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Guadeloupe. La Fédération hospitalière attire l'attention sur les difficultés

25 Avr 2020
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Depuis un mois, suite à la pandémie du COVID-19, l’Etat a été conduit, compte tenu de la propagation du virus, à prendre des mesures de plus en plus strictes pour limiter la contagion. Par la loi du 23 mars 2020, le législateur a déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020.

La Guadeloupe est un archipel, avec des difficultés structurelles dûment reconnues par le Conseil d’Etat qui dans son ordonnance du 4 avril 2020, a indiqué : « La lutte contre la propagation du virus y représente un enjeu tout particulier du fait, notamment, de la fragilité des structures de soins, touchées par l’incendie du Centre Hospitalier Universitaire de la Guadeloupe en 2017, des coupures d’eau affectant une partie de la population, rendant plus difficile le respect de certaines recommandations, ainsi que de risques de comorbidités plus élevés que dans la moyenne de la population française ».

Malgré toutes ses difficultés, l’hôpital public en Guadeloupe a mis en place une organisation pour faire face à cette pandémie. Nous rendons hommage au personnel hospitalier qui quotidiennement s’investit pour lutter pour la santé des Guadeloupéens : soignants, administratifs et logistiques.  Nous associons à nos remerciements les cliniques privées et les soignants du libéral qui sont des partenaires très investis aussi. La FHG a été régulièrement en contact avec la FHF, Fédération Hospitalière de France afin de préciser nos besoins.

Les difficultés ont été et sont nombreuses. Ainsi le manque de masques de protection s’est fait particulièrement sentir en Guadeloupe. Pour le seul CHU, les besoins hebdomadaires en masques, s’établissent à au moins 25.000 masques de soin, et 4.000 masques FFP2 (et, par ailleurs, à 400 litres de solution hydroalcoolique). Pour le CHBT c’est au moins 7 000 masques qui sont nécessaires par semaine, sans oublier tous les autres établissements.

Plus inquiétante encore est la situation actuelle en termes de capacités de prise en charge, en nombre de lits et de respirateurs. Au début de la crise sanitaire, les places en réanimation étaient, sur l’archipel, de 33. Elles ont été augmentées, pour atteindre 43. Les experts locaux et autorités étatiques ainsi que le comité scientifique pour l’outre-mer indiquent qu’à terme ce chiffre pourrait atteindre 64.

Le stock de certains médicaments est très limité, (surtout des sédatifs et curares utilisés en réanimation). Cela nécessite une vigilance afin de ne pas se retrouver en rupture de stock.

Enfin, le manque de tests (qu’il s’agisse des tests PCR permettant de détecter la maladie, ou de tests sérologiques sanguins, permettant de révéler la présence d’anticorps), constaté sur l’ensemble du territoire national, est encore plus criant encore en Guadeloupe, avec notre éloignement et la difficulté qui en résulte pour acheminer les kits de tests nécessaires.

Concernant la période à venir, nous demandons :

-   Le renforcement dès à présent de la capacité d’accueil en lits de réanimation avec surtout l’acheminement des moyens nécessaires afin d’équiper les lits de réanimation supplémentaires (scopes et respirateurs de réanimation). Cet investissement est indispensable sur le court terme pour la sécurité des patients. A moyen et long terme cet équipement sera fort utile en permettant aux soignants de ces structures d’avoir un équipement adapté aux besoins. Cette crise met en lumière le faible nombre de lits de réanimation pour une population de 400 000 habitants, l’ARS devra donner les autorisations et les moyens nécessaires pour être à un niveau capacitaire adapté à la situation du territoire (+ d’accidents, + de comorbidités, + d’AVC, etc…). Passer à 10 lits pour 100 000 habitants comme dans l’hexagone serait déjà une première étape

- L’augmentation des capacités de dépistage en équipant les laboratoires de biologie, pour le diagnostic du SARS-CoV-2. Après une première intervention de la FHG, deux modules et un automate sont livrés au CHBT, ce qui permettra la réalisation du dépistage et surtout une réponse dans les 2 Heures qui suivent le prélèvement. Nous prévoyons de poursuivre cette action de renforcement du dépistage avec l’acquisition d’un automate supplémentaire pour le CHU. Il faudra aussi renforcer ce dépistage via les tests sérologiques permettant de connaître les personnes immunisées (très important lors de la levée du confinement) et l’étendre à tout le territoire y compris Marie-Galante.

- L’assurance de la bonne disponibilité, sans rupture de stock pour les soignants des masques, des équipements de protection individuelle et des solutions hydro-alcooliques. Dans l’avenir, il sera utile de réfléchir sur la possibilité de disposer, voire de fabriquer, dans notre bassin caribéen masques, visières, solutions hydro alcooliques.

-  L’acheminement rapidement de certains médicaments, surtout les curares, qui seront nécessaires sur le court terme, avec la reprogrammation des interventions qui ont été reportées.   

- Le renforcement dès à présent les équipes d’épidémiologie et de suivi des contacts, sous la coordination de l’équipe locale de Santé publique France.

- L’accès à tous les traitements qui auront montré leur efficacité contre le Covid-19 en analyse intermédiaire dans les études cliniques en cours, soit en usage compassionnel, voire dans le cadre de protocoles de recherche.

Enfin, il faut préparer le post confinement et l’après COVID-19.

La crise conjoncturelle survient sur le terrain vulnérable de nos hôpitaux. Des mesures structurelles continuent de s’imposer :

- La situation de nos hôpitaux reste fragile financièrement. Nous avons déjà signalé à plusieurs reprises par le passé que le coefficient correcteur géographique est en deçà des coûts réels et des besoins, et ceci a été confirmé par le rapport Aubert. Ce coefficient est actuellement de 26% aux Antilles. Diverses études l’évaluent à 35%. Nous réitérons notre demande, de le passer immédiatement à 30% dans une première étape. Par ailleurs nos contraintes particulières nécessitent de disposer d’une enveloppe MIG (Mission d’Intérêt Général) Outre-Mer dont le montant sera à valider par un groupe d’expert. La FHG sera partie prenante à ce groupe de travail.

-   Un accompagnement financier exceptionnel est déjà nécessaire et devient aujourd’hui plus qu’urgent dès à présent, car les recettes de nos hôpitaux ont diminué. La gestion de crise engagée pour faire face aux soins qui doivent être apportés aux usagers a entrainé  (déprogrammation d’une grande partie de l’activité « programmée ») et des charges non prévues ont significativement augmenté durant cette pandémie.

- Cette expérience tout autant malheureuse qu’elle soit doit nous servir afin d’apporter une réponse sûre et solide à l’organisation des soins dans notre département. Une répartition équilibrée de l’offre de soins sur les deux pôles principaux, avec le réarmement des hôpitaux de proximité en lit de médecine et des plateaux techniques adaptés, une réponse pérenne au déficit de la démographie médicale dans nos établissements qui requiert le développement d’une faculté de Médecine de plein exercice, ainsi que des mesures fortes d’attractivité pour des praticiens hospitaliers de qualité.

Elie Califer : Président de la FHG

Dr André Atallah, Vice-Président de la FHG

Francis Farant : délégué régional de la FHG

Communique adressé à

Monsieur le ministre de la Santé

Madame la ministre des outre-mer

Mr le président de la Fédération Hospitalière de France

Madame la directrice de l’ARS de Guadeloupe

 

Fédération Hospitalière de Guadeloupe

 

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