteindre même la première station de leur périple. Des agents du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO), positionnés au devant du palais de justice, ont eu recours, à tout va, à leur camion à eau, au gaz lacrymogène et à des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants. Sans même leur intimer l’ordre de rebrousser chemin, les policiers ont usé de ces armes non léthales pour mettre fin à la manif. Contraints de « bay lari a », ceux qui tentaient de se cacher au local du CTPEA ou derrière les voitures stationnées dans les environs ont été molestés par ces policiers. Plusieurs en sont sortis blessés.

Depuis quelques jours, cette guerre des nerfs s’est installée entre les ouvriers et patrons qui renvoient la balle dans le camp de l’État, soutenant qu’il lui incombe la responsabilité de fournir d’autres mesures d’accompagnement comme l’éducation et le transport aux ouvriers. Les manifestants, toujours non satisfaits, à la fin se sont fendu de messages au vitriol contre le président Jovenel Moïse, qu’ils affirment, en campagne, leur avoir promis assistance et meilleures conditions de travail. Le nouvel épisode se jouera demain matin à Carrefour où ils regagneront les rues, selon ce qu’ils ont laissé entendre. 

Évaluer cet élément
(0 Votes)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Dernier de CCN