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Guadeloupe. Musique : Eric Cosaque (re) lance la polémique autour du gwo ka au féminin et des fanm-tanbouyéz

17 Aoû 2018
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Capesterre-Belle-Eau. Vendredi 17 août 2018. CCN. Moins d’une semaine après le bel hommage rendu à Eric Cosaque par sa ville natale, voilà qu’une polémique éclate au grand jour dans la « famni gwoka ». Le 27 juillet dernier au Moule, lors d’une soirée gwo ka organisée par Véyé jé Art, une asso que dirige Charly Macheccler. Eric Cosaque qui devait effectuer une prestation décide de quitter la scène, pour protester contre le fait qu’une femme, Sohad Magen, soit présente comme tanbouyéz pour l’accompagner. Tout est parti de là, les défenseurs de la tradition, ont toujours dit haut et fort que les femmes peuvent être danseuses ou repondéz mais pa tanbouyèz… c’est un débat aussi vieux que le gwo ka et qui remonte à l’origine même de cette musique et a ses « règles ». Cela n’a nullement empêché que depuis des années existent dans la fanmi gwo ka des groupes féminins tels Fanm ki ka, kalbas ka, kozeika… Eric Cosaque, a donc adressé ce courrier de la colère où il exprime son point de vue. La polémique est lancée et Sohad Magen, a répondu avec la même véhémence. Le gwo ka est coutumier de ces « battles ». Il y a eu environ une quarantaine d’années avec l'irruption sur la scène du ka de Gérard Lockel, un débat sur le ka traditionnel et le ka dit modèn ... Gwakasonné Kafé, Horizon ont à l'époque subi les foudres de Lokel qui passait alors pour l'ayatollah du gwo ka. Aujourd’hui tout cela est un peu oublié. Le gwoka modén de Lockel a assuré avec Laviso, et le traditionnel n'a pas perdu pied. La proposition de faire entrer le gwo ka à l’Unesco a fait couler encre et salive… Qu'en sera-t-il dans 20 ans du débat sur les "fanm tanbouyéz" ?

Ainsi donc, nous, derniers témoins oculaires d’une tradition multiséculaire, léguée par les maîtres Ka qui nous ont devancé, devrions-nous nous taire face aux dérives récurrentes d’un modernisme en tout point culturicide. Ainsi donc, les infestations d’une société occidentale individualiste, où seuls comptent l’argent, l’égo, le goût de la mise en scène et le féminisme dévoyé, prévalent désormais sur les fondements du gwo ka. Que ceux qui réécrivent l’histoire au mépris de la vérité, la réécrivent. Que celles qui inventent à nos femmes, un passé élogieux dans le gwo ka le fassent.

Que certaines prétendent même que Vélo leur ait enseigné quelque méthode de percussion. Mais que l’on ne demande pas à Éric Cosaque, engagé depuis plus de 50 ans dans la défense du Gwo ka, peu importe les critiques, d’être le complice de cette fuite en avant. Et puisque désormais rien ne se passe de polémiques aussi gratuites que stériles. Puisque certains, conscient de la faiblesse de leurs arguments se sont empressés de cacher la vérité à « la famille gwo ka » derrière un nuage de mensonges. Puisqu’ils espèrent encore, sans l’obtenir que cela embrase les médias, je m’en vais rétablir les faits. Les auteurs de cette diatribe se sont bien évidemens gardés de mentionner qu’en cette soirée dédiée au grand Robert Loyson, j’avais fait part de mes conditions quant à ma participation. Des conditions qu’ils avaient accepté. « Dans le pur respect de la tradition, pas de femmes aux percussions », avais-je insisté.

Des percussionnistes hommes furent ainsi désignés pour m’accompagner lors de ma prestation. Les auteurs de ce texte polémique, ont-ils renseigné la famille gwo ka sur ce fait ? Tout s’annonçait bien. Mais quand vint mon tour, quelle ne fut ma surprise de constater que plus rien de cet accord n’était respecté. Tout au contraire, certains ont voulu me forcer la main en m’imposant la présence de Souad Magen, superstar autoproclamée du gwo ka. Par qui ? Depuis quand ? On se le demande. Puisque désormais tout le monde devrait se plier à cette idéologie qui fait la part belle à tout et n’importe quoi dans le gwo ka, ils ont tenté de contraindre, Cosaque, la forte tête. A croire que je n’avais qu’à la fermer et à m’exécuter. Seulement voilà, une fois de plus, Cosaque a dit non ! Non, parce que, ces faits qui pourraient prêter à sourire sont en réalité d’une extrême gravité. Ils sont révélateurs de la capacité de certains éléments souvent étrangers à la famille gwo ka à introduire, la division, au nom d’un féminisme transgressé qui n’a pas sa place dans nos traditions.

 

Qu’en est-il de l’avenir de nos traditions ?

 

Je dirais que le gwo ka est en grand danger aux mains de ces personnes. Je crois sincèrement que notre grande faiblesse est notre manque de reconnaissance. Un manque qui nous pousse à nous extasier dès que l’étranger se pique de prononcer deux mots en créole ou s’assoit sur un ka. Notre soif d’être reconnus au niveau mondial nous pousse trop souvent à vendre notre âme pour un famélique plat de couscous. Pleinement conscients de nos faiblesses, certains usent de flatterie pour parvenir à leurs fins. Et nous, nous cédons à ces fadaises sans mesurer les conséquences pour l’avenir. Soyons sûrs qu’à force de mélanges en tout genre. A force d’intégrer tout et n’importe quoi dans le gwo ka. A force de réécrire l’histoire pour justifier de ces faits contre nature, nos enfants risquent de ne plus s’y retrouver.

Question : Quand les actuels maîtres Ka ne seront plus, qui pourra encore enseigner à nos enfants ce qu’est réellement le gwo ka ? N’aurions-nous pas tout perdu ?

Voilà donc mon combat ! Veiller à préserver ce qui se peut encore des fondements de notre culture. Avant de prétendre modifier une œuvre, il faut d’abord s’assurer que nous en maîtrisons tous les contours. Or, mes détracteurs trop pressés de briller aux yeux de leurs maîtres acceptent de prostituer notre culture. Ils sont de ceux qui bâclent tout, qui prétendent que tout le monde connaît tout, que l’initiation est inutile, que tout peut être intégré au gwo ka, et que surtout, personne n’a de leçon à leur donner.

Qu’en est-il des racines gwo ka ?

J’aimerais dire à qui l’oublie ou l’ignore que nous sommes dans une tradition. Dans ce domaine, les anciens sont et doivent être respectés parce que dépositaires d’un savoir que seul le nombre d’années à les fréquenter permet de réellement maîtriser. C’est le socle sur lequel l’ensemble de la Guadeloupe s’est bâti. Et c’est exactement le parcours que j’ai suivi. Observant avec discipline mes devanciers pendant de nombreuses années, avant de prétendre me dire chanteur de gwo ka. En ce temps-là, qui aurait osé se présenter sur un ka sans y être invité ? Que me dirait-on si je révélais aujourd’hui que Vélo lui-même fut logé à même enseigne avant de devenir le monument que tout le monde reconnait ? Aussi, je ne puis me départir de l’idée que si mes prédécesseurs et formateurs n’ont jamais placé de femmes aux percussions c’est qu’il y a une raison. Un mystère que j’ai mis du temps à percer. Celui-ci dépasse les revendications à courte vue du moment. Jadis, dans une Europe réfractaire à la science, on brûlait et menaçait Giordano Bruno ou Galilée pour sorcellerie. Aujourd’hui, par paresse intellectuelle et surtout par égo surdimensionné, on n’écoute plus les anciens et on relègue leurs recommandations au rang du sexisme. Il n’est pas de pires sots, que ceux qui prétendent cela. Ceux-là, ne sont que des imbéciles, toujours prêts à regarder le doigt quand il s’agit d’observer la lune. C’est le monde à l’envers. C’est le bébé qui prétend allaiter sa mère.

Qu’en est-il de l’absence de tambouyés femmes dans le gwo ka ?

J’aimerais rappeler à tous, que nous guadeloupéens, avons entre les mains une tradition multimillénaire. Une tradition transmise, de génération en génération par nos ancêtres Congos débarqués de force en Guadeloupe. Comme toutes les traditions bantoues, le gwo ka revêt plusieurs dimensions. La première est d'ordre musical et correspond à la partie visible (musique, danse). C’est la plus accessible. La deuxième est spirituelle et ne survit encore que dans la mémoire des plus anciens. La troisième est d’ordre scientifique.

C’est la moins connue que nous nous devons d’étudier. Elle est imbriquée dans le spirituel. Si le premier aspect peut se transmettre par formation, les deux derniers ne se transmettent que par initiation. Cela suppose des individus humbles et prêts à en faire bon usage. Or, si les futurs initiés montrent trop d’irrespect vis-à-vis de leurs aînés, ces derniers se tairont. Ils préféreront emporter leurs secrets dans la tombe plutôt que de les voir tomber entre de mauvaises mains. Voilà pourquoi nous avons perdu beaucoup par ces attitudes égoïstes fondées sur le « Je sais tout sans être formé ».

Cette dimension d’ordre initiatique dont ont toujours témoignée les anciens, aurait pu totalement m’échapper. Ce n’est que mes échanges au cours des nombreux voyages qui m’ont permis de comprendre que la non présence des femmes sur le Ka est d’ordre mystique. Contrairement aux faux féministes qui tentent de faire de moi un misogyne, celle-ci est fondée sur une réalité que je ne saurais livrer ici. Mais si je devais lever un petit pan du voile, je dirais ceci : La tradition Congo dont nous sommes les héritiers dispose que tout vibre dans l’Univers. Les Congos ont développé des rites qui, tels le léwoz, célèbrent le divin, maître de la parole divine qui n’est que vibration. Ils disent surtout que toute vibration n’est pas bonne pour l’homme. Certaines construisent, d’autres détruisent. Que dire alors de ces effets sur la femme et sur sa place sacrée dans nos sociétés ? Que dire des effets, à la longue de ces vibrations puissantes sur le bassin féminin. J’ai bien peur que ce que la science occidentale relègue encore au rang de superstition soit demain reconnue comme fondée. Et que dire de cet impact dans une cérémonie sacrée tel un léwoz ?

Mes amis, cherchons à apprendre plutôt qu’à rejeter les paroles des sages. Ne nous laissons pas intoxiquer par un militantisme chlordéconé aux conséquences que nous ne pouvons encore mesurer. En Côte d’Ivoire, au Burkina Fasso, en Algérie, à la Réunion, à Madagascar, à Maurice, au Cap Vert, au Zaïre (Congo RDC), en Haïti, en Martinique, j’ai recueilli suffisamment d’éléments qui confortent cette attitude de nos anciens. J’en ai par la suite discuté avec des scientifiques, tels Pierre Nilon, l’égyptologue Dou Kaya, Mélo Josias ou encore Doumbi fakoli. Tous ont déposé dans le même sens. Nous sommes donc au début d’une réappropriation du gwo ka dans toute sa dimension. Elle passe par un respect de ces aspects dont je viens de faire mention. Combien de mes détracteurs seraient prêts à engager une vraie démarche devant les conduire à restaurer notre tradition ? Mais je vois ici plutôt ceux qui me diabolisent d’office n’y voyant que sorcellerie ou satanisme. Ils devraient tout au contraire ouvrir les yeux, faire silence et accepter d’apprendre des plus anciens. Mais faute de rabaisser leur égo, certains préfèrent encore, et par pure paresse, tromper la jeunesse guadeloupéenne. Ils la manipulent. Ils détournent son attention de la profondeur de leur culture en me présentant sous les traits d’un misogyne. Mais viendra le jour où nos jeunes comprendront et ne seront plus dupes des usurpateurs en tout genre qui prétendent tout savoir avant même d’avoir étudié. Qui se fait aujourd’hui juge d’Eric Cosaque ? Qui se croit en mesure de dire ce qui est acceptable dans le Gwo ka ? Une fraîchement parachutée en Guadeloupe, et portée aux nues par une poignée d’inconscients en mal de reconnaissance. Une qui n’a obtenu son si peu de connaissance que pour s’être frottée à quelque tambouyés plus éblouis par ses charmes que par son talent. Une personne qui ne sait que réciter des phrases musicales sans en saisir la profonde sensibilité. Une qui de toutes les dimensions de notre culture n’a retenu que l’aspect festif. Et il se trouve des gens pour cautionner cela, pour me fustiger et l’introniser maîtresse ka, makè ?

Pire, mon refus donne désormais droit à une fatwa anti-Cosaque largement diffusée sur Whatsapp, pour excès de défense de la tradition. J’ai dit et maintient, au risque de crachats, que, au nom de la préservation des principes fondateurs de notre tradition,

Eric Cosaque, n’acceptera jamais d’être accompagné de percussionnistes femmes. Il en va du respect de la tradition. Sa ou pa konnèt pi gran pasé-w ! Que chacun s’interroge sur les véritables bénéficiaires de telles polémiques, certainement pas le Gwo Ka.

Fanm ki ka.jpg

 

2/ LA REPONSE DE SOHAD MAGEN

Yo pa ka voyé wòch an pyé mango ki pa ka pòté

SOSO MWEN PA MANDÉ'W·MARDI 14 AOÛT 2018

 

Même si ce que je viens de lire n’est pas agréable, je prends sur moi. Et suis heureuse malgré tout de te voir étaler l’immondice sans fond qui te sert d’âme, heureuse parce que chacun va devoir être cohérent avec lui-même et se positionner enfin en dépit des copinages médiatiques et sirupeux. Bravo à ton scribe qui a mis en mots ce que par égard pour ta forme humaine on va appeler « des pensées ». 

Je suis assez étonnée d’être l’objet exclusif de tes obsessions, mais bon, passons sur les attaques personnelles sur lesquelles je reviendrai plus tard, pour aller directement sur les attaques de fond.

Tu te vois chantre de la tradition, c’est normal, on te conforte dans ce sentiment depuis quelques années maintenant. Mais il ne faut pas oublier un détail : la « fraîchement parachutée en Guadeloupe » a fait ses armes avec des noms bien plus honorables que le tien. Henry Délos m’a vue jouer, Mira m’a vue jouer, Carnot m’a vue jouer, Man Soso m’a vue jouer, Artème Boisban m’a vue jouer, mais quoi ? Ils auraient oublié de me dire que je ne devais pas le faire de cette façon là ? Ils ont tous eu peur d’une gamine de 12 ans ? As-tu bien lu les noms cités ? Te rends-tu compte au moins que je parle de personnes qui ont gagné leur mérite autrement qu’en étant survivants ? Qui es-tu toi, face à ces noms là ?

Amusée que tu invoques des « raisons scientifiques » qui varient d’une année à l’autre. Mais soit, prenons ta dernière trouvaille : merci de te soucier des effets secondaires des vibrations du tambour sur le bassin des femmes, mais les hommes ont-ils si peu de valeur à tes yeux que tu ne te préoccupes jamais de ces mêmes effets vibratoires sur leurs gonades qui, contrairement aux nôtres, sont EXTERNES ? Curieux.

Au passage j’en profite pour clarifier un point aux femmes et filles qui veulent jouer : voici les raisons que j’ai récoltées de mon coté auprès des anciens à qui je l’ai demandé et qui expliquent pourquoi les femmes étaient beaucoup moins présentes dans les rondes et sur les tambours avant :

1- Les familles ne laissaient pas les filles traîner la nuit n’importe comment et surtout pas dans des regroupements où une majorité d’hommes consommait le rhum qui coulait à flot.

2- Les jeunes filles n’avaient pas beaucoup de temps pour dégarer un tambour et le travailler, puisque leur rôle était de veiller sur les fratries, d’aider le foyer, et dès l’âge de 14 ans de ramener un pécule à la maison. Elles avaient beaucoup de choses en tête, et malheureusement, ces choses là ne leur laissaient pas de temps libre.

Alors peut-être que NOS anciens m’ont bernée, ou se sont trompés. Pourquoi pas ? Mais parce que personne ne chantait casquette et micro à l’envers à l’époque, ça ne veut pas dire que tu commets une entorse « spirituelle » chaque fois que tu fais le clown. C’est une simple remarque.

Concernant les valeurs du Gwoka, s’il y a une chose que j’ai bien apprise, c’est qu’on se moque éperdument de ce que tu es tant que tu respectes l’héritage et que tu fais tes preuves dans la ronde. Notre musique n’a jamais exclu qui que ce soit. Ou du moins, je n’en ai pas eu vent. Que tu sois bourgeois, miséreux, repris de justice, makomè, ça vaut pour tous. Notre musique est faite pour faire peuple. Elle l’a toujours été.

Par conséquent je ne peux pas rester spectatrice, et subir la bêtise que d’autres nomment « conviction », en faisant comme si de rien n’était. Cette bêtise là, je l’appelle POISON et je n’ai pas envie de léguer aux enfants de Gwadloup une tradition salie par des élucubrations cliniques. Et chacun doit se préparer à affronter le regard de nos enfants qui se verront sortis de la ronde par « conviction », chacun devra se préparer à répondre à la question : « pourquoi ne nous avez-vous pas transmis une tradition aussi propre que celle que vous aviez reçue ? »

Quel sens cela a-t-il d’apprendre aux filles le boula si c’est pour qu’elles se fassent sortir d’un tambour dans une ronde ??? Musiciens ! Ce n’est PAS ce que vous enseignez dans vos écoles, soyez donc cohérents et ne laissez pas ce poison gagner du terrain !

Au passage : empêcher les femmes d’écarter les jambes pour faire du cheval et jouer du violoncelle, sous couvert d’explications pseudo-scientifico-spirituelles ça n’a rien d’africain. C’est aussi une bêtise instaurée et partagée par l’Occident lui-même.

Puisque tu es capable de mentir noir sur blanc, voyons voir si tu es capable aussi de lire ce qu’on appelle un démenti : tu n’as jamais été contacté pour le dit concert par aucun membre de l’association Véyé Jé Art (et la raison évidente est que certains savaient la comédie qui en résulterait), tu as proposé ta participation que d’autres n’ont pas eu le cœur de refuser, et tes conditions n’ont jamais été exprimées. Si ça avait été le cas on aurait épargné à tes 50 ans de kilométrage un déplacement inutile. Mais pour ça il aurait peut-être fallu que tu nous fasses l’honneur d’être aux répétitions, et non mentir en disant à qui voulait l’entendre que « tu n’étais pas au courant ». Tu t’es ramené comme une fleur en plein milieu du concert, et DEPUIS LES COULISSES tu as exigé que je sois dégagée du tambour pour ton passage et n’a pas été exaucé. Pour disparaître comme un pété douvan jou avant que le spectacle ne finisse. Déplorable qu’au bout de 50 ans « dans la ronde » tu n’aies toujours pas compris ce que signifiait avoir de l’honneur :

La prochaine fois que tu voudras me dégager d’un tambour viens me le dire en face, mieux : viens le dire au micro devant le public au lieu de demander à quelqu’un de le faire discrètement pour toi. Peut-être t’étais-tu rappelé de la première fois où tu avais envoyé quelqu’un le faire dans un léwòz de St Félix quand j’avais 16 ans, et ton sbire avait dû se heurter à TA PLACE au public mécontent, avait dû déposer le micro et partir comme il était venu. J’en garde encore au fond du cœur un sourire attendri et un profond respect pour mon peuple.

Je me languis du jour où tes amis qui ne recadrent pas ta bêtise sous prétexte qu’il ne faut pas « ternir l’image du Gwoka » comprendront que le Gwoka comme son image risquent d’être irréversiblement ternis par toi. Peut-être n’aurais-je pas dû barrer la route à ce journaliste de France O il y a quelques années qui était venu m’interviewer sur la question de notre « tradition Gwoka intolérante envers les femmes », tout ça parce que le chantre Eric Cosaque lui avait déclamé son laïus la veille après un concert où il avait refusé de jouer avec nous. Tu lui avais alors brossé un tel portrait de notre « tradition » que le gars croyait tenir un scoop ! J’ai dû, avec le renfort de deux tanbouyèz émérites appelées à la rescousse, lui faire comprendre que ce que tu avais dépeint n’engageait que toi (et ton dossier médical) et non notre belle tradition. Le journaliste était très déçu. Pas moi. J’ai fait mon devoir sans en récolter aucune gloire, mais au moins j’ai l’âme propre et notre tradition est restée propre aux yeux du MONDE !

Bien. Le dossier crasseux des attaques personnelles maintenant, que je vais régler en deux coups de cuillère à pot :

Jusqu’ici mes « charmes » m’ont surtout rapporté le mépris de ceux qui n’y ont pas goûté, et même si je me serais bien passé de ce genre d’emmerdation, je m’en félicite. Il est vrai que j’y suis allée un peu fort à 14 ans lorsque je t’ai menacé d’une kalòt pour une main que je jugeais mal placée, mais j’ose croire que tu ne m’en tiens plus rigueur. Quant à mon talent, aussi petit soit-il, il n’a jamais consisté à parapher des compositions qui n’étaient pas de mon crû, c’est déjà ça de gagné. Mon minuscule talent sert la plus belle des causes : celle de voir les filles inspirées se dire « elle le fait, moi aussi j’en suis capable » et pour chaque mot qui essaiera de me salir il y aura une fille qui montera sur un boula, qui se mettra au marqueur et qui prendra un micro dans la ronde.

On ne nettoie pas une âme ni une conscience en 2-3 clics : bon courage pour le travail colossal qui attend ceux qui en ont besoin. Je vous souhaite du fond du cœur de réussir.

Fè sa fo-w fè pou divini sa-w yé.

Sohad Magen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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