Breaking News

Guadeloupe. Concert : Gino Sitson : quand l’Afrique résonne chez nous !

23 Jan 2019
3418 fois

Mardi 22 janvier 2019. CCN. Le week-end dernier le centre culturel Sonis des Abymes recevait le musicien vocaliste de jazz et de scat, Gino Sitson pour la présentation de son 8ème album « Echo Chamber ». Né au Cameroun et installé à New-York depuis plusieurs années, Gino Sitson est aussi docteur en musicologie. Sa recherche doctorale s’est intéressée aux modalités de transmission du santiman-ka et de la lokans, deux valeurs esthétiques propres au gwoka puisque cette pratique musicale accorde une large place à la voix. La famille Geoffroy a été choisie comme étude de cas pour expliquer le processus de transmission orale de cette pratique.

Ce « concert restitution » affichait complet face à un public attentif, coopératif et admiratif devant cette performance artistique.

Gino Sitson s’est sublimé à travers des vocalistes mélodieux, surprenants d’originalité et de technicité.

DSC_3767.jpg

Il avait invité René Geoffroy en signe d’attachement à cette famille de musiciens de gwo ka avec qui il a longtemps exploré de nouveaux champs artistiques. René Geoffroy chanteur et président du groupe de gwoka « Kannida » créé en 1980 et situé dans la région des Grands Fonds à Sainte-Anne (Guadeloupe), perpétue et transmet les rites et traditions populaires de cette région. En lui permettant d’introduire le bouladjel* sur scène, Gino Sitson a rappelé l’origine africaine de cette pratique ainsi que le processus de patrimonialisation pour arriver à cette fusion entre l’Afrique et la Guadeloupe, ce qui a transporté le public dans une ivresse joyeuse et nostalgique.

L’autre invitée, en la personne de la chorégraphe Léna Blou* a su traduire par sa gestuelle et sa scénographie atypique ce moment solennel et historique.

DSC_3778.jpg

 

Les musiciens américains recrutés à New-York pour ce projet musical : Jennifer Vincent au violoncelle, Lev "Ljova" Zhurbin à l’alto et Mike McGinnis au saxophone ont renforcé cette communion et prouvé encore une fois que la musique est universelle et favorise le rapprochement des peuples. En effet, sur cette belle scène, tous ces artistes de culture différente semblaient heureux de former une grande famille.

Standing ovation à la fin pour ce concert innovant, surprenant, qui bouscule les codes établis de manière violente. Utiliser la voix comme instrument à travers le scat, forme de jazz vocal ou des onomatopées sont utilisées plutôt que des paroles est une vraie performance et prouesse artistique, ce qui a subjugué le public qui avait peine à s’en aller.

Il faut saluer le travail effectué par les gestionnaires du centre Sonis qui ont permis le bon déroulement de ce concert et font au quotidien de gros efforts pour accueillir la créativité dans toute sa diversité, cependant, la Guadeloupe gagnerait à se doter de structures de diffusion plus intimistes et plus propices à ce type de performance en termes de scénographie et d’acoustique.

 

 

 

 

 

Gino Sitson : Du boulagél au bigidi de Léna Blou

*Le boulagel est une expression musicale traditionnelle de la Guadeloupe qui fait partie du système Gwoka et qui consiste en une superposition polyrythmique de vocalisations percussives et de battements de mains. Cette pratique a été incluse à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France en 2013. Ce processus d’inventaire contribue à la sauvegarde de ce patrimoine en le rendant accessible à tous et en encourageant la créativité autour de cette pratique

*Léna Blou, chorégraphe, professeur de danse contemporaine a ouvert son école de danse aux Abymes « le centre de danse et d’études chorégraphiques ». En tant que chercheur, elle travaille sur un enseignement qui vise à transmettre de manière technique et scientifique le gwoka. A travers l’analyse du corps dansant et la Tekni-Ka qu’elle a développée, elle donne des clés pour que tous les peuples s’approprient le gwoka et lui donnent une légitimité académique. Elle analyse aussi la pensée caribéenne et a une lecture de cette société à travers le concept du « bigidi » qu’elle a développé, à savoir la capacité à rebondir quelque soit les tracas de la vie, cette stratégie de survie développée par les afro-caribéens et qu’elle exprime au travers de ses chorégraphies.

 

 

 

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires