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Guadeloupe. Basse-Terre. Feuille de soins : Le Dr André Atallah a-t-il les bons médocs pour une ville qui se porte très mal ?

09 Nov 2018
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Basse-Terre-Capitale. Vendredi 9 novembre 2018. CCN. Interview du Dr André Atallah. C’est l’opposant socialiste au maire de Basse Terre, il vient d’être désigné par son parti pour conduire une liste, dont on ne sait pas encore si elle arrivera vraiment à fédérer tous ceux qui réfutent, critiquent la politique de Marie-Luce Penchard, le maire en place. Basse Terre est une ville- capitale en petite forme : les diagnostics Dr André Atallah (AA)…

CCN Les problèmes sanitaires deviennent récurrents à BT : Que se passe t- il dans la capitale ? quelle est votre position sur ce dossier de l’eau et de l’assainissement en Sud Basse-Terre ?                  

AA : L’audit commandité par le ministre de l’action et des comptes publics, la ministre des outre-mer et le secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire est disponible, (www.interieur.gouv.fr). Cet audit confirme que le service public de l’eau potable en Guadeloupe est en situation de crise sévère. La situation au sein de la CAGSC est quant à elle catastrophique. En effet, concernant le rendement du réseau en Sud-Caraïbes, il est de 25% ; c’est-à-dire qu’il faut injecter 4 m³ dans le réseau pour espérer en livrer 1 à l’abonné !

Encore faut-il qu'elle soit livrée potable ! Et pourtant les effectifs en personnel sont importants en Sud-Caraïbes : 6,6 agents/1000 abonnés, alors que la moyenne régionale est de 2,5 agents/1000 abonnés. Le détail de la facture Eau potable laisse apparaitre une part fixe correspondant l’abonnement au service de l’eau indépendante de du volume consommé ; une part variable (ou consommation), basée sur le volume d’eau potable distribuée à l’usager et une part qui sert à l’entretien des réseaux : où est passé cet argent ?             Je trouve inadmissible la réponse de madame Michaux-Chevry, la présidente de la CASBT au journaliste de France 2 qui l’interviewait sur ce dossier de l’eau. Alors que la population souffre au quotidien se permette de répondre « On est dans une société ou on n’a pas le plaisir d’attendre » a été d’une grande maladresse de sa part.

Ma proposition, mais je ne suis pas figé sur cette solution : une structure regroupant l’ensemble des financeurs et protagonistes (par exemple un Syndicat ou une SEM) pour assurer le plus important : la production, avec une urgence : la réparation des réseaux, et un PPAI, Plan Pluri Annuel d’Investissement. Je prends l’exemple de routes de Guadeloupe qui regroupe les 2 collectivités majeures avec une présidence tournante tous les 3 ans. Ensuite on peut envisager que les communautés d’agglomération assurent ensuite la distribution.

CCN. L'opposition à Basse-Terre s'est concertée, cela signifie t- i l qu''en vue des élections à venir une alliance serait envisagée à l’envisageable ?

AA : Il y a eu en effet une réunion réunissant des élus de l’opposition, mais le sujet abordé n’a concerné que ce dossier de l’eau justement. Viendra le temps de la discussion d’une éventuelle alliance. En effet, même si cette opposition est « diverse », il y a un point qui nous rassemble : l’impérieuse nécessité de changer la gouvernance à la tête du chef-lieu, car avec cette absence de vision et de vrai projet pour Basse-Terre associés à une situation financière catastrophique, nous allons dans le mur avec l’équipe en place.

CCN. On a beaucoup parlé l'an dernier du parking de BT, aujourd'hui on en parle plus le déficit mensuel est-il toujours le même ?              

AA : je me suis largement exprimé sur ce dossier. La ville de Basse-Terre n’aurait jamais dû se lancer dans une opération aussi couteuse. Ce fut une grave erreur de vouloir pour une « petite » ville comme BT assurer seul le financement de ce parking. Il aurait fallu envisager un financement mixte public et privé et solliciter d’autres partenaires. De plus il n’aurait jamais dû être construit sur le boulevard face à la mer. Nous le payons cash : quel que soit le taux d’occupation du parking, cela coute au contribuable Basse-Terriens 500 000 euros par an, et ce sur près de 25 ans. Maintenant ce parking est là, il faut faire avec. Si demain nous sommes à la tête de la ville, nous proposerons une solution afin de limiter ce déficit : une des solutions à valider avec des experts et au sein de mon groupe : en faire un pôle commercial, avec un étage réservé aux artisans et commerce, un étage comme parking et en hauteur au 2ème étage qui dispose d’une belle vue sur mer : un espace réservé à la restauration et à la culture : cyber café, piano bar, café municipal, etc.

CCN. On a vu des commerçants en colère, qui ont manifesté, et puis plus rien les problèmes sont donc résolus ?                              

AA : En arriver à voir des commerçants de BT organiser une journée ville morte avec fermeture des commerces est la preuve que la situation économique de BT est vraiment dans le rouge. Le problème reste entier. Les difficultés persistent. Et au lieu de rassembler, de rencontrer les commerçants pour avancer ensemble avec le maire de Basse-Terre, c’est « Lynx envers les autres, taupe envers soi », en m’inspirant de la fable de Jean De La Fontaine « Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous », Pour elle s’est toujours la faute des autres. J’en veux pour preuve ces interventions récentes dans la presse. En effet, pour le maire de Basse-Terre, M L Penchard, une des explications du déclin économique de Basse-Terre est lié au fait « Que les commerçants qui sont là depuis 1950 n’ont pas modernisé leur outil de travail ». Autre argument désobligeant pour ces commerçants qui se battent au quotidien pour développer cette ville, elle se permet de dire que « Cela fait des années que certains commerçants veulent récolter sans semer », et de rajouter que « heureusement une nouvelle génération arrive et participera à changer le visage et la notoriété de la ville ». Je suis fort attristé de ces propos ; moi fils de petits commerçants, né dans cette ville, à la rue de la République, cela frise l’irrespect, voire le mépris envers des personnes qui se battent au quotidien pour le développement économique de notre chef-lieu. Ce n’est pas avec ce type de propos que nous obtiendrons l’adhésion des forces vives de notre chef-lieu. De plus opposer les vieux commerçants, ceux « qui sont là depuis 1950 » à « une nouvelle génération qui arrive à Basse-Terre », …peut mieux faire en terme de lien inter générationnel.

CCN Votre maire a été élue à la présidence du port autonome de la Guadeloupe c'est pour le port et pour la Capitale une bonne décision ?                            

AA : je vais vous surprendre. Suite à l’élection du maire de BT comme présidente du conseil de surveillance du port, il y a eu sur les réseaux sociaux des interventions émanant de citoyens qui étaient forts mécontents suite à cette nomination. Ce qui est reproché au maire c’est le cumul des mandats et fonctions qu’elle assure. Il s’agissait d’une élection éminemment politique mais qui s’est déroulée en respectant les règles. Après reste à voir le poids réel du futur président de ce conseil de surveillance. Je lui souhaite une bonne réussite dans ses nouvelles fonctions et j’ai une proposition à lui faire : encourager au développement du port de BT, pas seulement concernant l’activité touristique (arrivée de bateaux de croisières) mais concernant le développement économique. Si s’en est terminé concernant la conteneurisation, il y a un créneau concernant tout ce qui concerne le « vrac ». Il est moins couteux de débarquer et d’embarquer de la marchandise sur le site de BT pour ce qui concerne le vrac, c’à-d des produits hors ceux livrés en conteneur.

CCN. EDF avait menacé de couper l'électricité des éclairages publics si les factures n'étaient pas payées,

AA : est-ce lié au non-paiement des factures, je ne sais pas, mais force est de constater qu’une grande partie de la ville est plongée dans le noir du fait de l’absence d’éclairage. Ce qui n’encourage pas au développement d’une vie nocturne dans le chef-lieu.

CCN. la situation financière de la ville s’améliore ?          

AA. La prévision pour 2023 : un déficit de fonctionnement de plus de 15 Millions d’€ rien que sur la section de fonctionnement ; Vers une augmentation dramatique des impôts à Basse-Terre   C’est la conclusion de la CRC, (Chambre Régionale des Comptes) dans son rapport remis en juin 2018 au préfet de Guadeloupe. Nous rappelons que la CRC est composée de magistrats, experts dans leur domaine et indépendants. La CRC dans son rapport de 2015, proposait une maitrise des frais de personnel, en mutualisant certaines actions avec la CAGSC, et en ne remplaçant pas certains départs à la retraite. C’est l’inverse qui s’est produit : les charges de personnel ont augmenté de 900 000€ en deux ans.                        

La CRC précise dans son rapport que « sans réaction urgente à la mesure de la situation observée aujourd’hui, la commune s’enfoncera dans une impasse dont il lui sera de plus en plus difficile de sortir, sa section de fonctionnement « produisant » chaque année un déficit qui s’accumule ; que, comme le montre le tableau ci-après, son déficit de fonctionnement dépasserait 15,6 M€ en 2023 malgré la prise en compte du non remplacement des départs à la retraite en 2018, en 2019 et en 2020 ».

En synthèse : Le déficit de fonctionnement pour 2018 : 4,9 Millions d’€ ; encours de la dette fournisseurs, c.-à-d. le délai moyen pour payer les fournisseurs : 244 jours ! Annuité de la dette, c.-à-d. ce que la ville de Basse-Terre doit rembourser chaque année aux banques : 1,3 Millions d’€, soit une dette de 1500 €/habitant/an, alors que la moyenne régionale est de 1 100 €/habitant/an. Augmentation des impôts chaque année avec le summum en 2020 …année électorale comme par hasard. Ce sera la nouvelle équipe municipale élue en 2020 qui aura à prendre le relais de cette gestion calamiteuse. Si c’est à notre équipe à qui vous faites confiance, nous saurons mettre en place les solutions adéquates pour tirer Basse-Terre du gouffre où l’ont entrainé 25 ans de dérives de tous ordres !

CCN. Basse Terre c'est la capitale de la Guadeloupe, mais on regarde Fort de France, Cayenne, St Denis (La Réunion) on a le sentiment que BT est très loin au regard des villes capitales dans les « dernières colonies » ?                

AA : Il y a en effet le risque de voir Basse-Terre perdre son titre de chef-lieu. Le développement économique est en chute libre, la population diminue, elle avait atteint dans le temps 16 000 habitant, nous en sommes à moins de 12 000. De plus certaines administrations commencent à quitter Basse-Terre. Il faut vite changer la donne concernant cette situation et proposer une autre vision. Cela passe par une vraie alternative et un projet réaliste pour notre région. Le premier axe sera celui du développement économique ; un projet est en cours d’élaboration. Cela passe par une revitalisation du centre bourg, il faut rendre le centre-ville plus attractif, ce projet se nomme « vivre sa ville. Redynamiser le port dans sa composante commerciale (davantage de vrac livré en BT et touristique. Créer une Zone d’Activité Économique dynamique autour de Calebassier et Baillif, qui serait notre Jarry à nous. Et avancer sur la remise en fonction de l’aéroport de Baillif, j’y crois comme facteur c’attractivité et d’ouverture vers St Martin, et d’autres régions de la Caraïbes.

CCN. Où en êtes-vous dans la perspective des élections municipales de 2020 à Basse-Terre, serez-vous candidat tête de liste ?            

AA : J’étais déjà candidat en 2014, tête de la liste BATIR, nous avons réalisé un bon score : 24%, et à 300 voix près nous nous acheminions vers un 2ème tour. Et là sur un deuxième tour, en mobilisant parmi les 4 000 abstentionnistes nous pouvions créer la surprise et l’emporter. Malgré une campagne démarrée tardivement (nous avons en effet tardé à nous décider sur la désignation de la tête de liste), je considère que c’est un très bon résultat.

CCN. lors d’une élection récente pour désigner le candidat soutenu par le Parti Socialiste, vous obtenez près de 80% des suffrages suite à une élection organisée au sein de la section socialiste de BT …

AA : en effet, c’était important pour moi d’avoir un soutien franc de la part du parti auquel j’appartiens. Nous étions en effet 2 candidats à concourir, et j’obtiens 78% des suffrages. Je suis aussi satisfait que cette élection se soit déroulée dans de bonnes conditions sans contestations aucune. De plus mon groupe BATIR vient aussi de confirmer ma candidature. Je devrais très vite déclarer ma candidature. Pour l’instant je fais tout pour que nous soyons unis et pour rassembler au sein de mon groupe et de mon parti. J’irais ensuite rencontrer les autres forces de l’opposition pour travailler à l’union.

 

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