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Guadeloupe. Discours de la présidente Josette Borel-Lincertin. 2ème réunion plénière

11 Mai 2020
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Pointe-à-Pitre. Lundi 11 mai 2020. CCN. Je veux tout d’abord vous remercier pour votre participation à cette deuxième réunion plénière de l’année 2020 qui coïncide avec le premier jour du processus de déconfinement partout sur le territoire national, hormis - vous le savez - à Mayotte.

Je remercie les parlementaires et Monsieur le recteur, qui ont répondu favorablement à mon invitation de participer à nos échanges.

Le recteur fera une intervention et pourra répondre à vos questions. Quant aux parlementaires, je leur propose d’intervenir librement dans le cours de nos débats.

Je sais que beaucoup d’entre vous ont une journée chargée. Aussi, tâcherons-nous de concilier profondeur et efficacité afin d’aller ce matin au bout de notre ordre du jour qui ne comporte que deux points.

Mais, avant de commencer nos travaux par quelques mots d’introduction, je souhaiterais que nous marquions tous ensemble, dans la mesure du possible, quelques instants de silence afin de saluer la mémoire de Nicolas LUREL, le fils de notre sénateur et ancien ministre, Victorin LUREL, qui était agent du Conseil départemental, et qui nous a quittés brutalement il y a tout juste une semaine.

Pour ce jeune homme attachant et plein de vie et pour ses parents qui sont plongés dans une terrible souffrance, mais également en solidarité avec notre collaboratrice Odile BROUSSILLON, qui a perdu sa mère, et au-delà pour tous ceux qui sont dans le deuil en cette période si particulière, quelques secondes de recueillement...

Nous sommes donc réunis ce matin afin de nous pencher sur deux sujets importants pour le Conseil départemental et, au-delà, pour la Guadeloupe, particulièrement au moment où nous entamons la phase de déconfinement, après deux mois durant lesquels nous avons suspendu nos existences pour faire face à l’épidémie de COVID 19.

Ces deux sujets ont trait, l’un et l’autre, aux mesures que nous aurons à prendre dans les prochains jours et les prochaines semaines, afin de permettre à notre collectivité de reprendre progressivement ses activités au service de la Guadeloupe.

Dans le second temps de nos débats, nous détaillerons ensemble le plan de reprise d’activités de nos directions et de nos services, étant entendu que plusieurs d’entre eux ont continué de fonctionner durant la crise et qu’il s’agit de prévoir désormais les conditions de retour progressif de nos agents à leur poste de travail, dans le respect des nouvelles règles de sécurité sanitaire.

Mais, avant cela, je vous propose de commencer par la question scolaire, et plus spécifiquement celle qui nous importe : à savoir la question des collèges.

Si la question se pose de nouveau aujourd’hui, c’est que la motion votée le 4 mai dernier en conférence territoriale de l'action publique a certes pris acte du refus d’une très large majorité de maires de notre archipel - 29 sur 32 - de rouvrir leurs écoles à la date fixée par le président de la République et le Gouvernement. A savoir ce lundi 11 mai.

Mais, ce faisant, elle n’a pas complètement épuisé le débat.

Chacun se souvient des longs échanges qui ont précédé le vote de cette motion et du fait que le président de Région et moi-même avons choisi de nous montrer solidaires de ces maires qui estiment qu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires à la mise en oeuvre du protocole sanitaire édicté par le Gouvernement pour la réouverture de leurs écoles dès le 11 mai.

Pour autant, chacun l’aura aussi vu durant ce débat : j’étais moi-même partagée sur la décision que nous étions en train de prendre.

Bien sûr, comme tous les élus, j’ai considéré que l’ouverture au 11 mai était difficilement tenable.

Bien sûr, j’ai déploré qu’il nous soit demandé d’envisager une réouverture des établissements scolaires sans garantie de disposer d’équipements de protection en nombres suffisants (les masques, le savon, le gel,...)

Et bien évidemment, j’ai compris et j'ai même approuvé le choix fait en conscience par les maires de ne pas s’engager dans la mise en oeuvre d’un protocole lourd et complexe.

Mais, j’ai aussi regretté certains partis pris de nos échanges :

  • le fait que nous soyons dans la recherche d’une position nécessairement unanime, alors qu’il aurait sans doute été préférable de laisser à chacun la liberté de se déterminer, d’autant que la reprise est placée par le Gouvernement sous le signe du volontariat. Comme si le fait de ne pouvoir rouvrir les écoles partout le 11 mai impliquait forcément de ne pouvoir en ouvrir aucune avant septembre ;

  • le fait, que nous ne prenions pas le temps d’examiner en détails les différents points du protocole sanitaire afin d’analyser collectivement les moyens d’y répondre ;

  • le fait, aussi, que tout soit repoussé à septembre alors que rien ne nous dit qu’en septembre nous serons dans une situation plus favorable qu’aujourd'hui du point de vue de la circulation du virus, d’autant que l’objectif sera alors d’accueillir l’ensemble des élèves.

J’ai aussi regretté que nous minimisions par moment dans le débat l’impact que représente pour toute cette cohorte d’élèves l’année scolaire 2019-2020 qui aura duré en tout et pour tout 3 mois et qui aura, n’en doutons pas un seul instant, de lourdes conséquences pour ces élèves, en particulier pour ceux qui étaient déjà en difficulté.

Je l’ai dit à plusieurs reprises lundi dernier : ne pas permettre la reprise des écoles était un crève coeur pour moi, ancienne enseignante, avec la conscience aiguë qu’après deux mois de confinement, il y a un besoin d’école dans beaucoup de familles, pour de nombreux jeunes garçons et filles de Guadeloupe.

Mais le plus problématique, en définitive, c’est qu’avec cette motion nous avons adopté une position identique pour les écoles, les collèges et les lycées, alors que seuls les maires ont, en réalité, le pouvoir de fermer leurs écoles, par leur pouvoir de police.

J’ai eu beau chercher dans les textes ce qui me permettrait, en tant que présidente du Conseil départemental, de faire de même avec les collèges. Et j’avoue ne pas avoir trouvé de base légale pour le faire.

C’est pourquoi nous devons rediscuter de cette question ce matin.

Car, depuis cette CTAP du 4 mai, Monsieur le recteur et des principaux se sont manifestés auprès de nous pour exprimer leur volonté de permettre l’accueil des élèves dans leurs établissements.

Et, ce faisant, ces chefs d’établissements nous appellent sur nos missions et nos compétences obligatoires qui sont de mettre à leur disposition les établissements dont nous avons la propriété, mais dont ils ont la responsabilité.

Ils nous disent : nous sommes en mesure de mettre en oeuvre notre part du protocole sanitaire du Gouvernement, êtes-vous en mesure de faire la vôtre ?

Ils nous disent : sur la base du volontariat des parents, nous pouvons accueillir les élèves en effectifs réduits (pas plus de la moitié de l’effectif), nos équipes pédagogiques peuvent assurer des enseignements le matin en présentiel, et l’après- midi en distanciel, nous pouvons être prêts non pas forcément le 18 mai comme le demande le Gouvernement, mais dès que les conditions serons réunies. Et vous, Département, pouvez-vous nettoyer nos collèges et nous fournir en savon ou en solution hydroalcoolique et pouvons nous compter sur une partie des personnels ATTEC pour nous accompagner ?

En somme, ils nous disent : il y a un défi à relever pour offrir ne serait-ce qu’un peu d’école à une jeunesse qui en est privée depuis deux mois et qui pourrait être encore privée durant quatre mois, êtes-vous prêts à le relever avec nous ?

C’est à ces questions que nous devons répondre ce matin au terme de nos débats.

Nos services ont travaillé sur ce protocole sanitaire. La semaine dernière, nous avons échangé avec Monsieur le recteur, qui vous donnera son sentiment dans un instant et qui répondra à vos questions.

Il ressort de ces échanges avec les services du rectorat et les chefs d’établissement que difficile ne veut pas dire impossible, surtout s’il s’agit d’accueillir un petit nombre de collégiens et ne pas faire du 18 mai une date couperet.

Oui, nous pouvons faire nettoyer nos collèges dans les deux semaines qui viennent.

Oui, nous pouvons dans le même temps les équiper en matériels de protection et procéder aux aménagements nécessaires au respect des gestes barrières.

C’est notre mission et nous ne pouvons faire comme s’il était insurmontable de la remplir.

Sauf à assumer que nous voudrions désormais faire délibérément obstacle à la volonté des chefs d’établissement et de leurs équipes d’assurer une reprise partielle de leurs activités.

Mes chers collègues, c’est - vous vous en doutez - une posture que j’aurai bien du mal à adopter. D’autant que les syndicats - j’ai bien lu leurs écrits - demandent l'application du protocole : tout le protocole, rien que le protocole.

Le rapport qui vous sera présenté dans un instant vous détaillera les mesures que nous pouvons mettre en oeuvre pour mettre aux normes sanitaires nos collèges afin de répondre aux attentes des chefs d’établissement à qui ce protocole s'impose.

Ce rapport vous dira notamment que nous ne procéderons à aucune mise aux normes sanitaires dans les collèges qui connaissent ou qui ont connu des problèmes d’eau ces derniers mois.

Cela représente un peu moins d’une dizaine d’établissements. Nous ne prendrons là aucun risque. Ils ne pourront pas accueillir d’élèves.

Nous ne déciderons pas non plus à la place des maires de Marie-Galante ce qu’il conviendra de faire pour les trois collèges de l'île.

A partir de ce rapport, nous débattrons et nous arrêterons une position.

Celle du Conseil départemental pour ses collèges.

Il ne s’agit en aucun cas de revenir sur la position des maires pour leurs écoles, dont je redis encore qu’elle me paraît tout à fait légitime. Qu’ils aient choisi de fermer leurs écoles. Ou qu’ils aient au contraire choisi, comme quelques uns, de les ouvrir.

Il ne s’agit pas de dire à quiconque comment il doit procéder dans son champ de compétences car chacun apprécie les situations à l’aune de ses priorités et de son analyse de la situation.

Pour ma part, je fais le constat que les presque deux mois de confinement, combinés à la quasi-fermeture de nos liaisons aériennes, a conduit la Guadeloupe à contenir la circulation du virus qui est aujourd’hui faible.

C’était une tendance, la semaine dernière. Elle s’est confirmée depuis lors. Et si nous restons encore quelques semaines coupés du monde, il n’y a guère de raison de penser que l’épidémie repartira dans des établissements scolaires qui auront été mis aux normes sanitaires.

Il faut bien entendu demeurer collectivement vigilants et prudents. Mais, nous ne pouvons pas réagir toujours comme si notre territoire était un département où le virus circule très activement.

Je passe la parole à M. le recteur pour un exposé et vous pourrez, par la suite, lui poser des questions.

Soyons à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. N’oublions pas que nous parlons de notre jeunesse.

Gardons à l’esprit que, quelque soit la décision qui sera prise, cette possible reprise partielle d’activités dans nos collèges, le moment venu, nécessitera que toutes les collectivités jouent leur part aussi bien en matière de sécurité, qu’en matière de transport scolaire.

Donnons-nous le temps de nous adapter à ce monde d’après le confinement qui ne ressemblera pas à celui d’avant.

Je vous remercie.

Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les conseillers départementaux, Monsieur le recteur d’académie,
Mesdames et messieurs les journalistes, qui sont à l’écoute, Mesdames et messieurs,
Mes chers compatriotes, qui nous suivent sur les réseaux sociaux,

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