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Haïti. Qui va payer pour les plans grandioses de Jovenel Moïse ?

20 Jui 2017
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Port-au-Prince. Mardi 20 juin 2017. Lenouvelliste/CCN. Le président de la République ne cesse de nous surprendre. Coup sur coup, le président a présenté, à Miami devant des représentants de la diaspora haïtienne, puis il a repris pour la presse locale, sa vision dans deux secteurs budgétivores : l’énergie et les routes. 

Jovenel Moïse a de grands projets ou de beaux rêves, selon que l’on soit partisan ou incrédule devant la formule qui fait croire qu’au commencement était le verbe. Pour ce qui est du verbe, l’homme de la banane est riche.

Une route périphérique de 80 kilomètres pour décongestionner Port-au-Prince. Le président ne propose pas moins. Cela coûtera 500 millions de dollars au bas mot. Des péages seront établis pour financer cet ouvrage titanesque qui dépasse de loin le viaduc de Delmas. Une étude de préfaisabilité a déjà été complétée et tout semble prêt pour lancer le chantier.

En ce qui concerne l’électricité, le chef de l’État a fait la lumière sur sa vision. Nous aurons l’électricité 24 heures sur 24 avant 24 mois. Moïse veut réduire à néant le black-out. On va passer à une nouvelle matrice énergétique. Plus de mazout, plus de diesel. Un mix de gaz naturel, de biomasse, d’hydro-électricité, de solaire et d’éolien va être mis en place en deux ans pour fournir 600 mégawatts d’électricité transportés par un nouveau réseau. Les fournisseurs privés actuels de l’Electricité d’Haïti sont de la partie et de nouveaux acteurs vont faire leur entrée sur le marché de la lumière.

Tout cela est bien beau. Des routes et l’électricité, que demander de mieux ?  

Sauf qu’il y a un hic. Comment payer de si belles infrastructures ? Si on parle de concession pour la route, on oublie de dire qu’elle sera adossée à la garantie souveraine de l’État haïtien. Ce sera une dette déguisée. Aucune compagnie, même chinoise, ne viendra construire des routes en Haïti pour 500 millions de dollars sans de solides garanties. Quand on se souvient du dossier de la reconstruction de l’aéroport international Toussaint Louverture, les responsables doivent, cette fois, sucer dix fois leurs crayons pour ne pas faire perdre des millions à la pauvre Haïti dans une nouvelle aventure.

Pour ce qu’il s’agit de l’électricité, là encore il y a un handicap. Depuis plus de quinze ans, l’État haïtien verse des millions dans le tonneau des Danaïdes de l’EDH. Des milliards de dollars plus tard, rien n’a été résolu dans nos problèmes énergétiques. La demande augmente sans cesse et le taux de recouvrement baisse d’année en année. L’équation est sans solution pour le moment et le président n’a annoncé aucune nouvelle formule pour réduire le déficit, ou mieux le juguler. Va-t-on œuvrer pour augmenter la production et le déficit ?  

Les infrastructures routières et la production d’électricité sont deux des postes les plus importants de ces dernières années. De René Préval à Michel Martelly, sur l’argent public ou avec les fonds PetroCaribe, Haïti a englouti des milliards dans des projets qui n’étaient ni soutenables, ni rentables. Nous n’avons même pas budgétisé l’entretien de nos coûteux joujoux.

Les nouveaux rêves du président Moïse peuvent être d’une autre eau mais il faudra d’abord nettoyer les écuries d’Augias pour les rendre potables. Il faut colmater les brèches d’où s’échappent des millions. Introduire de nouvelles taxes ou de fraîches sources de revenus. Il faut surtout bien étudier chaque projet pour ne pas prendre nos rêves pour la réalité ni les promesses des vendeurs de poudre de perlimpinpin pour de l’or.  

Ce n’est pas parce que Christiano Ronaldo ou Messi seraient disponibles sur le marché des transferts que le Racing Club Haïtien doit casser la tirelire qu’il n’a pas pour se les offrir. Haïti se trouve dans la même situation. On doit rêver grand, sans jamais oublier de se demander : qui va payer, avec quoi et pour quels bénéfices ?  

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